Shenzhou 11 : les deux taïkonautes retournent sur Terre

Après 33 jours de séjour dans l’espace, les deux taïkonautes chinois – le commandant de mission JING Haipeng et son coéquipier CHEN Dong – sont retournés sur Terre à bord de la capsule de retour du vaisseau Shenzhou 11.

Ce 6ème vol habité chinois aura été le plus long – la précédente mission, Shenzhou-10, a duré 14 jours mais avec 3 taïkonautes dont une femme.

Le début du voyage de JING, qui va dans l’espace pour la 3ème fois, et de CHEN, un jeune taïkonaute de 38 ans issue de la nouvelle sélection et qui va en orbite pour la 1ère fois, a commencé le 17 Octobre à 07h30 heure locale. Leur vaisseau est lancé depuis le centre spatial de Jiuquan à l’aide d’une fusée CZ-2F et s’est arrimé ensuite au laboratoire spatial chinois Tiangong-2, lancé le 15 Septembre dernier.

Ce vol a une importance capitale pour la suite du programme habité chinois, car il s’agit de la dernière mission habitée avant le début de l’assemblage de la future station spatiale chinoise, prévu en 2018, pour évaluer les technologies nécessaires qui supporteront les missions de longue durée dans l’espace, comme les systèmes de soutien de vie par exemple.

Si le lancement du premier vaisseau cargo Tianzhou-1 en Avril 2017 et son essai de ravitaillement au Tiangong-2 sont réussi, le programme habité chinois aura alors terminé la phase 2 de la 2ème étape, qui ouvrira la porte définitivement vers l’ère de station spatiale pour la Chine.

Avec une masse de 3 300 kg, la capsule de Shenzhen-11 a non seulement ramené les deux taïkonautes chinois sur Terre mais aussi une centaine de kg des résultats d’expérimentations scientifiques, que les deux hommes ont en partie manipulé directement en orbite.

On peut citer par exemple les alliages monocristallins pour les aubes de moteur d’aviation, les cristaux de croissance particulière qui seront utilisés dans les matériaux de détection infrarouge, ou encore les échantillons végétaux issus de la plantation réalisée exclusivement dans l’espace, et sans oublier, les vers à soie qui sont désormais dans leur cocons que les deux sériciculteurs « amateurs » ont passé du temps chaque jour pour les élever.

D’autres expérimentations ont également été réalisées comme la manipulation à partir d’un gant de contrôle d’un bras robotique imitant la main humaine, la distribution des clés de communication quantique avec le sol, l’essai d’une nouvelle horloge à atome froid, ainsi que d’autres expériences biochimiques liés au fonctionnement du corps humain dans l’espace. On en a déjà évoqué une partie de ces essais dans le dossier « Les premiers jours au laboratoire spatial Tiangong-2« .

Avant les 11 missions Shenzhou, dont 6 habitées, les Chinois ont déjà maîtrisé les technologies de rentrée atmosphérique, notamment grâce à une vingtaine de récupération de capsule de leur satellites espions militaires d’ancienne génération et le développement des têtes RV de missile balistique. Pour autant, l’atterrissage de la capsule de Shenzhou-11 a eu lieu à un peu plus de 100 kilomètres du point théorique prévu, c’est 10 fois plus que la moyenne qu’ils réalisent sur les précédentes missions Shenzhou jusqu’à présent, et cela dépasse surtout la précision conceptuelle de vaisseau Shenzhou qui demande que le retour soit réalisé dans une zone de 30 x 18 kilomètres autour du point théorique.

Effectivement on peut penser que cela est à cause du fait que le vaisseau Shenzhen-11 revient sur Terre à partir d’une orbite bien plus haute que d’habitude, à 393 kilomètre d’altitude, pour simuler le retour pour les missions habitées à venir car la future station spatiale chinoise se trouvera à cette hauteur là, mais comme l’orbite où les vaisseaux Shenzhou amortissent leurs manœuvres de retour est toujours la même, on pourrait d’ores et déjà écarter cette piste.

Mais on peut peut-être trouver une partie de réponses à l’aide des prévisions d’atterrissage que le centre de contrôle BACC (Beijing Aerospace Command and Control Center) a émis au fur et à mesure que le vol de retour progresse.

Les prévisions de point d'atterrissage de Shenzhou 11

Les prévisions de point d’atterrissage de Shenzhou 11

En effet, on sait que la 1ère prévision de retour a été publié avant que le vaisseau Shenzhou 11 ait amortit ses manœuvres orbitales de retour, et on peut voir que l’écart par rapport au point théorique calculé avant la mission n’est pas énorme, signe que Shenzhou 11 se trouvait sur une orbite comme prévu, avant le retour.

La 2ème prévision est diffusée après les manœuvres, et on voit que son écart est déjà très important, presque 98 kilomètres du point théorique. Cela signifierait que les manœuvres de retour n’ont pas été exécutés entièrement comme prévu et que les ingénieurs au sol prévoyaient déjà la déviation. L’angle d’incident de retour de la capsule serait donc peut-être l’une des causes.

Et l’écart très faible entre la 4ème prévision et le point d’atterrissage effectif montre que les Chinois maîtrisaient parfaitement les conditions météorologiques de la zone d’atterrissage. Le vente sous 20 000 mètres d’altitude, qui n’était que de niveau 4 (correspondant à une vitesse entre 5,5 et 7,9 m/s) à l’heure du déploiement du parachute, n’est donc pas la cause principale de cette dérive, sinon la capsule n’aurait dévié que de 10 kilomètres maximum et non 100 kilomètres.

Mais le plus important est que, avec une équipe de récupération déjà préparée à cette éventualité, qui est composé d’un avion pour repérer les signaux en onde courte émises par la capsule une fois toucher le sol, 8 hélicoptères et 2 drones, ainsi qu’une « flotte » de véhicules au sol, les deux taïkonautes n’ont finalement pas attendu très longtemps avant d’être pris en charge.

L’heure exacte du retour sur Terre de la capsule de Shenzhou 11 est enregistrée à 13h59, soit 48 minutes après que le module orbital du vaisseau s’est séparé de la capsule et du module de propulsion.

Mais il faut avouer que pour ceux qui ont suivi en live à la télévision durant tout le processus de retour, autant on a toujours la capsule en « visuel » depuis sa rentrée atmosphèrique grâce aux importants moyens radar, optique et infrarouge mis en place, autant une fois la capsule a touché le sol il y a bien eu un « blanc » d’une dizaine de minute durant lequel aucun des moyens aériens ne parvenait à localiser la capsule. Même les journalistes ont dû user de leur talents pour « meubler » le vide…

Voici donc quelques vidéos pour revivre la mission et le retour de Shenzhou 11 avec les deux taïkonautes chinois, à commencer par les quelques passages marquants de la vie en orbite de JING et de CHEN :

Puis deux courts résumés de ce retour depuis le centre de contrôle BACC à Pékin, on peut y voir notamment l’éjection du module orbital du vaisseau Shenzhou 11, la séparation de la capsule de retour du module de propulsion, l’entrée dans la zone Blackout, et le déploiement du parachute principal qui mesure plus de 1 000 m² en surface :

L’enregistrement vocal dans la capsule de retour quand cette dernière est entrée dans la zone Blackout, où la vitesse est réduite de 7 700 m/s à 200 m/s et que les taïkonautes doivent subir un facteur de charge de 4 g environ :

Le départ des équipes de récupération, l’examen de la capsule de retour et le transport :

La sortie des deux taïkonautes de la capsule :

L’arrivée des taïkonautes, qui sont toujours en processus de réadaptation à la gravité terrestre, à Pékin vers 18h50 heure locale :

Et c’est la fête devant le centre de contrôle BACC :

Sans oublier, bien entendu, cette équipe de récupération qui s’est entraînée des mois durant aux différents scénarios de retour :

A noter que l’ESA a publié une vidéo qu’ils ont reçu des deux taïkonautes chinois, dans laquelle JING dit avoir goûté de la nourriture préparée par l’agence spatiale européenne et remercie cette dernière pour les gâteaux d’anniversaire (JING a fêté ses 50 ans en orbite le 28 Octobre). Il a également souhaité bonne chance au cosmonaute français Thomas PESQUET pour son vol à l’ISS.

Pour finir, voici quelques photos prises à l’intérieur de la salle de contrôle de BACC à Pékin. Derrière la « gloire » des cosmonautes, c’est, en fin de compte, le fruit des centaines de milliers de personne qui travaillent pour le même but durant de nombreuses années, sans même qu’on sache leur noms.

Cet article est donc spécialement dédié à ces femmes et ces hommes, partout dans le monde.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Lapsus, 2 autres intervenants…

  • Mit en référence sur l’article trés maigre du wiki sur cette mission… C’est une impression, mais le nombre de personnes qui s’intéressent à l’astronautique est en baisse sur ce site. Il y a eu un seul autre intervenant ;(

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