Un drone de reconnaissance indien s’écrase en Chine

Après la récente confrontation entre l’Inde et la Chine dans la région frontalière de Doklam, qui s’est soldée par le retrait de l’armée indienne en mois d’Août dernier, un nouvel incident local vient rajouter de nouveau un grain de sable dans les relations bilatérales autour de cette région disputée. En effet, un drone de reconnaissance Heron acquis par l’armée indienne s’est écrasé récemment à l’autre côté de la ligne de contrôle effectif (Line of Active Control, LAC), à l’intérieur du territoire chinois.

Le crash a d’abord été révélé par l’État-major du Commandement du théâtre d’opérations de l’Ouest, de l’armée chinoise, et relayé ce jeudi par l’agence de presse chinoise Xinhua.

Le communiqué indique qu’un « engin non piloté indien a fait l’intrusion dans l’espace aérien chinoise avant de s’écraser », et « les gardes-frontières chinois ont procédé à l’identification de l’appareil ».

On notera que la communication est passée par un canal plus bas, au niveau locale de l’armée chinoise, et non par un canal national comme le Ministère chinois des affaires étrangères ou le Ministère de la Défense par exemple. On suppose donc que les autorités chinoises ont voulu volontairement contrôler l’ampleur de cet incident. On remarque par ailleurs que le texte n’a mentionné ni le lieu exact, ni la date et on ne sait pas non plus quel modèle de drone s’est introduit à l’intérieur de la Chine.

Et c’est côté indien que l’on retrouve enfin des éléments plus détails – le bureau de presse du Ministère indien de la Défense a rapidement publié un court communiqué, le jour même, « en réponse à l’article de Xinhua » :

“An Indian UAV which was on a regular training mission inside the Indian territory lost contact with the ground control due to some technical problem and crossed over the LAC in the Sikkim Sector. As per standard protocol, the Indian border security personnel immediately alerted their Chinese counterparts to locate the UAV. In response, the Chinese side reverted with the location details of the UAV. The exact cause of the incident is under investigation. The matter is being dealt with in accordance with the established protocols through institutional mechanisms to deal with situations along the India- China border areas.”

Col Aman Anand

Le texte admet qu’un drone indien est passé à l’autre côté de la LAC, dans la région de Sikkim, suite à un problème technique qui lui a fait perdre le contact avec la station sol lors d’une mission d’entraînement habituelle. Les gardes-frontières indiens ont immédiatement informé leur confrères chinois, qui ont donné en retour les détails sur la localisation du drone.

Des éléments supplémentaires ont également été dévoilés au fur et à mesure par les médias indiens – on apprend par exemple que le crash a eu lieu il y a une semaine près de la région disputée de Doklam, et il s’agit d’un drone Heron du constructeur israélien Israel Aerospace Industries (IAI) acquis par l’armée indienne dans les années 2000′.

« La communication entre le drone et la station de contrôle au sol a été interrompue, puis rétablie avant d’être perdue à nouveau », précise un haut officier du gouvernement indien, « Le drone n’a pu être contrôlé et a fini ses courses dans la vallée de Chumbi ».

Le drone Heron en question était alors en train de voler à 25 km de la ligne de contrôle effective côté indien lorsque les « problèmes techniques » ont survenu, après avoir décollé d’une base aérienne située au corridor de Siliguri.

Les sources indiquent que le drone de reconnaissance pourrait avoir renvoyé des vidéos au sol peu avant son crash, et que son système d’analytique digital (Digital Analytical System, DAS) a d’ores et déjà été expédié en Israël pour investigation. Les négociations sont actuellement en cours pour rapatrier l’épave de l’engin.

Quant à la possibilité de perte des données sensibles, les sources proche du dossier semblent souligner le fait que le drone n’a pas son propre système de stockage, et l’armée indienne affirme aussi que l’engin « n’était pas en mission de surveillance ».

L’Heron est un drone dit Haute Altitude Longue Endurance (HALE) de l’IAI qui a réalisé son vol inaugural en 1994. D’une masse maximale au décollage de 1 150 kg, il peut rester jusqu’à 52 heures en vol à un plafond de 10 000 mètres. Nombreux pays sont utilisateurs de ce modèle de MALE dont la France avec la version modifiée connue sous le nom d’EADS Harfang.

On retrouve donc ici un drone de reconnaissance tactique en LOS utilisé par l’armée indienne pour surveiller ses frontières montagneuses avec la Chine, à l’instar du drone HALE chinois BZK-005 conçu à la même époque pour les missions RECON en mer de Chine oriental et en mer de Chine méridionale, sauf que ce dernier dispose d’une liaison de communication satellitaire ce qui lui permet d’aller au-delà d’un rayon de 250 km.

Drone

Au centre, le drone HALE de reconnaissance chinois BZK-005, conçu par l’Université Beihang, un équivalent chinois de l’IAI Heron.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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