Lancement des deux satellites Superview-1

Le 26 Décembre 2016 à 11h23 heure locale, la fusée CZ-2D a décollé du centre de lancement spatial de Taiyuan (TSLC), en vue de lancer les deux premiers satellites Superview-1 d’une constellation chinoise d’observation terrestre.

Cette constellation chinoise purement commerciale sera composée principalement de 16 satellites optiques de 0,5 m de résolution, complété par 4 satellites optiques de très haute résolution, 4 satellites radar et un nombre indéterminé de satellites vidéo et hyper-spectral.

Le groupe aérospatial chinois CASC, son propriétaire, appelle celle-ci une constellation télédétection commerciale « 16 + 4 + 4 + X ».

Il s’agit du 22ème lancement spatial chinois en 2016, qui place temporairement le pays, ensemble avec les États Unis, en haut du podium du nombre de tirs effectués. C’est également la première fois que la fusée CZ-2D soit lancée depuis le centre spatial TSLC.

 

Le lancement

Conçu par la SAST (Shanghai Academy of Spaceflight Technology), filiale du groupe aérospatial chinois CASC, le CZ-2D est une fusée de 2 étages dont le design est dérivé directement d’un autre lanceur chinois CZ-4A conçu par le même institut.

Cette fusée de l’ancienne génération est principalement utilisée dans les lancements en orbite basse (LEO) et en orbite héliosynchrones (SSO). La capacité est de 3 500 kg en LEO circulaire 200 km x 28°, ou 1 300 kg en SSO à 645 km.

Son premier vol remonte au mois d’Août 1992, en plaçant en orbite un satellite espion chinois avec capsule de retour. Depuis sa mise en service et avant ce lancement, le CZ-2D n’a jamais connu d’échec en 31 lancements.

A noter qu’il y aurait eu une anomalie sur le lanceur, où le moteur du 2ème étage s’est éteint six secondes plus tôt que prévu, qui fait que les satellites ont été injectés sur une orbite non circulaire, avec le périgée beaucoup plus bas que prévu, mais cela semble être rattrapable avec le propre effort des satellites principaux.

Le reportage télévisé du lancement :

Aucun message aux navigants aériens (NOTAM) n’a été publiés pour ce lancement, mais le premier étage de la fusée devrait retomber à environ 525 km du point de lancement, et les coiffes à environ 982 km.

 

Les satellites optiques commerciaux Superview-1

Conçu par China SpaceSat, filiale de l’Institut CAST, lui-même filiale du groupe aérospatial chinois CASC, les deux premiers satellites Superview-1 sont développés sur la plateforme satellitaire CAST-3000B.

Chacun de ces deux satellites pèse environ 560 kg et restera 8 ans en orbite héliosynchrone de 530 km d’altitude.

Satellite Superview-1

Les caméras embarquées fourniront une résolution panchromatique de 0,5 m, et 2 m en multispectrale. L’angle de vue nominal est de 30° mais peut atteindre 45° au maximum pour des missions importantes, avec une largeur de fauchée de 12 km. La précision de positionnement au sol est ⩽ 20 mètres.

Chaque satellite dispose d’un espace de stockage de 2 To et peut capturer environ 700 000 km² chaque jour. Avec les deux autres satellites qui seront lancés en Décembre 2017, les quatre satellites Superview-1 formeront une première constellation sur le même plan orbital, espacé de 90° l’un de l’autre, et permettront de revisiter les 10 plus grandes villes chinoises tous les trois jours. Les données seront transférées au sol à un débit de 2 × 450 Mbps et exploitées par l’opérateur des satellites qui est la société pékinoise Siwei Worldview Technology.

Pour que tout le système avec 16 + 4 + 4 + X satellites soit en place d’ici 2022, le plan actuel prévoit entre un et deux lancements par an et ce à compter de 2018. La constellation complète permettra alors de visiter une fois par jour n’importe quel point sur Terre, et de concurrencer non seulement avec les acteurs occidentaux comme WorldView et GeoEye, mais aussi les futurs concurrents chinois comme la constellation Jilin-1.

Satellite BY70-1

Un autre passager un peu particulier a aussi profité du vol pour aller dans l’espace. Il s’agit du CubSat 2U appelé BY70-1 conçu par une quarantaine de lycéens chinois, du lycée « 1er Août » à Pékin, le premier en son genre en Chine.

Ce nano-satellite qui mesure 12 × 11 × 27 cm va rester en orbite pour une durée supérieure à 180 jours. Ses quatre charges utiles vont réaliser la photographie de la Terre, la radio communication, le transfert des fichiers audio vers le sol et l’expérience de la désorbitation rapide.

L’engin se stabilise sur ses 3 axes et dispose des panneaux solaires déployables. Les transferts avec le segment sol se font grâce aux transpondeurs V/U et sous les fréquences 436,2 MHz et 145,935 MHz.

Pour le moment quatre objets ont été ont été répertoriés par NORAD sur une orbite de 212 km × 524 km × 97,58°, contrairement à l’orbite circulaire de 530 km initialement prévue.

2016-083A
1 41907U 16083A   16363.66121203 -.00000709  22373-5  00000+0 0  9997
2 41907  97.5942  75.1550 0230469   5.4235 163.6177 15.66745696    78

2016-083B
1 41908U 16083B   16363.64967734 -.00000709  22367-5  00000+0 0  9996
2 41908  97.5938  75.1486 0230056   5.4899  98.3507 15.66685607    87

2016-083C
1 41909U 16083C   16363.64961006 -.00000710  22415-5  00000+0 0  9999
2 41909  97.5989  75.1400 0229498   5.6071  98.2531 15.67135357    69

2016-083D
1 41910U 16083D   16363.52693333 -.00000706  22292-5  00000+0 0  9991
2 41910  97.5860  75.0217 0229716   6.0422 125.4913 15.66322458    35

Dépendant de la configuration de la plateforme CAST-3000B choisie – dont le propergol est compris entre 32,5 et 130 kg – il semble encore être possible que les deux satellites SuperView-1 atteignent leur orbite cible avec leur propre effort, qui devrait compter dans les 88 m/s de DeltaV. Une source interne chez CALT confirme que tout sera « rattrapable » pour ces deux satellites sans impacter leur durée de vie.

Mais la chance est bien plus mince pour le nano-satellite BY70-1.

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement de Superview-1 est le 22ᵉ lancement spatial chinois en 2016, le 32ᵉ pour le lanceur CZ-2D, et le 244ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 234 succès et 10 échecs, soit un taux de réussite de 95,90%.

Voici le tableau de suivi de tous les lancements spatiaux chinois effectués depuis le premier qui date de 1970, incluant ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

Tableau de suivi des lancements spatiaux chinois – Date : 2016-12-28

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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