Y-20 ? Non, il s’appelle le Y-20A…

Nous savons que l’avion de transport militaire chinois Y-20 n’utilisera pas toujours de moteur ukrainien D-30KP-3. Nous savons aussi que les ingénieurs de l’Institut 603 Xi’an du groupe AVIC travaillent d’ores et déjà sur plusieurs variantes de l’avion, comme la version cargo civile Y-20 F100 et hypothétiquement une plateforme de ravitailleur en vol. Mais ce que nous ne savons pas jusqu’à présent, c’est que les premiers Y-20 qui sont admis au service actif le 6 Juillet 2016 au sein de l’armée de l’air chinoise ne s’appellent pas Y-20, mais le Y-20A.

En effet, un reportage a été diffusé récemment sur la chaîne militaire de télévision locale CCTV-7, pour parler de l’équipe des techniciens militaires au sol qui s’occupent de la maintenance des Y-20. Lors d’un très bref passage de la vidéo où l’un des techniciens tenait une fiche de visite plastifiée entre ses mains, on a pu apercevoir le mot « 运-20A », autrement dit le Y-20A en chinois, sur l’entête de la fiche.

Y-20A

Sur une fiche de visite de maintenance figure le modèle Y-20A (Source : CCTV-7)

Alors est-ce que cette référence de Y-20A est pour distinguer la version équipée de moteur étranger, ou c’est la modèle officiel pour la version militaire ? Pour le moment rien ne nous permet de le dire.

Quoiqu’il en soit, on sait désormais que les deux premiers appareils, immatriculés respectivement 11051 et 11052 et qui ont rejoint les rangs de la 4ème division d’aviation de l’armée de l’air chinoise, portent officiellement la référence de Y-20A.

On apprend également que les techniciens de l’armée sont désormais autonomes pour mener certaines visites de maintenance de l’avion.

« Nous pouvons les réaliser seuls« , indique l’un des ingénieurs militaire de la 4ème division, « c’est à dire sans le support du constructeur. »

Mais on ignore toutefois quels types de visite technique l’armée de l’air chinoise est capable de mener avec les personnels formés depuis trois ans et avec les installations au sol qui ont été mises en place depuis.

En aviation civile, on parle souvent de quatre types de visites techniques – A, B, C et D checks. L’occurrence et le contenu de chacun de ces quatre types de maintenance varient en fonction du modèle d’avions et de ses cycles de vol. Mais d’une façon générale et non rigoureuse, un A-check désigne une visite mensuel, B-check trimestriel, C-check annuel et D-check une fois tous les 5 ans environ. Dans certains cas on peut aussi parler de 4A = B, 4B = C, et 8C = D.

Et plus la lettre « monte », plus la visite est longue et complète. Quand les personnels au sol vérifie uniquement les indicateurs du cockpit et changer certains fluides consommables de l’avion lors d’un A-check, l’avion est à moitié démonté pour une vérification minutieuse lors d’un D-check. Ce dernier nécessite donc non seulement des installations et des équipements adéquats, mais surtout une connaissance profonde sur l’avion.

C’est pour ces raisons qu’on peut raisonnablement penser que les techniciens de l’armée de l’air chinoise ne maîtrisent que le A et le B check, mais peut-être pas encore les deux autres qui sont plus « lourds ».

Pour revenir sur cette question du modèle Y-20A, puisqu’il y a le A maintenant alors il y aura certainement le reste. Si le Y-20A représente ceux qui ont quatre moteurs ukrainiens, il est possible que ceux qui porteront prochainement la motorisation chinoise – que ce soit le WS-18 issue de la rétro-ingénierie du D-30KP-3, ou le WS-20 développé sur la base du core engine de WS-10 – s’appellera le Y-20B (?).

Rappelons nous qu’un WS-20, installé sur un banc d’essais volant Il-76LL du CFTE (China Flight Test Establishment), subissait déjà des essais en vol depuis le 23 Novembre 2012. Après un peu plus de 4 ans d’essais, les photos prises ces derniers jours par les spotteurs de la ville de Yanliang où se trouve le CFTE montrent que le moteur chinois a été démonté du banc d’essais volant, et les rumeurs parlent du premier vol de Y-20 doté de ses quatre moteurs WS-20 qui aurait lieu avant 2018.

Ce planning coïncide donc avec notre estimation, selon laquelle la Chine pourrait produire environ 40 avions Y-20A d’ici 2020, avec les 224 moteurs D-30KP-3 acquis récemment (voir notre dossier « La Chine achète 224 moteurs D-30KP-2 supplémentaires« ), avant de passer sur la suite de la production de Y-20 avec ses propres moyens de motorisation.

A suivre,

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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