Une nouvelle base de missiles anti-navires à Hainan ?

Après l’armée de l’air et la marine, la force des fusées chinoise, responsable de la dissuasion nucléaire de la Chine et l’appui conventionnel longue portée pour les autres corps d’armée, semble avoir elle-aussi entamé une nouvelle phase d’expansion. Les nouvelles « Bases » et brigades seraient alors formées, comme par exemple celle qui est prévue sur Hainan, une île tropicale de 33 920 km², soit trois fois la taille de l’île de France, en mer de Chine méridionale.

En effet, les images satellites montrent que les travaux de construction d’une nouvelle base militaire ont démarré vers fin 2016 près de la ville de Danzhou (儋州), située au Nord-Ouest de Hainan.

Les images récentes en date du mois de Mars 2018 révèlent notamment la présence de nombreuses infrastructures comme les casernes, les bâtiments administratifs et de formation, les terrains d’entraînement physique ainsi que des grands hangars fermés, réparties sur une zone d’un demi kilomètre carré, qui pourraient héberger donc plus de 1 000 personnes visiblement. Le site pourrait correspondre donc à celui d’une nouvelle brigade faisant partie de la « Base n°62 » (anciennement Base n°53) mentionnée dans certains rapports américains.

Quant aux régiments et surtout les types de missile balistique qui pourraient s’y loger dans cette nouvelle base, aucune trace officielle n’est trouvée dans les sources publiques pour le moment. Mais étant donné la situation géographique de Hainan, une île bordant des zones maritimes internationales de fréquentation importante mais aussi « isolée » du continent et avec peu de profondeur stratégique, il est peu plausible que des arsenaux nucléaires soient déployés sur place.

Cela écarterait donc que ça puisse être des missiles intercontinentaux mobiles comme les DF-31A, DF-31AG et DF-41. Malgré leur relative grande mobilité, ils seront plus facilement identifiables, localisables et surtout vulnérables par les moyens aériens et navals dans un « espace » comparativement plus restreint comme l’île de Hainan que s’ils sont sur le continent chinois.

La trajectoire d’un tel missile intercontinental au départ de Hainan pour atteindre les Etats Unis par exemple ne présente pas d’intérêt particulier non plus, voir même des inconvénients à savoir le survol au-dessus de la mer du Japon, donc traverser aussi bien la Corée du Sud et le Japon avec un parcours encore plus long et très surveillé, alors que le même missile tiré depuis Henan au centre de la Chine ou Jilin dans le Nord-Ouest du pays va réduire le temps de vol et survoler uniquement la Russie et le Canada.

Hainan

Image : East Pendulum

De ces considérations, notre hypothèse porte donc naturellement sur des vecteurs conventionnels, comme les missiles de croisière, et les missiles balistiques de courte et moyenne portée. Depuis ces dernières années, une nouvelle génération de ces missiles est conçue, testée et entrée en service au sein de la forces des fusées chinoises. On peut citer par exemple le nouveau missile de croisière DF-10A, le MRBM DF-16 et ses nombreuses variantes, l’AShBM DF-21D ainsi que les différentes versions de l’IRBM DF-26.

Les missiles qui seront déployés dans cette nouvelle base sur Hainan se trouvent donc probablement parmi ces derniers.

Or, pour pouvoir atteindre l’Asie de Sud-Est, c’est-à-dire une partie de pays membres de l’ASEAN comme le Vietnam, les sites de Kunming, Chuxiong, Jianshui et Luorong de la base n°62, équipant du MRBM DF-21 et des missiles de croisière, sont humblement suffisants que ce soit en terme de portée ou de puissance de feu. Le déploiement de ces mêmes moyens sur la nouvelle base de Hainan représenterait donc une sur-redondance probablement non justifiée.

Reste alors les nouveaux moyens anti-navires que la Chine développe depuis maintenant 20 ans tels que le DF-21D et le DF-26B (?). Si le déploiement de ces missiles à Hainan subit les mêmes inconvénients liés à l’isolement de l’île et le manque de profondeur stratégique, la position géographique de cette île chinoise aussi très touristique va peut-être procurer des avantages non négligeables pour l’armée chinoise afin de pousser son cercle A2/AD encore plus loin de ses côtes.

Hainan

Les DF-21D et DF-26 lors d’un défilé chinois (Photo : Armée chinoise)

Si on considère une portée estimative de 1 700 km pour le DF-21D, son lancement depuis le continent chinois va lui permettre d’atteindre au maximum la ligne de récif Fiery Cross et Mischief, dans les Spratleys, en mer de Chine méridionale. Mais le même lancement effectué depuis Danzhou sur l’île de Hainan par exemple va gagner environ 500 km en portée et permettra d’atteindre l’Archipel de Riau, mettant ainsi la totalité de la mer de Chine méridionale sous sa « couverture ».

Quand il s’agit du nouveau DF-26, d’une portée estimée à 4 000 km minimum et qui dispose aussi au moins une variante anti-navire, il peut même atteindre Guam, l’un des plus importants points d’appui de l’armée américaine au Pacifique-Ouest, et aussi la quasi-totalité de l’Inde incluant le golfe du Bengale et le détroit de Malacca, voir même presque sur la côte Nord de l’Australie.

Si le déploiement de ces armes anti-navires et de dénie se confirme sur cette nouvelle base de Danzhou, ils vont alors compléter les moyens aériens et navals chinois de plus en plus conséquents sur l’île de Hainan pour faire valoir ses volontés politiques sur cette partie très convoitée et surveillée du monde, et procurer dans le même temps un avantage tactique voir stratégique très intéressant pour la Chine face aux défis politico-militaires tout aussi montants en mer de Chine méridionale.

Hainan

Image : East Pendulum

Il s’agit bien entendu d’une simple hypothèse ici et devrait être confirmée ou infirmée avec des éléments futurs, mais les premières mesures approximatives des installations de la nouvelle base de Danzhou montrent que le site est capable d’accueillir au moins une vingtaine de TEL de DF-21D ou DF-26, plus d’autres véhicules de soutien et de matériels associés.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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