Un drone sur la catapulte EMALS de la marine chinoise

Après le premier vol de la version catapultable de son avion de chasse J-15, et l’apparition récente du nouvel AWACS embarqué, la marine chinoise semble continuer à tester des nouveaux vecteurs pour préparer l’arrivée de son troisième porte-avions qui sera équipé des catapultes.

En effet, les nouvelles images satellites du centre d’entraînement des pilotes aéronavals chinois à Xingcheng montrent qu’un drone a été positionné sur l’une des deux catapultes installées au sol.

Catapulte

Un drone est stationné sur le déflecteur de jet de l’une des deux catapultes à Xincheng (Image : Global Digital)

Le drone, qui est stationné sur le déflecteur de jet de la catapulte, semble être tracté par un autre engin de couleur vert foncée. Il n’est donc pas fixé au sabot de la catapulte.

 

Sur une catapulte à vapeur ou électromagnétique ?

La première question à se poser est – sur quel type de catapulte a été mis ce drone ?

Sans être entièrement certain, on pense qu’il s’agit d’une catapulte électromagnétique, à l’image de l’EMALS américain, et ce pour plusieurs raisons.

La première étant le volume d’installation des deux catapultes. Si nous regardons les images satellites en date du 28 Octobre 2015 par exemple, où les deux pistes étaient encore en travaux, nous pouvons constater que la « chambre » où la catapulte à l’Est (en bas de l’image) est installée occupe un espace de 14,4 mètres × 132,6 mètres, alors que celle à l’Ouest (en haut) mesure 7,6 mètres × 139,8 mètres.

Cette différence de volume est cohérente par rapport aux données américaines, où chaque catapulte à vapeur C-13-x nécessite plus de 3 000 m3 de volume et pèse dans les 560 tonnes, alors qu’un ensemble d’EMALS ne prend que moins de 425 m3 et pèse 280 tonnes.

La deuxième raison qui fait penser que la catapulte à vapeur est celle à l’Est (en bas) est l’infrastructure construite à ses côtés. En effet, l’image en date du 28 Novembre 2016 montre de la fumée blanche sortie du sol, alors que l’endroit semble être une pièce pour installer la chaudière sur une autre de date antérieure.

Et on peut constater un peu près la même chose au Naval Air Engineering Station Lakehurst, aux Etats Unis, où l’US Navy mène ses essais de catapultage.

Enfin, une catapulte EMALS est également plus adaptée pour lancer un drone, avec une accélération plus « douce » et linéaire ainsi qu’une puissance modulable, par rapport à la catapulte traditionnelle à vapeur. L’engin catapulté subira alors moins de contraintes physiques, un point important pour les drones qui ont une cellule relativement petite et donc moins de marge de manœuvre pour les renforcements.

Mais moins adapté ne veut pas dire impossible – le drone X-47B a bien été catapulté le 29 Novembre 2012 depuis une catapulte à vapeur au Naval Air Station Patuxent River, puis cinq mois après à bord du porte-avions USS George HW Bush avec une catapulte C-13-2.

Il est à noter que le troisième porte-avions chinois, de classe Type 002, sera à priori un CATOBAR conventionnel avec catapultes à vapeur.

 

Un drone, mais lequel ?

La question qui se pose après est, quel est le modèle de ce drone ?

La résolution des images « public » ne nous permet pas d’identifier avec exactitude. Mais nous sommes en présence ici un drone à priori de couleur noir (superbe…), d’une envergure d’environ 18 mètres et mesure très approximativement 9 mètres de long.

La vue inclinée des images semble montrer la présence d’un empennage en V, et il y aurait aussi deux « lignes » raccrochées à l’aile droite de l’appareil.

Et ce point sur l’empennage en V est vérifié sur une autre image satellite datant du 1er Décembre 2016. Sur cette image, plus récente que celle où le drone était sur le déflecteur de jet de la catapulte EMALS (?), le drone se trouve maintenant sur le terrain entre les deux catapultes. On remarquera également que le déflecteur de jet de la catapulte à l’Est a été soulevé. Il y aurait, semble-t-il, un chariot de charge installé sur cette catapulte à vapeur (?).

Catapulte

Image satellite des catapultes chinois et du drone, en date du 1er Décembre 2016 (Image : 星海军事)

Si on s’occupe de la couleur du drone en dernier lieu, plusieurs modèles de drone chinois pourront correspondre aux critères suivantes : 18 mètres d’envergure, 9 mètres de long et disposant d’un empennage en V –

  • Sky Wing 3 : 18,8 mètres d’envergure, 8,9 mètres de long, MTOW 2 350 kg
  • Cloud Shadow : 17,8 mètres d’envergure, 9,05 mètres de long
  • CH-4 : 18 mètres d’envergure, 8,5 mètres de long, MTOW 1 330 kg

Sachant que le Sky Wing 3 est le prototype à partir duquel le Cloud Shadow est développé, et le drone CH-4 est doté d’un moteur à hélice, inadapté pour fournir une accélération suffisante, il ne reste que la possibilité du Cloud Shadow.

Ce drone armé chinois que nous avons présenté dans le dossier « Cloud Shadow », le drone armé de courtes-pattes ? » est conçu par l’Usine 132 (Chengdu Aircraft Corporation) du groupe AVIC. Capable d’atteindre une vitesse de 620 km/h et une altitude de 14 000 mètres, il existe en trois variantes différentes – attaque Air-Surface avec 400 kg de munitions, reconnaissance optique et reconnaissance radar. D’après l’avionneur chinois, ces trois variantes travaillent en « meute ».

Et avec une couleur noir foncée tel qu’il a été présenté au dernier salon aéronautique de Zhuhai, il est fort probable que le drone sur la catapulte EMALS soit le Cloud Shadow, ou sa jumelle Wing Shadow qui est doté de non pas un mais deux moteurs turbojet, et qui est dédiée à l’armée chinoise.

En revanche, les informations que nous avons indiquent que ces drones sont plutôt conçus pour répondre aux besoins de l’armée de terre chinoise, et non la marine, bien que dans l’arsenal du drone se trouve aussi le missile anti-navire léger YJ-9E. Mais en attendant l’arrivée des autres drones à aile volante chinois qui sont en cours de développement, le Cloud Shadow ou le Wing Shadow semble être le seul à pouvoir décoller sur une piste de porte-avions.

Selon notre première estimation, le rayon d’action de Cloud Shadow est relativement restreint. Ce drone ne serait donc pas totalement adapté à une exploitation concrète au sein d’un groupe aéronaval. Mais la marine chinoise pourrait l’utiliser pour étudier, dans un premier temps, les différentes contraintes liées au catapultage de drone sur un porte-avions, et réfléchir aux tactiques opérationnelles associées.

Nous attendons maintenant d’autres éléments à venir pour confirmer, ou ininfirmer, que ce soit bien ce drone qui était sur les images à Xingcheng.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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