USNI : Une étude de comparaison F-35 vs J-20

L’United Stateds Naval Institute (USNI), une association des vétérans de la Navy, des Marines et des gardes-côtes américains qui compte aujourd’hui plus de 50 000 membres dans le monde, a publié ce mois-ci une note comparante le F-35 et le chasseur chinois J-20.

Intitulé « Professional notes: The U.S. F-35 versus the PRC J-20« , l’article fait confronter les deux avions de chasse de nouvelle génération sous plusieurs angles différents, en se basant sur l’avis et les données recueillis auprès des militaires et des observateurs aux Etats Unis et en Russie.

 

L’article sur la comparaison F-35 vs J-20

Dr. Mark B. Schneider introduit son texte en citant deux rapports gouvernementaux américains au sujet du J-20 – Le rapport de la Pentagone publié en 2011, année à laquelle le premier démonstrateur technologique de l’avion chinois a réalisé son vol inaugural, qui indique que la Chine tentait de faire de leur J-20 une plateforme furtive et longue portée, dotée des suites avioniques avancées et de la capacité de super-croisière, pour frapper les installations dans la région et capable d’évoluer dans un environnement de défense aérienne complexe. Puis le même rapport en date de 2016 qui précise que le J-20 est doté maintenant des capteurs et de l’avionique modernes, offrant à cet avion une capacité de reconnaissance en temps réel des situations pour combattre dans un environnement réseau-centrique, ainsi qu’un radar avancé et les contre-mesures électroniques avec un ensemble de système intégré.

La comparaison dans l’article commence par souligner que le J-20 paraît « plus grand » que le F-22 mais avec une surface alaire plus petite de 25%, et une charge alaire presque identique à celle d’un F-35. Selon certains journalistes, l’avion chinois serait alors priorisé pour la vitesse et l’autonomie et non la manœuvrabilité, tandis que d’autres mentionnent qu’il est au moins aussi manœuvrable qu’un autre chasseur lourd chinois, le J-11B, donc potentiellement meilleur que le F-35 sur cet aspect.

Le général d’armée aérienne Alexander Zelin, ancien commandant en chef de l’armée de l’air russe (VVS), estime que le rayon de combat du J-20 devrait avoisiner les 2 000 km. Avec quatre réservoirs externes tels que montrent les photos d’amateur, l’avion pourra accroître d’avantage sa distance franchissable, toujours selon l’article.

Au niveau des armes, les observateurs cités dans le texte mentionnent l’absence du canon, et la dotation d’un missile Air-Air de près de 300 km de portée, qui pourrait être une menace pour les AWACS, les avions ravitailleurs et les avions de chasse de 4ème génération.

« En grand nombre, le J-20 est présent une menace pour le F-22 et le F-35 », souligne l’article, « Sa grande soute (ventrale) pourrait lui permettre de lancer des missiles anti-navires ou Air-Sol au-delà de la portée de détection des systèmes américains ».

Les rapports d’Aviation Week cités dans le texte parlent également de l’une des missions possibles de J-20, qui consiste à identifier les cibles pour les missiles balistiques anti-navires chinois ou d’autres missiles de croisière anti-navires, tout en rapportant que l’avion pourrait armer avec un missile Air-Surface d’une portée de près de 1 000 km.

Sur la furtivité, l’article de l’USNI indique que le J-20 pourrait manquer « certaines caractéristiques » d’un avion de 5ème génération, « tout comme le PAK FA russe », tout en citant le commentaire de Mikhail Pogosyan, président de l’UAC et de Soukhoï, que « la Chine a encore un long chemin à faire », probablement faisant référence au développement des moteurs et des systèmes avioniques avancés.

David Deptula, l’ancien général de corps aérien de l’US Air Force, parle quant à lui de « plus avancé » le J-20 par rapport à son homologue russe, et « il pourrait avoir un certain aspect furtif significatif à l’avant de l’avion, mais pas partout, et il semble ne pas être taillé pour le combat rapproché ».

Un scientifique de Lockheed Martin cité par Business Insider indique que selon les photos, les concepteurs chinois semblent « ne pas avoir tout compris le concept de la furtivité totale ». John A. Tirpak, rédacteur en chef de Air Force Magazine, écrit que l’avion chinois pourrait être une plateforme de frappe furtive, conçue pour pouvoir se rapprocher assez près des cibles, et repartir aussitôt que les missiles lancés.

Le général David L. Goldfein, chef d’état-major de l’US Air Force, compare le J-20 à un F-117 au niveau de la furtivité, qui a une section équivalent radar de 0,269 sqft, signe de son faible niveau de furtivité, un avis également partagé par certains observateurs qui soulignent toutefois que l’avion chinois sera quant même plus furtif que les autres appareils dans la région.

L’article mentionne alors le F-35 apparaît « plus petit qu’une balle de golf », selon la description officielle, et Aviation Week avance le chiffre de -30 dBsm, ou 0,001 m², pour l’avion américain.

Il serait alors plus furtif que le F-22 sur le profil de face, mais moindre d’une manière générale, et donc plus furtif dans tous les cas que le J-20 d’un ou deux niveau de magnitude (qui suppose donc que la SER du J-20 est de l’ordre de -10 ou -20 dB). Ceci donnerait un avantage au F-35 dans une confrontation 1 vs 1 avec la possibilité de tirer en premier, et ce sans tenir en compte ses capacités en guerre électronique, fusion de données et réseau-centrique.

Au niveau de la motorisation, le retard pris en développement du moteur chinois WS-15, qui développe une poussée de plus de 18 000 kgf, est mentionné dans l’article, qui indique que les prototypes de J-20 sont obligés de voler sous les moteurs russes de la famille AL-31FN, sans poussée vectorielle et la puissance nécessaire pour assurer la super-croisière par exemple.

L’article parle également de l’achat de Su-35 par les Chinois pour obtenir les moteurs 117S, mais qui ne pourraient de toute façon permettre au J-20 de super-croiser.

Le F-35, qui selon Lockheed Martin est doté d’une capacité limitée en super-croisière à Mach 1,2 sur 240 km, prend donc l’avantage sur le J-20, souligne le Dr. Mark B. Schneider.

Si le J-20 est jugé d’une manière générale sous-motorisé, l’article de l’USNI parle des capteurs « impressionnants » de J-20, avec un radar à antenne de balayage électronique actif (AESA), et un système optronique sur 360° copié du F-35.

Mais l’auteur remarque les deux modes LPI (low probability of intercept) et LPD (low probability of detection) du radar APG-81 de F-35, dont le radar chinois, « encore jeune dans son genre en Chine », ne pourrait probablement pas égaler.

En conclusion, l’article de l’USNI pense que le J-20 pourrait être une menace sérieuse pour les avions, les navires et les installations américaines dans une future proche, mais il ne pourra pas tenir dans un match 1 contre 1 face au F-35 qui est plus furtif, et mieux équipé en capteurs. Selon une déclaration du général d’armée aérienne Herbert J. Carlisle, commandant de l’Air Combat Command (ACC) de l’US Air Force, la menace en mer de Chine méridionale pourrait venir de « 10 escadrons de J-20, plus les Su-35, Su-30, J-10 et les J-11« , qui viendraient alors bousculer l’équilibre militaire en Asie de l’Est.

 

Quelques remarques

La comparaison, l’un de deux « sports » favorites ¹ des êtres humains de sexe masculin, est en réalité une discipline difficile et un exercice complexe à réaliser. Elle nécessite au minima un but précis à démontrer, un ou plusieurs scénarios précis à établir et à faire dérouler, et des données précises à injecter dans la moulinette.

Il va sans dire que nous ne trouvons pratiquement jamais ce type d’études ici à la Pendule, faute de compétences et de moyens. Mais alors pourquoi citer un article portant justement sur la comparaison entre deux avions, pourtant très différents l’un de l’autre ?

J-20

Une étude de la SER de J-20 réalisé par un institut taïwanais (Image : ESRD)

D’une part parce que l’article est intéressant en soi, dans le sens où il a recueilli plusieurs points de vue très différents les unes aux autres, venant notamment des militaires et certains analystes quel que soit leur statut et orientation. C’est donc l’autre face d’une pendule que l’on peut apprécier.

D’autre part, cela nous permet de proposer quelques axes d’amélioration pour mieux réfléchir sur les questions autour du J-20, cet avion de chasse chinois de nouvelle génération qui est entré officiellement en service cette année et donc son impact sera de plus en plus discuter.

On regrette notamment les quelques approximations, le manque de connaissance historique et certaines données erronées dans l’article, comme la notion de 1 contre 1 alors que la guerre de nos jours n’est plus un jeu de joute équestre de chevalerie mais plutôt un choc entre deux systèmes globaux, ou encore la grande poussée implique la capacité de super-croisière, ainsi que certains détails sur les armements et les équipements…etc.

Le développement de chaque vecteur dans l’aviation militaire répond obligatoirement à des besoins précis, exprimés dans un contexte à la fois « de l’instant T » et évolutif sur 30 ans. Le F-22 cité dans l’article de l’USNI présente plusieurs caractéristiques qui ont défini les « normes » des appareils dits de « 5ème génération », mais chacune entre elles a en fait un sens particulier qui répond à des besoins très précis, étudiés à travers les travaux du programme ATF, lui-même réfléchi dans un contexte de guerre froide dédié au théâtre de l’Europe de l’Est dans les années 80′.

Par exemple, le besoin en super-croisière à une vitesse de Mach X sur une durée Y sert en fait à arriver sur une zone de front précise, depuis des bases de localisation précise et pour répondre à un délai prédéfini, tout en permettant à l’avion de préserver suffisamment son autonomie pour qu’il puisse combattre pendant une durée bien déterminée.

J-20

Un document cadre sur la configuration aérodynamique de J-20 publié par Chengdu en 2001 (Image : AVIC)

Il en va de même pour la furtivité de F-22, qui a été réfléchie pour réduire le temps de réaction des systèmes de défense aérienne soviétique en basant sur des métriques, précises.

Faire une comparaison « par catégorie », sans tenir compte du contexte et de l’historique, c’est comme se demander lequel entre un cuisinier et un jardinier joue mieux au golf, avec une batte de Baseball dans une piscine. Cela permet certainement de « se donner une idée », sinon « amuser le peuple »…

Peut-on alors adopter une approche Top-Down en essayant de comprendre quel est le contexte dans lequel les décideurs chinois basent leur réflexion à l’origine du programme J-20? Quels sont les objectifs stratégiques que ce nouveau vecteur font partie ? Et quels sont les scénarios et les besoins opérationnels que l’avion doit y évoluer et répondre ?

Y-a-t-il assez d’éléments fiables et accessibles aujourd’hui pour répondre à toutes ces questions ?

La réponse est oui, mais il faudra alors reconstituer l’historique des pré-études lancées depuis le 7ème plan quinquennal (1986-1990) auprès des deux principaux bureaux d’études Shenyang 601 et Chengdu 611, ainsi que les recherches fondamentales menées par plusieurs entités universitaires et institutionnelles à partir cette même période.

On retrouve d’ailleurs une partie de ces éléments dans un document cadre utilisé par notre dossier « Pourquoi le J-20 vole avec quatre réservoirs externes ?« , qui tente d’expliquer le besoin relativement important en autonomie du chasseur chinois.

L’étude de cas du J-20 est un énorme jeu de puzzle, du moins pour les observateurs lambda non spécialisés, il nécessite donc beaucoup de recherches et couplages d’information, une attitude impartiale et surtout, ne pas se laisser tenter par un quelconque « glissage » à vouloir comparer ce qui est parfois, incomparable…

Henri K.


¹ – L’autre est représenté par la lettre P dans l’acronyme DPSA…

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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