Quand un Projet 636M affronte un Type 039

Le journal télévisé de CCTV-7 – une chaîne de télévision chinoise en partie dédiée aux sujets de la Défense – a diffusé un reportage le 27 Novembre sur un exercice récent entre deux sous-marins diesels d’attaque chinois en dotation dans la flotte du Sud. Il s’agit d’un Projet 636M (pour ceux qui ne reconnaissent pas son vrai nom, c’est la classe « Kilo » en code OTAN) immatriculé 373, et d’un Type 039 immatriculé 326.

Le reportage révèle dans un premier temps que les exercices entre les sous-marins chinois sont menés jusqu’à présent sous certaines « contraintes ». Par exemple, pour éviter que les sous-marins entrent en collision sous l’eau en raison de leurs faibles signaux acoustiques, ils sont séparés physiquement en se positionnant dans les différentes « couches » de profondeur. Comme ils ne sont jamais dans la même profondeur, aucun risque qu’ils entrent l’un dans l’autre, mais cette mesure de sécurité est également peu représentative de la réalité.

Cet exercice récente entre le Projet 636M et le Type 039 a donc été le premier qui a fait supprimer cette barrière virtuelle. Les deux sous-marins chinois, tous en dotation dans la 32ème flottille sous-marine, se sont affrontés en toute liberté et en toute autonomie, dans un mode qu’ils appellent le combat « dos à dos ».

Un Projet 636M et un Type 039 de la flotte du Sud chinoise

Un Projet 636M et un Type 039 de la flotte du Sud chinoise

D’après le reportage, le « combat » a commencé par une plongée en grande profondeur du Type 039, qui a pu localiser rapidement le sous-marin d’origine russe et a donc lancé la première vague d’attaque avec les torpilles. Ce dernier les a esquivé en effectuant un grand braquage rapide.

Cette première tour semble monter que les sous-mariniers chinois maîtrisent les signaux acoustiques du Projet 636M, qui est vendu également au Vietnam par exemple, et que les sonars chinois ont pu l’identifier rapidement. La torpille utilisée par le Type 039 devrait être du modèle Yu-5, d’une portée de 30 kilomètres. L’attaque du Type 039 devrait alors avoir lieu dès que le Projet 636M se trouve à la portée des torpilles.

Peu de détails ont été donnés sur la suite de l’exercice. On sait seulement que le Type 039 était le premier à manquer d’électricité, le fait que cet ancien modèle n’est pas équipé en propulsion anaérobie contrairement aux modèles suivants (Type 039A, B et C) et qu’il déplace 750 tonnes de moins par rapport au Projet 636M. Il a donc essayé de se couvrir à l’aide des chalutiers passants pour remonter à la surface et recharger ses batteries. Mais son adversaire, le sous-marin 373 qui fait partie de l’un des 8 sous-marins Projet 636M importés de la Russie et admis au service actif depuis Août 2005, a su démasquer ces manœuvres et a profité pour attaquer à son tour.

On ne connait malheureusement pas la fin d’histoire, mais on sait que les forces de lutte anti-sous-marine de la flotte du Sud ont également participé à l’exercice et ont tenté de localiser puis attaquer les deux sous-marins, ajoutant ainsi un niveau supplémentaire de difficulté à l’équipage des deux côtés.

On remarquera qu’il est très rare d’avoir ce genre de publication institutionnelle sur les forces sous-marinières chinoises, mais le peu d’éléments dévoilés cette fois-ci nous disent que la marine chinoise est dans une nouvelle dynamique de renforcer ses troupes sous la mer.

Et cet effort s’inscrit dans la même logique de sa montée en puissance au niveau de la lutte anti-sous-marine, sujet que nous avons abordé rapidement dans le dossier « la marine chinoise multiplie les moyens anti-sous-marins » il y a une semaine.

A noter que, la flotte du Sud semble avoir déployé ses deux meilleurs éléments pour cet exercice « inédit ». En effet, le sous-marin 373 a déjà joué le rôle d’OPFOR (Opposing Force) dans l’exercice conjoint sino-russe en Septembre cette année. Quant au sous-marine 326 de Type 039, il a été élu le meilleur équipage pendant 4 ans d’affilé, de 2006 à 2010, et détient toujours 8 records d’entraînement au sein de la marine chinoise.

Cet exercice devrait donc servir comme le « pionner » pour évaluer la faisabilité et peaufiner le mode opératoire, afin que ce nouveau mode d’entraînement puisse être généralisé dans les mois ou les années à venir.

L’affaire à suivre.

Henri K.

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<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

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