Type 904 : Et si un ravitailleur en retraite devenait la cible des ASBM ?

C’est une page qui se tourne pour le 884 Jingpohu en tant que « nounou » des garnisons chinoises basées sur les récifs en mer de Chine méridionale, mais la vie de la retraite pour ce vieux ravitailleur Type 904 de la marine chinoise pourrait être un peu hors du commun. En effet, il pourrait subir le même sort presque « héroïque » que le Yuan Wang 4, bâtiment d’essais et de mesures déplaçant 13 000 tonnes pleine charge, qui a été coulé dans un essai de tirs de missile balistique anti-navire (ASBM) en début Novembre 2011.

Si l’information paraît « séduisante » au premier regard, la prudence est tout de même de mise et il convient d’employer, à ce stade, le conditionnel car aucune source institutionnelle n’a encore mentionné le transfert du navire vers la Force des fusées chinoise.

Et pourtant, la présence de plusieurs officiers de cette dernière lors de la dernière cérémonie de descente des couleurs du Jingpohu, le 15 Juillet dans la matinée, est un signe qui ne trompe pas. Depuis la dernière réforme militaire, la Force des fusées chinoise, l’un des cinq composantes des Forces armées de la République populaire de Chine et en charge de l’arsenal nucléaire du pays ainsi que tous les missiles balistiques, y compris les ASBM spécialisés dans l’attaque anti-nvaire, fait bien partie intégrante du Commandement du théâtre du sud où le vieux ravitailleur était affecté, mais rien ne justifie à priori la participation de ces officiers « fusées » à la mise à la retraite d’un navire de leur confrères « marines », si ce n’est pas pour une (très) bonne raison.

C’est pour cela que l’apparition de l’uniforme en couleur Kaki, unique au sein de l’armée chinoise et qui ne peut représenter que la Force des fusées, est tout aussi intéressante que surprenante.

Après la victoire de la bataille navale au récif Johnson South contre la marine vietnamienne, qui a eu lieu le 14 Mars 1988 dans les Spratleys, au sud de la mer de Chine méridionale, l’armée chinoise a pris le contrôle de manière effective six atolls et récifs dans la région. Le Type 904 est alors né avec le besoin urgent de ravitailler ces postes avancés construits dans un premier temps sur pilotis.

Le 884 Jingpohu est le deuxième de classe dont le contrat avec le chantier naval Qui Xin (求新造船厂) a été signé au début 1990. Le navire, lancé en Mai 1991 et admis au service actif deux ans plus tard, a d’abord reçu le numéro de coque « Transport du Sud 952 » (南运952).

Déplaçant un peu plus de 5 000 tonnes pleine charge, le Type 904 est capable de transporter environ 1 400 tonnes de vives, d’eau douce, de munitions et de fuel pour ravitailler les récifs dans une sortie qui durait environ deux semaines. Mais si cette capacité était jugée amplement suffisante il y a 20 ans, l’agrandissement et la fortification de la quasi-totalité des récifs chinois demandent des ravitailleurs spécifiques beaucoup plus grands. C’est ainsi que naissent le Type 904A puis Type 904B dès 2007.

Limité par sa conception et son architecture initiale, et largement dépassé par ses successeurs en terme de capacité, cela expliquerait pourquoi un navire tel que le 884 Jingpohu, pourtant encore en très bon état de fonctionnement, a été mis à la retraite de manière précipitée après seulement 27 ans de service.

Alors que faire des anciens navires de guerre après leur désarmement ? Hormis le démantèlement, le transfert vers d’autres composants para-militaires comme le garde-côte, la vente à un pays tiers, ou la transformation en musée flottant – comme c’est le cas pour le premier sous-marin nucléaire d’attaque chinois Type 09I qui est devenu une partie du musée de la marine à Qingdao – convertir les vieux bâtiments en navire-cible est aussi une pratique courante en Chine.

Mais pour la marine chinoise qui est toujours en phase de rattrapage et donc les « grands » navires de plus de 5 000 tonnes prêts à être servi comme cible se font encore rares, comment maximiser et exploiter la valeur restante du 884 Jingpohu devient une véritable question.

Etant donné sa spécificité en tant que ravitailleur des récifs, le transférer vers le garde-côtes ou le vendre à un autre pays paraît difficile et inapproprié. La transformation en musée manque de terre d’accueil sachant que le navire porte le nom d’un lac et non d’une ville, et le démantèlement est un gaspillage presque luxueux. Devenir un navire-cible semble donc être la seule issue.

Si cette conversion en navire-cible a lieu, il paraît naturel que la marine chinoise soit le bénéficiaire de l’opération. Or, servir d’un ancien ravitailleur comme cible des missiles anti-navires classiques, comme les YJ-83, YJ-18 et YJ-12, ne permet d’évaluer efficacement le dégât de ces derniers face aux navires de première ligne de nos jours, et surtout, la marine chinoise a fait construit suffisamment de navire-cible pour ses besoins.

Et il est aussi trop tôt pour chercher de cible mobile pour le nouveau missile anti-navire hypersonique quasi-balistique que la marine chinoise fait développer actuellement.

Si la marine chinoise ne semble pas avoir un besoin de disposer d’un navire-cible de grande taille à court terme, la Force des fusées, quant à elle, ne peut malheureusement pas en dire autant. Après le tir de validation du DF-21D en début Novembre 2011, qui a touché et coulé le Yuan Wang 4 alors en navigation, plusieurs tirs d’ASBM de modèles différents (DF-16x, DF-21D, DF-26C…) ont eu lieu depuis, mais rien n’indique que des cibles naviguant sur mer ont été engagés.

Et même pour l’exercice de tirs récent qui a eu lieu le 1er Juillet cette année en mer de Chine méridionale, et qui a fait réagir plusieurs officiers de haut rang de l’US Navy, les services de renseignement américains n’ont pas non plus révélé si la salve de six ASBM a bien visé des cibles réelles en navigation, ou simplement des zones sur mer.

Capable de frapper une cible en navigation faisant 156 mètres de long, 20 mètres de large et disposant plusieurs réflecteurs de radar tel que le Yuan Wang 4, et ce en conditions favorables, a démontré et validé la faisabilité du système des systèmes où l’ASBM n’est que l’un des maillons. Mais capable de frapper une cible en navigation faisant 123 × 16 mètres, et potentiellement sans réflecteur, la démonstration technique sera portée à un autre niveau, tout comme le message envoyé.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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