Un SNA chinois Type 09IIIA fait surface près des îles Senkaku / Diaoyutai

Les huit îles et rochers inhabitées de l’archipel Senkaku (尖閣諸島 en japonais), ou Diaoyutai (钓鱼台群岛) en chinois, se sont de nouveau trouvées sous le projecteur des médias et au cœur d’un nouvelle tension diplomatique entre les deux rivaux historique que sont la Chine et le Japon.

Et pour cause, un sous-marin nucléaire d’attaque chinois de nouvelle génération Type 09IIIA a fait surface dans les environs de l’archipel, avec un drapeau chinois hissé en haut de son massif, et ce en présence de deux destroyers de la marine japonaise.

Il va sans dire que l’événement a provoqué de très vives réactions médiatiques et gouvernementales des deux côtés, avec souvent de désinformations, vulgarisations grossières et fantaisies spéculatives de part et d’autre.

Si on se laisse porter par les jugements médiatiques à l’emporte-pièce, qui ont souvent pour l’objectif d’orienter l’opinion publique, ou par le sentiment de vouloir trouver absolument le « méchant » et aussi le « gentil » dans l’histoire, qui n’existent bien évidemment pas dans les relations bilatérales entre deux pays au sens stricto sensu du terme, on va alors se trouver rapidement noyer dans la masse d’informations déjà interprétées mais qui sont loin d’être impartiales pour la plupart.

L’objet de ce billet n’est donc pas de tenter d’analyser l’événement ni de fournir une énième interprétation supplémentaire, mais de présenter les « faits » – du moins au sens institutionnel du terme des deux côtés – et de poser un certain nombre de questions pour aider à la réflexion.

Selon un premier rapport du Ministère japonais de la Défense, le destroyer JDS Onami de classe Takanami et un avion de patrouille paritime P-3C des forces japonaises ont confirmé la présence d’un sous-marin en immersion dans la partie Est-Nord-Est de la zone contiguë des îles Miyako, situées près d’une principale sortie de la première chaîne d’îles en océan Pacifique, le mercredi 10 Janvier dans l’après-midi.

Le sous-marin, jusqu’ici non identifiée, faisait route vers la mer de Chine orientale, donc vers le côte Est de la Chine. Il a quitté ensuite les environs des îles Miyako dans la matinée du 11 Janvier puis entré dans la zone contiguë de l’île Taisho (大正島 en japonais), aussi appelé Chiwei Yu (赤尾屿) en chinois, qui fait partie des îles Senkaku / Diaoyutai.

Le jour même au matin, un autre destroyer japonais JDS Oyodo de classe Abukuma et JDS Onami ont confirmé qu’une frégate chinoise Type 054A était en train d’entrer dans la zone contiguë de l’île Taisho / Chiwei Yu, avant de sortir de la zone puis rentrer de nouveau.

Le lendemain, le vendredi 12 Janvier, les deux destroyers japonais cité en haut ont eu un contact visuel avec le sous-marin qui avait traversé sous l’eau la zone contiguë des Miyako d’abord puis des Senkaku / Diaoyutai ensuite les deux jours précédents. Il s’agit en réalité d’un sous-marin chinois car le bâtiment a fait surface, dans les eaux internationales au nord-est des îles Senkaku / Diaoyutai, avec un drapeau rouge de la République populaire de Chine en haut de son massif. Le troisième rapport du Ministère japonais publié ce jour-ci montre clairement cette scène.

De son côté, le porte-paroles du Ministère chinois de la Défense indique dans un communiqué que deux bâtiments japonais sont entrés dans la zone contiguë de l’île Taisho / Chiwei Yu le 11 Janvier dans la matinée. La frégate 548 Yiyang (Type 054A) qui était en patrouille dans la région est alors entrée dans la même zone pour surveiller le mouvement des navires japonais. Au moment de la publication du communiqué, les deux navires japonais ont déjà quitté la zone.

Senkaku

Schéma illustratif de l’événement (Image : Yahoo Japan, Traduction : East Pendulum)

La forme très caractéristique de ce sous-marin aperçu par les Japonais à l’extérieur de la zone contiguë des îles Senkaku / Diaoyutai, avec une petite « bosse » derrière le massif, suggère qu’il s’agisse d’une variante du sous-marin nucléaire d’attaque chinois Type 09III, connue sous la référence de Type 09IIIA.

On suppose que la structure surélevée du bâtiment héberge plusieurs systèmes au lancement vertical où se trouvent des missiles de croisière anti-navires YJ-18B et aussi de frappe au sol longue portée.

Mis à part cet aspect « technique » du sous-marin concerné, il convient aussi de réviser la définition exacte de la « Zone contiguë », qui n’est en aucun cas les eaux territoriales comme sous-entendent certains médias.

En effet, le périmètre légal de la dite « zone contiguë » est clairement défini dans la Section 4 Article 33 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS, United Nations Convention on the Law of the Sea), déjà ratifiée par la Chine et le Japon. Le texte stipule que :

Senkaku

Article 33 de l’UNCLOS sur la définition de la « Zone contiguë »

On ignore pour le moment le motif exact des mouvements du sous-marin chinois, que ce soit sa traversée de deux zones contiguës avant ou le geste de montrer le drapeau chinois en surface dans les eaux internationales après. En revanche, on peut toujours se poser plusieurs questions suivantes :

  • Si les forces japonaises ont pu suivre le sous-marin chinois de Mikayo jusqu’aux Senkaku / Diaoyutai, sur le chemin de retour du sous-marin chinois, est-ce qu’elles l’avaient déjà détecté quand ce dernier sortait par le même endroit, en supposant que ce soit le cas ?
  • En supposant que le schéma fourni par les médias japonais est représentatif, alors le sous-marin chinois a parcouru très approximativement 128 nautiques en 24 heure, soit une vitesse moyenne de 5 nœuds, c’est à dire la vitesse d’une croisière en mode silencieux d’un sous-marin en général. Si les avions et les navires japonais ont pu suivre le sous-marin chinois pendant deux jours d’affilée, l’événement est-il significatif pour déduire le niveau sonore du nouveau sous-marin nucléaire chinois ?
  • Est-ce que les forces de lutte anti-sous-marine japonaises et/ou américaines ont pu récupérer des données de bonne qualité avec un bon rapport signal sur bruit ?
  • Malgré le fait d’être poursuivi par les forces de lutte anti-sous-marine japonaises, le Type 09IIIA semble avoir gardé la même route, toujours selon le schéma des médias japonais. Quel est donc le message à faire passer derrière cette manœuvre du sous-marin nucléaire, et, aussi, pourquoi l’intervention de la frégate chinoise à un moment précis ?

D’autres questions sont bien sûr possibles, d’autres interprétations aussi. Quelles sont les vôtres ?

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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