La marine algérienne se dote du missile supersonique chinois CX-1 ?

Est-ce que le missile anti-navire supersonique chinois CX-1 a été choisi par les forces navales algériennes comme le système de défense côtière de nouvelle génération ? C’est en cas ce que laisse penser une image publiée récemment sur le site du ministère algérien de la Défense.

En effet, on apprend dans la rubrique « Coopération » que le secrétaire général de l’ALIT (China Aerospace Long-March International Trade Co., LTD) – une société d’exportation du groupe d’aérospatiale chinois CASC – s’est rendu le jeudi 26 Avril au siège du Commandement des Forces Navales algérienne, dans « le cadre des relations bilatérales », où il a été reçu par le Général-Major Mahfoud BENMEDDAH.

Et les images parues sur le site montrent que WANG Zaho Hui a remis une maquette de TEL bi-tubes au Chef d’état-major de la marine algérienne, qui s’avère être celle du système GATSS dont le missile CX-1 en fait partie.

Apparu pour la première fois en 2014 au Salon aéronautique de Zhuhai, le CX-1 est d’abord présenté seul comme un missile tactique supersonique, dédié à la frappe Sol-Sol ou Sol-Mer, avant d’être inclus deux ans après en offre intégrée dans un système appelé « General Army Tactical Strike System » (GATSS), composé de plusieurs systèmes de roquette guidée, du missile balistique à courte portée M20 et d’un système C4ISR complète avec des drones de reconnaissance optique, le tout conçu par l’Institut CALT qui est l’un des principaux concepteurs des lanceurs spatiaux et missiliers en Chine.

D’après les spécifications de son constructeur, le CX-1 partage le même booster en ergol solide que le missile balistique M20 qui permet de propulser le missile au domaine supersonique, avant que son stratoréacteur à ergol liquide ne s’allume pour atteindre une vitesse de croisière jusqu’à Mach 3 en haute altitude, ou Mach 2,4 en basse altitude.

Le CX-1 peut donc adopter soit le profil de vol Hi-Lo où le missile croisse entre 15 000 et 18 000 mètres d’altitude, ou le profil Lo-Lo au ras de sol / mer à une altitude entre 5 et 20 mètres, et choisit d’attaquer sa cible à la vertical ou à l’horizontal selon le cas d’utilisation.

Quant à la portée du missile, le CX-1 a une portée minimum de 40 km à cause de son mode de propulsion et peut atteindre sa cible « seulement » jusqu’à 280 km, le Régime MTCR oblige où la Chine est l’un des 35 Etats membres signataires, alors que le missile Mer-Mer YJ-12A à stratoréacteur également, utilisé par la marine chinoise et conçu par un autre missilier chinois CASIC, dispose quant à lui d’une autonomie de près de 400 km en condition identique.

En mode anti-navire, les données de l’Institut CALT affichent une probabilité ≥ 75% pour qu’un CX-1 touche sa cible à la mer en un seul tir avec une tête semi-perforant de 260 kg. Contre les cibles au sol, le missile a une précision CEP ≤ 20 mètres et peut choisir entre deux munitions différentes – thermobarique ou de pénétration – pour un rayon de létalité ≥ 100 mètres ou une capacité de pénétration ≥ 5 mètres en béton. Le guidage mixe du missile combine une centrale inertielle et une tête chercheuse de radar active.

A noter que certaines « sources » se basent sur la similitude d’apparence du CX-1 aux missiles russes comme le P-800 Oniks et le BrahMos pour affirmer que le système chinois n’est qu’une pâle copie de ces dernières, car tous ces missiles supersoniques à stratoréacteur ont tous une entrée d’air frontale, des ailerons stabilisateurs et aussi une forme cylindrique.

Or, le cœur de ces systèmes d’arme réside avant tout dans le stratoréacteur, à ergol liquide ici, que la Chine développe et mis en vente des missiles utilisant ces technologies depuis des décennies (C-101, C-301…). Et il est impossible de mener une rétro-ingénierie le stratoréacteur à partir du 3M80MBE, acquis par la marine chinoise au même temps que les destroyers Projet 956E / EM dans les années 90′, car ce missile soviétique a été conçu par le MKB Raduga et non NPO Machinostroïenia, ce dernier étant responsable du développement du P-800 et du BrahMos par exemple.

Et l’adoption de le même type d’entrée d’air frontale est un choix technique par nécessité car elle génère la meilleure performance en terme de l’homogénéité et de la stabilité de l’écoulement entrant pour le fonctionnement du moteur, et la structure cylindrique est la solution à la fois la plus simple et la plus adaptée pour concilier les problématiques du volume, de taille et de masse pour l’ensemble de systèmes de guidage, de charge militaire, de réservoirs et des moteurs. On remarquera par ailleurs que le cône à double diamètre du CX-1 se diffère de celui de P-800 ou de BrahMos, signe d’une enveloppe de vol différent entre ces missiles. La goulotte extérieure de la cellule de CX-1 suggère aussi un agencement intérieur différent.

Au niveau d’organisation, une unité de combat de CX-1 est composé d’un véhicule de commandement, un véhicule de soutien logistique, trois véhicules lanceurs, trois véhicules de transport et de chargement, et 12 tubes de lancement pour adresser deux vagues d’attaque.

Si l’on se base uniquement sur les sources ouvertes il parait prématuré de confirmer que la marine algérienne ait déjà signé pour le CX-1 – d’une part parce que le site de la MDN a déjà utilisé le même format de communiqué (« dans le cadre des relations bilatérales ») pour d’autres visites des industriels chinois, comme celles de NORINCO en mois de Mars et de CSTC en Janvier, d’autre part parce que l’ALIT ou sa maison mère CASC est resté jusqu’à présent très silencieux, comme d’habitude, sur les éventuels prospects et contrats.

Sans parler des propositions russes sur le marché que l’Algérie peut aisément accéder, comme le K-300P Bastion-P de NPO Machinostroïenia par exemple, qui affichent des performances plus ou moins similaires au CX-1.

Il faudrait donc attendre d’autres éléments officiels pour confirmer cette acquisition du système chinois par la marine algérienne. On peut toutefois souligner un long historique de collaboration entre le groupe CASC et l’Algérie, comme le contrat clé en main du satellite Alcomsat-1, dont la conception et le lancement sont réalisés par CASC, ou encore l’essai des drones armés CH-4 conçus par la filiale CAAA.

Mais si le choix final est effectivement porté sur le CX-1, qui confirmera alors certaines vieilles rumeurs selon lesquelles le système aurait trouvé preneur dès sa première apparition en Novembre 2014, cela ouvrira aussi la voie à l’armée algérienne aux autres munitions du système GATSS, et cela permettra de simplifier également le soutien logistique et multiplier les possibilités tactiques au niveau du déploiement.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • A CEP of 20 meters is quite terrible for an anti-ship missile.

      • I didn’t realize that, so thank you for the information! That being said, 20 m CEP for a land-attack version is still inaccurate compared to the BrahMos with only <1.5 m CEP.

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