L’unique destroyer Type 051B fait peau neuve

Des images rendues publiques par la marine chinoise récemment montrent que les travaux de modernisation à mi-vie de son destroyer 167 Shenzhen, qui ont immobilisé le bâtiment durant plus de trois ans, sont désormais entièrement terminés. L’unique coque de sa classe Type 051B a donc réintégré les forces navales du Commandement de théâtre d’opérations sud, et a apparu notamment lors du départ d’un bataillon des Marines chinois pour la mer de Chine méridionale en ce début du mois.

Le destroyer de 6 600 tonnes pleine charge avait été le navire de premier rang le plus avancé et aussi le plus « lourd » pour la marine chinoise lors de sa mise en service en Février 1999, avant d’être dépassé rapidement en performance générale par le Type 052C arrivé cinq ans plus tard, qui est doté d’un système de combat comparable à l’Aegis américain.

Beaucoup d’observateurs l’ont alors considéré comme un navire « expérimental » du fait qu’il est seul de sa classe, ce qui n’est pas dans l’habitude des Chinois, mais en réalité il n’a jamais été conçu ou servi comme un banc d’essais mais un véritable navire de guerre.

Et la plateforme de Type 051B est aussi réutilisée dans la conception de Type 051C, une autre classe de destroyer anti-aérien chinois, avec deux coques commandées par la marine chinoise au début du siècle pour intégrer le système SAM russe S-300FM et renforcer la capacité de lutte anti-aérienne navale du cercle de protection de Pékin.

Type 051B

Le destroyer Type 051B a réintégré la flotte du sud et il est apparu publiquement début Janvier à la base navale de Zhanjiang (Photo : Marine chinoise)

Cette refonte de Type 051B réalisé par le chantier naval militaire 4804 (aussi appelé chantier naval Haibin) depuis fin 2014 témoigne une nouvelle fois le pragmatisme de la Chine en matière d’armements, et pour preuve, la rénovation MLU du 167 Shenzhen s’appuie principalement et essentiellement sur des systèmes ayant déjà atteint une bonne maturité sur d’autres bâtiments, pour que le navire puisse s’intégrer rapidement aux flottes existantes.

Ainsi, la seule véritable « nouveauté » est probablement le remplacement des 16 missiles anti-navires subsoniques YJ-83 par 8 missiles supersoniques YJ-12A, qui fait que le Type 051B est devenu le premier bâtiment de surface de la marine chinoise à se doter de ce missile de nouvelle génération.

On ignore encore la spécification détaillée de ce missile Mer-Mer chinois, mais sa version aéroportée YJ-12, qui doit être portée par des bombardiers comme H-6G ou H-6KH à cause de sa longueur et aussi sa masse, est conçue pour voler jusqu’à Mach 3.2 à une portée maximale de 380 km. Il s’agit d’un missile qui cible avant tout les grands navires de guerre adverses.

On remarquera que le nouveau Type 051B qui fait peau neuve n’a pas équipé de système de radar trans-horizon passif / actif Type 366 comme pour les destroyers Type 052C, Type 052D ou encore les frégates Type 054A. Ce radar multi-bandes permet de guider les missiles anti-navires au-delà de la ligne d’horizon, ou détecter des cibles navales passivement une fois les bâtiments équipant ceci se mettent en réseau.

L’absence de radar de conduit de tir dédié revient à dire que le guidage de YJ-12A lancé par Shenzhen sera réalisé de manière déportée, soit par d’autres navires ou par les hélicoptères embarqués. A ce titre, le destroyer chinois préserve son double hangar après la modernisation, une configuration plutôt rare sur les bâtiments de premier rang chinois aujourd’hui.

D’autres modifications visibles de l’extérieur du navire comprennent l’intégration d’un système de lancement vertical (VLS) AJK-16 à 32 silos, capable de lancer des missiles anti-aérien HQ-16 ou HQ-16C à portée moyenne, et des torpilles propulsées Yu-8. Ce système VLS remplace donc l’ancien lanceur incliné 8 tubes de H/HQ-7 qui ne peut fournir qu’une protection modérée au navire et encore moins à la flotte.

Le système de guidage a été changé en fonction, qui passe d’un radar Type 345 à 4 radars de conduit de tir de HQ-16, pouvant suivre chacun deux cibles simultanément.

Les 4 anciennes tourelles de canon bi-tubes Type 76A à calibre 37 mm laissent leur places à 2 systèmes CIWS H/PJ-11 d’une cadence de de 10 000 rd/min. Le même système de canon 11 tubes de calibre 30 mm, conçu pour intercepter en impact direct des cibles volant jusqu’à Mach 4, équipe déjà les frégates et les destroyers chinois de nouvelle génération, et on les retrouve sur les deux porte-avions chinois également.

Comme chaque CIWS dispose son propre système de suivi optronique et radar, les vieux radars de conduit de tir Type 347G pour les canons secondaires ont tout simplement été supprimés.

Côté reconnaissance, l’ancien radar de veille aérienne longue portée Type 517H-1 a été supprimé, et le radar de recherche de surface Type 360S ainsi que le radar de recherche aérien 3D Type 381 ont été remplacés par le Type 364 et le Type 382 respectivement. Ce couple de radars devient une composition standard qui a déjà fait ses preuves sur d’autres bâtiments chinois comme le destroyer Type 052B et la frégate Type 054A.

La capacité en guerre électronique est aussi un autre focus pour le nouveau Type 051B lors de son MLU. Le vieux système NRJ6A issu de technologies israéliennes cède sa place à la suite intégrée Type 726, qui comprend plusieurs sous-systèmes ESM, les brouilleurs actifs et les lance-leurres multi-fonctions multi-spectres.

On voit apparaître également le même type d’antennes de fonctions variées que les destroyers Type 052C et Type 052D en haut de la mâture principale de 167 Shenzhen. Et il n’y a plus deux mais une seule station SATCOM qui a été déplacée vers le dessus du hangar, comme pour les nouvelles frégates chinoises.

Pour la partie presque invisible, à savoir les suites de combat, les liaisons de données et les systèmes de lutte anti-sous-marine par exemple, les sources locales indiquent que les anciennes liaisons de données HN-900 ont été mises à jour vers un nouveau protocole trans-armées, couvrant toutes les fonctionnalités existantes de HN-901, 902, 903 et 905, et permet d’assurer les échanges cryptés entre les forces aériennes, navales et terrestres.

Le système de commandement central ZKJ-6 a lui aussi été remplacé par le nouveau système de combat navire ZKT et de commandement flotte ZKB afin de préserver la capacité du Type 051B à servir comme navire de commandement de flottille.

Le sonar de coque H/SJD-9 reste inchangé sur le destroyer mais ce dernier aurait perdu désormais la faculté de déployer un sonar remorqué TASS, comme le modèle H/SJG-206 utilisé par les corvettes ASW Type 056A ou encore les frégates Type 054A, puisque l’ouverture dédiée à cette fonction avant la rénovation est maintenant totalement scellée. Cet allègement de moyens anti-sous-marins pourrait signifier une ré-orientation plus prononcée sur l’anti-navire pour la deuxième vie du destroyer Type 051B.

En somme, il semblerait que la marine chinoise ait choisi le meilleur compromis possible pour qu’une « vieille » plateforme de propulsion à vapeur puisse regagner le même niveau général que les navires de premier rang actuels aux moindres frais. Une philosophie que l’on retrouve également sur les frégates Type 053H3, comme évoqués dans notre dossier « Un nouveau CIWS pour les vieilles frégates chinoises » il y a un an.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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