Lancement d’un mystérieux satellite nommé LKW-1

Officiellement, la Chine n’a aucun satellite militaire, mais tout le monde est conscient depuis longtemps que chacun des satellites d’observation militaires chinois se cache en réalité derrière un « pseudo » civil. Beaucoup s’appellent Yao Gan (遥感), qui veut dire télédétection en chinois, d’autres portent le nom de Shi Jian (实践, Pratique), ou encore Gao Fen (高分) pour haute définition.

Et depuis hier midi, un nouveau nom a été inventé : 陆地勘查卫星一号 (Lùdì Kānchá Wèixīng 1, LKW-1), littéralement « Satellite d’exploration des terres n°1 ». Un nom pourtant pas compliqué à comprendre mais foncièrement intraduisible, puisque sa présentation officielle s’est limité en une et une seule phrase, à savoir « un satellite qui sera utilisé dans la télédétection des ressources terrestres ».

Mieux, certains reportages télévisés ont même flouté des données apparues sur l’écran de contrôle du centre spatial de Jiuquan (JSLC), où la fusée porteuse CZ-2D s’est décollé précisément à 12:11:04.524 heure locale avec son unique passager à bord.

Un satellite qui se veut donc « civil » mais gardé étrangement bien en secret.

 

Le lancement

Conçu par l’Institut SAST (Shanghai Academy of Spaceflight Technology), filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le CZ-2D est une fusée de 2 étages à ergols liquides dont le design est dérivé directement d’un autre lanceur chinois CZ-4A.

Cette fusée d’ancienne génération est principalement utilisée dans les lancements en orbite basse (LEO) et en orbite héliosynchrone (SSO), avec une capacité de 3 500 kg en LEO circulaire de 200 km x 28°, ou 1 300 kg en SSO à 645 km d’altitude.

Son premier vol remonte au mois d’Août 1992 pour le lancement d’un satellite espion chinois avec capsule de retour. Depuis sa mise en service, le CZ-2D a connu une seule anomalie en 34 tirs qui est survenu lors du lancement des deux satellites Superview-1 en Décembre 2016.

La défaillance technique a été rapidement corrigée et la fusée est repartie de plus belle en réaliser sa mission de come-back en Octobre cette année, en réalisant un vol commercial pour le compte du Venezuela, avant d’être employé hier pour lancer le satellite LKW-1.

Il est à noter que le lanceur utilisé hier porte la référence de Y47, qui signifie que c’est le 47e CZ-2D produit sur la chaîne d’assemblage.

Trois messages aux navigants aériens ont été publiés pour signaler deux zones de retombée – l’une pour les coiffes et l’autre pour le premier étage – ainsi que trois segments aériens fermés au survol civil.

A3663/17
Q) ZLHW/QRTCA/IV/BO/W/000/999/3525N09841E018
A) ZLHW B) 1712030403 C) 1712030426
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED
BY:N350925E0984346-N351301E0982430-N354201E0983231-N353712E0985821
BACK TO START. VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A3661/17
Q) ZLHW/QRTCA/IV/BO/W/000/999/3336N09807E029
A) ZLHW B) 1712030404 C) 1712030432
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED
BY:N330743E0981215-N331228E0974709-N340515E0980115-N340028E0982635
BACK TO START. VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A3672/17
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/3423N09819E113
A) ZLHW B) 1712030400 C) 1712030430
E) THE FLW SEGMENTS OF ATS RTE CLSD:
1.Y2:MEPEP -LUVAR.
2.L888:LUVAR-MUMAN.
3.Y1:MEPEP – N3507.6E10005.6.

Satellite

Les zones de retombée et les segments aériens fermés à tout survol lors du lancement de LKW-1 (Image : East Pendulum)

Les données publiées par NORAD indiquent la satellisation d’un seul objet, le 2017-077A, qui correspond au satellite LKW-1, sur une orbite de 489 km × 502 km × 97,46°.

Le deuxième étage du lanceur CZ-2D, quant à lui, aurait donc manœuvré pour être désorbité immédiatement après le lancement. Il s’agit de l’un des rares lanceurs chinois capable de procéder ainsi.

2017-077A
1 43034U 17077A 17337.45197917 -.00000072 00000-0 00000+0 0 9999
2 43034 97.4607 50.0818 0010297 261.3393 301.8651 15.23274309 41

 

Le mystérieux satellite « LKW-1 »

On ne connait rien, ou presque, du satellite LKW-1. A part son rôle faussement civil dans la « télédétection des ressources terrestres », on sait seulement qu’il est construit par China Spacesat Co., Ltd., une filiale de l’Institut CAST, lui-même appartenant au groupe d’aérospatiale chinois CASC.

Les images parues dans les reportages télévisés de CCTV montrent que le satellite est un prisme hexagonal avec trois panneaux solaires déployables sur les côtés. Il semble doter d’un grand caméra central ce qui laisse penser qu’il s’agisse d’un satellite de reconnaissance optique.

Etant donné la capacité du lanceur CZ-2D, on estime tout de même que la masse du satellite ne dépasserait pas les 1 900 kg. Les photos du lancement montrent aussi que la fusée n’a pas utilisé ses coiffes de 3,8 mètres de diamètre mais celles en version standard à Ø 3,35 mètres, ce qui limite aussi la taille du satellite.

A titre de comparaison, le satellite civil Jilin-1 Optique A, qui adopte la même forme de prisme hexagonal et lancé en Octobre 2015 par une CZ-2D également, est capable de prendre des clichés d’une résolution de 0,72 mètres en panchromatique sur une orbite SSO à 650 km d’altitude, pour une masse au lancement de 450 kg et une durée de vie théorique de 3 ans.

On peut donc raisonnablement penser qu’avec une orbite plus basse, à 500 km d’altitude, et une taille plus grande et surtout plus longue, la résolution du satellite LKW-1 pourrait être nettement meilleure. Certaines sources chinoises le surnomment « Key Hole chinois » mais cela reste à confirmer.

En revanche, la recherche par similitude de fenêtre de tir ne donne rien de concret et ne permet donc pas de dire si le LKW-1 est destiné à remplacer un autre satellite militaire chinois en fin de vie.

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement de LKW-1 est le 15ᵉ lancement spatial chinois en 2017, le 34ᵉ pour le lanceur CZ-2D, et le 257ᵉ pour la famille de lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 246 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 95,72%.

Voici le tableau de suivi de tous les lancements spatiaux chinois effectués depuis le premier qui date de 1970, incluant ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

Satellite

Tableau de suivi des lancements spatiaux chinois – Date : 2017-12-03

Henri K.

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<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

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