YJ-18C : le nouveau missile anti-navire chinois « conteneurisé » ?

On connait les deux versions sous-marinières, le YJ-18 et le YJ-18B, l’un anti-navire qui se lance depuis des tubes de torpille, l’autre missile de croisière au lancement vertical et destiné aux cibles terrestres. Et on connait aussi le YJ-18A, missile Mer-Mer qui arme les nouveaux destroyers de la marine chinoise tel que le Type 052D et le Type 055. Alors qu’on attendait plutôt une nouvelle version d’attaque au sol pour les navires de surface, comme indiqué il y a plus d’un an dans notre dossier « Ce que l’on sait sur le missile naval YJ-18…« , c’est finalement la variante « Conteneur », supposé YJ-18C, qui semble être en cours de tests, en tout cas si l’on croit à ce que révèlent les sources américaines récemment.

Dans son article paru le 27 Mars sur le site Free Beacon, Bill GERTZ, journaliste et reporter proche du milieu gouvernemental américain, révèle l’existence de ce YJ-18C qui peut être « camouflé » et lancé depuis des conteneurs standards servis dans le transport des marchandises.

L’information relayée par GERTZ provient des officiers de la Défense américains, selon lesquels ce nouveau missile chinois, conçu pour frapper des cibles au sol, est actuellement en phase d’essai. Pour le moment la Defense Intelligence Agency et l’US Navy ont décliné tout commentaire.

De côté chinois, aucune indication révèle l’existence d’un tel système pour le moment. La famille de missiles YJ-18 et ses variantes est conçu par la 3ème Académie du groupe d’aérospatiale chinois CASIC, mais il n’y a jusqu’à présent aucun élément rendu publique qui évoquent le développement ou la préparation aux essais d’une version mise en conteneur, alors que les traces ont été répertoriées pour toutes les autres versions. Le YJ-18C, de manière officieuse, était une référence plutôt réservée à la version pour la frappe au sol.

Il existe tout de même trois documents chinois, de sources institutionnelles variées, dont le sujet s’en approche. Le premier, en date du 1er Septembre 2011, est rédigé par deux ingénieurs militaires travaillant pour la Force des fusées chinoise, qui analysent l’impact de l’apparition du système Club-K, la version « conteneur » du système 3M-54 Калибр. Le deuxième, paru deux mois plus tard dans la même année, est sur le même type d’analyse et aussi sur la même arme mais cette fois-ci co-écrit par des professeurs de l’Académie des sous-mariniers de la marine chinoise.

Le troisième document, quant à lui, est sorti en 2015 par plusieurs chercheurs de l’armée de l’air chinoise, qui réalisent une évaluation de risques sur le transport des missiles en conteneur. Etant donné son contenu et aussi l’organisation dont les auteurs appartiennent, il est très peu plausible que le document ait un lien quelconque avec cet hypothétique « YJ-18C » version conteneur.

Si l’on se réfère à l’analyse du premier document, les auteurs ont par exemple souligné l’application de base du système Club-K, qui consiste à l’utiliser comme un moyen de défense côtière « distribuée », afin que les forces ennemies ne puissent facilement neutraliser les capacités de riposte lors d’une attaque, et créer ainsi une sorte de « dissuasion psychologique » chez les décideurs de la partie adverse.

En ce qui concerne l’impact engendré par l’introduction de ce type de systèmes, l’étude chinoise mentionne d’abord une possible prolifération des armes à missile qui ne peut être, ou du moins difficilement, contrôlée. Ensuite, elle met en garde toute partie qui envisage d’utiliser ce type d’armes à bien évaluer le risque d’introduire cette ambiguïté entre une cible purement militaire et une cible civile, comme un port ou un navire marchand, ce qui apporte de nouveaux challenges aux deux parties, y compris et surtout celle qui détient un tel « conteneur militarisé ».

L’étude réalisée par l’Académie des sous-mariniers chinoise partage dans les grandes lignes les mêmes observations que leur collègues de la Force des fusées, mais précise qu’une telle arme n’est pas nécessairement « immoral », en faisant un parallèle entre l’apparition du système Club-K et celle des sous-marins.

On notera que la conteneurisation des systèmes à missile n’est pas une exclusivité russe. Le DARPA et l’US Army avaient financé dès le début des années 2000′ les études sur les missiles mis en conteneur, connu sous le nom de NLOS-LS ou NetFires. Le programme a été annulé en Janvier 2011, la performance plutôt médiocre des tests serait la principale cause.

En Europe, la société finlandaise Patria a également développé le système « Nemo », un mortier 120mm installé dans un conteneur de 20 pieds. La force navale des Émirats arabes unis serait le principal intéressé.

Le groupe d’armements chinois NORINCO propose lui-aussi depuis 2016 son nouveau système de lance-roquette conteneurisé SR-5 à l’export. Le système se tient dans un conteneur standard de 40 pieds et comprend un compartiment de contrôle, les recharges ainsi que le lanceur. Au moins trois types de munition – roquette guidée de 70km, missile anti-navire de 140km et missile balistique de 200km – peuvent être intégrés dans le système.

YJ-18C
Les 20 pays ayant les plus grosses flottes de porte-conteneurs au monde en 2018 (Source : United Nations, UNCTAD/RMT/2018 )

Quant au « missile de croisière d’attaque au sol YJ-18C », tel que les sources américaines ont évoqué, sa dotation à l’échelle par l’armée chinoise manque sérieusement de motivation. D’une part parce que la Chine dispose déjà à ce jour de nombreux moyens d’attaque au sol et la plupart est déjà mobile, c’est-à-dire potentiellement moins vulnérable. D’autre part, il faut se rappeler que la Chine détient l’une des plus importantes flottes de porte-conteneurs au monde, qui est vitale pour son économie et développement.

Introduire une ambiguïté dans ses propres lignes logistiques vitales et se risquer des représailles sur les installations ou moyens civils, pour des opérations offensives, alors que le pays ne cesse d’accroître ses plateformes navales capables de livrer ces mêmes capacités, paraît non seulement non justifié mais surtout peu probable.

En revanche, il n’est pas exclus qu’un nombre limité de ces conteneurs, en version défense côtière et anti-navire, puisse exister comme moyens complémentaires. Mais même cela ne semble pas être la priorité du moment, étant donné les dispositifs déjà très conséquents déployés et renouvelés depuis les années 90′.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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  • Désolé pour les mots en double.

    Pour les sous-mariniers de tout pays, depuis 1917 et la guerre sous-marine à outrance, tout ce qui flotte est une cible  »légitime », donc ce type de considération n’est guère pris en considération,
    Je comprend que les  »surfaciers », et les responsables de la marine marchande veulent limité les risques, Avec la  »mondialisation », les pavillons de complaisance, les marchandises qui font le tour du monde et qui change de propriétaire en cours de transit, c’est déjà la galère pour réglementer tout cela sans rajouté le risque d’être pris comme potentiel menace militaire par tous les pays ayant des frictions avec Pékin.

    Au fait, la Royal Navy a publié il y a quelques jours les photos d’un navire  »inconnu’. ravitaillant un pétrolier nord Coréen en mer de Chine, peuvent ils être abordés sans préavis pour violation de l’embargo ou l’on risque l’incident diplomatique ?

    En HS, ce tableau des flottes de porte-conteneurs m’a intrigué. Le Danemark en seconde position, la Suisse ayant plus de navires que la France, c’est un peu déroutant

  • Du moment que le navire équipé d’un tel système d’arme soit bien sous pavillon national, au niveau des lois de la guerre, il est serait considéré comme navires auxiliaires. On a bien vu des batailles entre paquebots durant la Première Guerre mondiale…

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