SD-1 : Quand le géant national vient concurrencer les startups

Alors que la place du « Premier constructeur privé de lanceurs spatiaux chinois à avoir réussi un vol orbital » revient désormais à iSpace (星际荣耀), après l’échec de ses concurrents LandSpace (蓝箭航天) en Octobre 2018 et OneSpace (零壹空间) en fin Mars cette année, le géant national CASC, concepteur des fusées Longue Marche qui détiennent le quasi-monopôle de tous les lancements orbitaux chinois, s’est lui aussi fortement intéressé au marché fleurissant de lancement des petits voir très petits satellites en Chine. Le développement du petit lanceur Smart Dragon 1 ou SD-1 (捷龙一号, qui se prononce phonétiquement par Jielong-1) a donc été démarré dans ce contexte il y a moins de 18 mois, et son vol inaugural, qui a eu lieu le samedi dernier, fut sans grande surprise un succès.

Trois petits satellites, Qiancheng-1-01 (千乘一号01星), Xingshidai-5 (星时代-5) et Tianqi-2 (天启二号), dont aucun ne dépasse 100 kg en masse, ont été injectés sur une orbite héliosynchrone à 540 km d’altitude. 

L’arrivée du CASC sur ce segment de marché porteur aura sans aucun doute un impact sur les start-up chinoises qui n’ont ni le même niveau de réserve technologique, ni la notoriété donc crédibilité commerciale. Si cet impact est encore difficilement quantifiable pour le moment, on pourra au moins constater la détermination du CASC à étendre ses parts de marché en créant deux nouvelles familles de lanceur, entièrement dédiées aux vols commerciaux, à savoir les lanceurs Jielong (捷龙) à ergol solide, et les lanceurs Tenglong (腾龙) à ergol liquide.

Vol inaugural du petit SD-1, le premier des Smart Dragon.

C’est en Juillet 2018 que China Academy of Launch Vehicle Technology (CALT), filiale du groupe CASC, a annoncé le nom officiel du programme Jielong, alors que le développement du premier de la famille, SD-1, a d’ores et déjà démarré depuis le mois de Février.

Selon la brochure distribuée par le constructeur lors du Salon aéronautique de Zhuhai 2018, le Smart Dragon 1 est un micro-lanceur de 4 étages à ergol solide. D’un diamètre de 1,2 mètres et d’une hauteur de 19,5 mètres, le SD-1 est capable de placer 340 kg à 300 km LEO ou 240 kg à 300 km SSO. La capacité descend à 217 kg et 152 kg à 700 km d’altitude en LEO et SSO respectivement.

Avec 23,1 tonnes au décollage, le SD-1 offre un coefficient de transport plutôt confortable de 0,0147 (LEO).

Il s’agit également le premier lanceur « commercial » du groupe CASC, dans le sens où le fond de développement du programme vient essentiellement de la capitalisation civile (via la nouvelle société China Rocket, filiale de CALT), alors que les fusées Longue Marche sont développées sur fond gouvernemental.

China Rocket a décroché jusqu’à présent 6 contrats fermes de lancement, et une trentaine de demande d’intention.

Le vol inaugural du SD-1 a eu lieu le 17 Août à 12h11 heure de Pékin, au centre spatial de Jiuquan (JSLC). Le lancement est réalisé directement à l’aide d’un véhicule Tracteur-Érecteur-Lanceur (TEL), à l’image de quelques nouveaux lanceurs chinois du genre tels que le KZ-1A de CASIC ou encore le CZ-11 de CASC.

On notera que l’assemblage du SD-1 Y1 (Y est le numéro de série) n’est pas assuré par les équipes de CALT mais une autre filiale de CASC, Academy of Aerospace Solid Propulsion Technology (AASPT, 航天动力技术研究院), plus connu sous le nom de la 4e Académie de CASC. C’est également AASPT qui fournit tous les moteurs à ergol solide du SD-1 ainsi que toutes les autres versions de la famille Smart Dragon à venir.

Pour viser un très faible délai entre la signature du contrat et la mise en orbite, de l’ordre de 6 mois et 24h après l’arrivée de l’ensemble au centre de lancement, le petit lanceur chinois s’appuie non seulement sur plusieurs innovations comme les équipements pré-intégrés et l’intelligence artificielle, mais aussi sur le mode d’AIT à l’horizontal sauf pour l’intégration des satellites sur le 4e étage.

L’une des particularités du SD-1 par rapport aux autres lanceurs est aussi la façon que les charges utiles (satellites…) sont intégrées au dernier étage – A cause de son faible diamètre et pour optimiser le volume utile sans être limité par la coiffe, le dernier étage avec des charges sont montés à contre sens de la direction du vol, ce qui oblige aussi l’étage porteur à réaliser une manœuvre à 180° une fois en orbite, avant de libérer ses charges. L’espace utilisable maximum peut alors atteindre Ø 1,1 mètre × H 1,5 mètres, soit un peu plus de 1,4 m3.

Le film d’animation du Smart Dragon (SD-1)
Le reportage télévisé sur le vol du SD-1

Un seul message aux navigants aériens (NOTAM) a été publié pour prévenir le passage du lanceur, mais les zones de retombée n’ont pas été précisées.

A4285/19 NOTAMN
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/3945N09929E053
A) ZLHW B) 1908170400 C) 1908170430
E) SEGMENT JIAYUGUAN VOR ‘CHW’- N3939.5E10036.8 OF ATS RTE V67 CLSD.

Les 3 petits satellites du vol

La charge principale du vol, le satellite d’imagerie Qiancheng-1-01 (千乘一号01星) de 65 kg, s’est séparé du dernier étage de son lanceur à 12:20:52 heure locale, soit moins de 10 minutes après le décollage du SD-1 Y1. Il est le premier de la constellation portant le même nom.

Le caméra CMOS du satellite est conçu par CAST, une autre filiale de CASC. Pesant un peu moins de 11 kg, il est capable de prendre des images d’une résolution de 2 mètres.

Le développement du satellite a duré 14 mois, dont près de 1,000 heures de test connecté.

Les deux autres passagers du vol sont le satellite Xingshidai-5 (星时代-5) de Guoxing Aerospace Tech et le Tianqi-2 (天启二号) de Guodian Gaokeji. Le premier est un satellite optique expériental, tandis que le deuxième fait partie de la constellation Tianqi servant comme relais des données d’objet connecté.

Statistique historique

Statistiquement, ce premier lancement du SD-1 est le 14ᵉ lancement spatial chinois en 2019, le 1ᵉ pour le lanceur SD-1, et le 328ᵉ lancement chinois.

Voici le tableau de suivi de tous les lancements spatiaux chinois effectués depuis le premier qui date de 1970, incluant ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche, ainsi que le nombre de lancements administrés par chacun des 4 centres spatiaux chinois –

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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