Quand les missiles chinois simulent une attaque contre le THAAD et les F-22

A la veille de son défilé militaire au centre d’entraînement de Zhurihe, qui a eu lieu le 30 Juillet dernier, l’armée chinoise avait mené un gigantesque exercice de tirs couvrant la moitié du pays. Un événement que nous avons étudié dans le dossier « De la mer au désert, un gigantesque exercice de l’armée chinoise« ), sans pour autant pouvoir préciser les types d’armement utilisés.

Mais selon les sources gouvernementales des États-Unis, relayées par The Diplomat dans un article paru le 3 Août, pas moins de 20 missiles balistiques et missiles de croisière, de trois modèles différents, ainsi que des batteries anti-aériennes de type HQ-6, HQ-16 et HQ-22 de l’armée de terre et de l’armée de l’air chinoise, ont été employés dans l’exercice. Les maquettes simulant un site de défense anti-balistique THAAD et des avions de chasse furtifs F-22 auraient également été repérés.

Parmi ces missiles, toujours selon les mêmes sources américaines, figurent quatre IRBM DF-26C capable de porter des charges nucléaires ou conventionnelles pour attaquer des cibles au sol ou à la mer sur une distance de 4 000 km environ, dix MRBM DF-16A d’une portée inférieure à 2 000 km et six missiles de croisière DF-10A.

Tous ces missiles ont participé au défilé du lendemain.

Seulement, il paraît peu probable que tout cet arsenal représentant des tonnes d’explosif soit uniquement dédié à l’attaque contre deux types de cibles, même dans une approche de l’attaque par saturation. Par exemple, il est surdimensionné et peu économe d’utiliser les DF-26 pour attaquer un site de THAAD, alors que les missiles de croisière paraissent plus adaptés et efficaces contre ce genre de cibles fixes au sol, surtout vis à vis du mode de fonctionnement de THAAD.

Alors parmi toutes les zones interdites de survol signalées le jour de l’exercice, lesquelles correspondraient à quels missiles, et quelles seraient les cibles visées par chacun entre eux ?

Après analyse, notamment sur la durée de chacune de ces zones, les altitudes fermées et les caractéristiques types des missiles en question, voici notre première supposition :

Pour cet exercice qui a duré en tout 3h30 environ à la mer comme sur le continent, l’armée chinoise aurait d’abord déployé ses avions de chasse dans le nord-ouest pour sécuriser l’espace aérien (② et ③).

Deux exercices de lutte anti-aérienne (⑤) auraient eu lieu par la suite depuis le centre de Zhurihe, entre lesquels les missiles balistiques DF-26 auraient été tirés depuis le désert de Gobi (⑥, ⑦ et ⑧) pour un vol d’environ 1 600 km, suivi par la salve d’attaque des dix missiles balistiques DF-16 de plus courte portée, tirés depuis Zhurihe (⑨ et ⑩), pour un vol de 1 000 km maximum.

Cela semble simuler les lancements de missile balistique sous la couverture des forces anti-aérienne au sol, pour protéger les unités des forces des fusées chinoises et leurs TELs contre des raids aériens d’ennemi.

Et au même moment où les DF-16 sont lancés, les six missiles de croisière DF-10 quitteraient également leur tubes vers des cibles situées à 700 km (⑪).

On remarquera donc que tous les missiles balistiques et missiles de croisière ont été utilisés à seulement 50% de leur portée effective.

Dans l’ordre, l’armée chinoise aurait donc procédé comme suite :

  1. Sécurisation des espaces aériens tout au long des tirs, simulant les combats pour obtenir la supériorité aérienne
  2. Lutte anti-aérienne contre les éventuels raids aériens, comme les frappes de drone ou des missiles de croisière d’ennemi
  3. Frappe contre les groupes aéronavals américains déployés autour des côtes chinois par les DF-26 de longue portée
  4. Neutralisation des sites stratégiques comme celui de THAAD en Corée du Sud et au Japon, plus certains ports et bases aériennes par les missiles balistiques de courte portée et les missiles de croisière

Les sites potentiellement visées par l’exercice seraient donc non seulement le nouveau site de déploiement du THAAD en Corée du Sud, installé sur un terrain de golf non loin de la ville de Gimcheon, ainsi que les deux bases aériennes Osan en Corée du Sud et Kadena au Japon où sont stationnés les F-22 de l’US Airforce, mais aussi les ports, les bases aériennes et surtout les aéronavals autour de leur porte-avions de la 7ème flotte de l’US Navy.

Cet exercice refléterait donc l’effort de l’armée chinoise de ces dernières années à établir solidement une capacité A2/AD (Anti-Access/Area-Denial) dans un rayon de 3 000 km autour de ses côtes et frontières, et il est à considérer ensemble avec les sorties de plus en plus fréquentes des bombardiers et des avions de guerre électroniques chinois, qui franchissent régulièrement la première chaîne d’îles au sud et au nord de l’île de Taïwan.

Il n’est pas exclu que l’exercice soit également un avertissement envers l’armée américaine pour dissuader cette dernière à utiliser ses moyens militaires autour de la péninsule de Corée, un scénario jugé non recevable par les hauts dirigeants chinois.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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