Roll-out imminent du premier AWACS embarqué chinois

Alors que les grands blocs du 3e porte-avions chinois sortent les uns après les autres au chantier naval Jiangnan Changxing de Shanghai, pour une mise sur cale sèche probablement dans le courant de l’année 2019 selon notre estimation, un autre composant amplificateur majeur de la force aéronavale chinoise – AWACS embarqué, apte à décoller du pont d’envol à l’aide d’une catapulte pour assurer la surveillance du ciel comme à la mer autour du groupe – devrait également sortir de la chaîne d’assemblage et réaliser son premier vol très prochainement.

Si ce projet d’AWACS embarqué reste sensible et n’a jamais figuré dans aucun des documents publiques, du moins pas directement nommé, on sait que les institutions chinoises n’ont cessé de travailler sur les différents sujets techniques depuis le début des années 2000′. Après les premiers signes concrets de l’avancement du projet en 2016 (voir notre dossiers « Le futur AWACS embarqué chinois fait son apparition » et « Un pas de plus vers un AWACS embarqué chinois »), on apprend récemment que l’Institut 603 Xi’an a mené, en Décembre 2018, le tout premier test de chute à l’échelle réelle en Chine pour un « appareil embarqué ».

Le texte rendu publique le 2 Avril sur le compte Weixin de ce bureau d’études d’AVIC, spécialisé dans la conception des avions de transport et bombardiers, n’a évidemment pas mentionné qu’il s’agit d’un test pour l’AWACS embarqué. Il a même été ré-édité le jour après pour que le seul mot « appareil embarqué » (舰载机) apparu initialement à la fin de l’article soit supprimé.

Mais grâce à ce texte on sait désormais que ces tests de chute devraient être réalisés avant le jalon « fin de conception détaillée » (详细设计发图) de l’avion, donc avant la mise à disposition des plans industriels, pour servir comme l’un des points de validation sur la conception des charges utiles, qui comprendrait notamment le train d’atterrissage et le système de radar principal.

On notera qu’à titre d’exemple, le programme FC-1 avait passé son jalon de la fin de conception détaillée en Octobre 2002, et l’assemblage final du premier prototype est terminé en Mai 2003, avant le vol inaugural qui a finalement eu lieu en mois d’Août de la même année.

Bien entendu il s’agit ici d’un grand premier pour la Chine, à savoir un AWACS embarqué, donc la durée nécessaire entre le début de la phase industrielle et le premier vol du prototype pourrait être naturellement plus conséquente. Il est alors raisonnable de penser que le roll-out du premier AWACS embarqué chinois pourrait voir lieu d’ici fin 2019 ou courant 2020.

Quant au type de radar choisi, des rumeurs parlent d’un radar à antenne active (AESA) monté sur disque tournante, pour privilégier la « largeur » du radar donc le nombre de modules installés, la puissance et la portée, au détriment du taux de rafraîchissement si cela avait été une configuration de trois faces fixes comme pour le KJ-2000 et le KJ-500. Un calcul rapide permet de voir qu’en configuration « dos à dos », la « largeur » de chaque face de radar est environ 15% supérieure à celle en configuration de trois faces fixes, mais tout cela reste à confirmer.

Lors du dernier Salon aéronautique de Zhuhai, en Novembre 2018, l’Institut 14 (NRIET) du groupe électronique chinois CETC a présenté une vidéo dans laquelle un AWACS, doté d’un radar AESA en configuration « dos à dos », est dévoilé au publique. L’appareil, de taille plutôt moyenne et propulsé par deux turbopropulseurs, présente un quadruple empennage vertical. L’ensemble fait penser à l’AWACS embarqué dans les documents de recherche chinois, et bien entendu au fameux Northrop Grumman E-2 Hawkeye.

Selon la description, cet AWACS chinois porte avec lui le radar KLC-7, aussi appelé « Œil de Route de la soie » (丝路眼), qui est désormais proposé à l’export. Ce dernier est capable de détecter et suivre les cibles aériennes, comme les avions et les missiles de croisière volants à très basse altitude, ainsi que des cibles navales, et fournir leurs coordonnées en 3 dimensions.

Si on ignore toutefois son lien avec le projet d’AWACS embarqué chinois qui est en cours de développement, le radariste chinois précise que la Chine est le seul pays au monde à proposer ce type de radar sur le marché international aujourd’hui, alors que l’AN/APY-9 développé par Lockheed Martin pour le programme E-2D Advanced Hawkeye se met à priori dans la même catégorie de radar même si la version est réservée uniquement à l’armée américaine pour le moment.

AWACS
Sur le pont d’envol du porte-avions en béton à Wuhan (Image : 齐天大猫哥手绘专用号)

Pour finir, on notera qu’une maquette d’AWACS embarqué est monté « à bord » du porte-avions en béton, en réalité une plateforme d’étude de compatibilité électromagnétique de l’Institut 701 (CSIC) à Wuhan.

Ce bâtiment est en travaux de transformation depuis 2016 pour embaucher la forme de l’îlot du 3e porte-avions chinois, un CATOBAR. Les photos en date de Janvier 2017 montrent que la maquette est sur le « pont d’envol » aux côtés d’un hélicoptère Z-8 et d’un chasseur embarqué J-15, tous deux sous forme de marquette également.

Henri K.

Post Tags
Written by

Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

No comments

LEAVE A COMMENT