S26T : la marine thaïlandaise justifie l’achat des 3 sous-marins AIP chinois

Face aux suspicions et de nombreuses interrogations, sur l’achat des trois sous-marins S26T d’origine chinoise, la Marine royale thaïlandaise a tenu ce lundi 1er Mai une conférence de presse exceptionnelle, à bord du porte-aéronefs HTMS Chakri Naruebet, durant laquelle plusieurs documents et données ont été publiés pour clarifier les détails du contrat.

Les forces navales thaïlandaises n’ont pas opéré un seul sous-marin depuis maintenant plus de 60 ans, alors que les pays voisins, notamment ceux qui ont un important différend en mer avec la Thaïlande, comme le Vietnam par exemple, sont tous dotés de sous-marins modernes.

Même la marine bangladaise s’est récemment équipée de deux sous-marins chinois Type 035G retrofités pour protéger ses intérêts maritimes.

La Thaïlande a déjà fait trois tentatives d’acquisition en 1995, 2010 et 2011 mais en vain. La difficulté pour le gouvernement thaïlandais et aussi pour son armée n’est pas uniquement une question de financement – qui se chiffre à près de 400 millions € pour la première coque, et 971 millions € pour les trois exemplaires voulus – mais aussi et surtout l’acquisition des compétences sur toute la chaîne opérationnelle, et la garantie de la bonne continuité des supports associés.

La proposition chinoise axée autour du sous-marin S26T de 2 600 tonnes (d’où le chiffre 26, et T pour Thaïlande) est un engagement G2G (Gouvernement à gouvernement), ce qui minimise grandement les risques pour la Thaïlande. La Chine accepte également un paiement en 17 tranches, réduisant ainsi la pression financière pour les budgets annuels thaïlandais.

Face à une sérieuse concurrence représentée par le Scorpène (France), le Type 209 (Allemagne), le Projet 636 Varshavyanka (« Kilo » en code OTAN, proposé par la Russie) et le DW-1400T (dérivé du Type 209 allemand et proposé par la Corée du Sud), les éléments communiquées par la marine thaïlandaise indiquent que le S26T se démarque technologiquement par :

  • La fiabilité de son système anaérobie AIP, qui a déjà fait ses preuves sur la dizaine de sous-marins chinois Type 039A et Type 039B, assurant une autonomie de 21 jours sous l’eau.
  • La large panoplie des armements embarqués, comme les torpilles, les mines ainsi que les missiles anti-navire et anti-surface.
  • La dotation de cloche de sauvetage et une réserve de flottabilité suffisante.

Le groupe de construction navale propose également 2 ans de garantie gratuite, une clause qui a été refusée par les cinq autres constructeurs. D’ici s’ajoute 8 ans de garantie sur la disponibilité des pièces de rechange, et 5 diagnostics complets de navire.

La marine thaïlandaise précise qu’avec plus de 50 sous-marins diesels en service, la marine chinoise a de très riches expériences sur les opérations sous-marinières, et ce sans aucun incident de sécurité pour ses sous-marins de dernière génération.

Il existe également des installations chinoise de formation complètes et adéquates. Et surtout, la marine chinoise accepte que les sous-mariniers thaïlandais soient formés en Chine durant 3 ans.

C’est donc pour toutes ces raisons technologiques, financières et logistiques, intelligemment ficelées ensemble, que la Thaïlande s’est finalement tournée vers la Chine pour la construction de ses forces sous-marinières. C’est en tout cas ce que l’on comprend de l’explication donnée par l’amiral Luechai Riddit (ลือชัย รุดดิษฐ์), chef de l’état-major de la marine thaïlandaise.

Bien entendu, il y a aussi des arguments politiques qui poussent le gouvernement chinois à donner autant de conditions favorables pour ce contrat. On peut, par exemple, considérer cette vente comme une brique politico-militaire de la stratégie « One Belt One Road », quand on voit que le Pakistan, le Bangladesh et la Thaïlande, qui se trouvent tout au long de la route maritime « One Road », s’équipent progressivement en matériels militaires chinois.

A suivre.

Henri K.

 

Annexe : Un autre document publié par la marine thaïlandaise sur l’acquisition des trois sous-marins AIP chinois, si quelqu’un peut faire une petite traduction…

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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