Pourquoi la prochaine frégate chinoise Type 054B ne sera pas un trimaran ?

Le CSSC, l’un des deux groupes chinois de construction navale, a présenté la maquette d’une frégate à coque trimaran au salon IDEX 2017, qui se tient actuellement à Abu Dhabi.

Selon un article de Jane’s paru ce mardi 21, les personnels de CSSC auraient indiqué que cette frégate, de concept proche des frégates légères furtives américaines de classe Indépendance du programme Littoral Combat Ship (LCS), est également construite pour la marine chinoise, chose qui est en contradiction par rapport aux éléments dont nous disposons.

Mesurant 142 mètres de long et 32,6 mètres de large, le navire déplace 2 450 tonnes et peut aller jusqu’à 35 nœuds en vitesse selon le constructeur chinois. Avec un équipage de plus de 100 hommes, la frégate dispose d’une autonomie de 30 jours en mer.

Le système de propulsion tout électrique du navire est alimenté par des moteurs diesels, et le trimaran est équipé de trois hydrojets pour la navigation.

Niveau armement, la proposition chinoise est peu, voir pas du tout, modulable contrairement au LCS américain. La frégate est dotée d’un canon principal PJ-26 de calibre 76 mm, un système VLS de LY-80N à 16 silos, huit missiles anti-navires de modèle inconnu, deux CIWS PJ-12B à 7 tubes 30 mm, et deux lance-leurres multi-fonctions. Une configuration d’armes relativement « classique » pour les navires de conception chinoise.

Et grâce à sa coque trimaran, cette frégate chinoise dédiée à l’export dispose d’une surface de pont plus conséquente par rapport aux navires du même déplacement. Elle peut donc y loger non pas un mais deux hangars d’hélicoptère par exemple. Sur les nouveaux navires de guerre chinois de première ligne, seul le destroyer Type 055 aura deux hangars, mais son déplacement dépasse les 12 000 tonnes pleines charges.

Autre particularité, mais ceci reste à confirmer, le navire semble être doté d’un mât intégré, où est installé la majorité des senseurs, selon les photos prises par notre partenaire NavyRecognition.com, qui est présent actuellement à Abu Dhabi.

Alors est-ce que la marine chinoise a réellement acquis une telle frégate de 2 450 tonnes, à coque trimaran ?

La réponse est…. Non, et ce pour plusieurs raisons.

Premièrement, notre source proche de la marine chinoise confirme que cette configuration à coque trimaran que le CSSC met « en vente » aujourd’hui est développée à partir de celle qui a perdu, en 2012, l’appel d’offre de la prochaine frégate de la marine chinoise, appelée désormais le Type 054B.

En effet, alors que la construction des frégates Type 054A était en plein régime (jusqu’à fin 2012, 16 frégates de cette classe ont été lancées), la marine chinoise prévoyait déjà, en 2010, le renouvellement de sa plateforme multi-rôles moyenne en haute mer, considérée comme excellente en terme de coût de développement et opérationnel, et parfaitement adaptée aux missions qu’elle la confie.

Trimaran

Trois frégates de Type 054A en golfe d’Aden (Photo : 现代舰船)

Les bureaux d’études des deux groupes navals chinois, CSSC et CSIC, ont soumis alors deux propositions bien différentes l’une à l’autre – le CSSC avec une frégate à coque trimaran, et le CSIC avec une variante fortement améliorée depuis l’ancien Type 054A. Et nous connaissons maintenant le choix de la marine chinoise.

Finalement rien d’étonnant de voir maintenant ce trimaran refait surface dans une tentative d’export, car c’est presque une « habitude » que les industriels chinois proposent, sur le marché externe, des produits « perdus en marché interne ». On a déjà vu passer plusieurs exemples dans le domaine naval, à commencer par le CIWS à missile FL-3000N proposé par le groupe CASIC, qui était à l’origine le candidate perdant du programme HQ-10

Ensuite, un déplacement de 2 450 tonnes ne correspond à aucune des quatre grandes tranches de déplacement des navires fixées par la marine chinoise – 1 000, 4 000, 6 000 et 12 000 tonnes – dans son plan de développement stratégique à long terme.

Contrôler strictement le déplacement de ses navires de guerre permet de mieux maîtriser les coûts de conception, de fabrication, et surtout d’exploitation. Disposer de quatre tranches de navires offre aussi une meilleure flexibilité aux déploiements et un cadre structurant pour la standardisation et la mise à jour des équipements.

Ainsi, on retrouve ces dernières années les nouvelles classes de bâtiment chinois qui rentrent scrupuleusement dans cette logique – la corvette Type 056 de 1 340 tonnes, la frégate Type 054A de 4 000 tonnes, la future frégate toute électrique Type 054B qui sera à peine plus lourde de quelques centaines de tonne par rapport à son prédécesseur, les destroyers Type 052C et Type 052D de 6 000 à 7 000 tonnes, et le destroyer Type 055 de 12 000 tonnes.

Une frégate de 2 450 tonnes ne correspond donc à aucune de ces tranches, et n’aura, de toute logique, pas sa place dans une flotte qui se veut harmonisée.

Quant à pourquoi la proposition à coque trimaran a perdu l’appel d’offre de Type 054B, on n’a pas encore d’information officielle sur la question. Mais on pense qu’il pourrait venir de plusieurs raisons.

La première étant inévitablement de l’ordre technique. D’après une note rédigée en 2004 par trois chercheurs de l’Université navale de l’ingénierie – une académie de la marine chinoise – sur la configuration à coque trimaran, il a été indiqué qu’un tel concept n’est pas plus avantageux que les mono-coques et les catamarans dans le domaine de faible vitesse, bien qu’il soit supérieur en performance de la résistance hydrodynamique en grande vitesse, et offre une relative meilleure tenue de mer et stabilité.

Et compte tenu du rôle des frégates chinoises, notamment le Type 054A et ensuite son successeur Type 054B, qui a une orientation plus prononcée sur la lutte anti-sous-marine, la grande vitesse n’est clairement pas une critère déterminante, contrairement au LCS américain qui doit agir en zone littorale des ennemis et qui ont des missions bien différentes.

D’ici s’ajoute aussi les coûts de conception et de fabrication potentiellement plus élevés, liés à une conception plus complexe, et une structure plus sollicitée en contrainte.

Un tel concept – qui serait peut-être plus avancé mais n’apportera pas un réel gain dans les missions confiées au bâtiment, avec un ensemble de coûts plus élevé et une gestion de programme plus risquée – ne correspondrait donc pas aux critères de la marine chinoise.

Et en général, et ce non seulement dans le domaine naval, quand l’armée chinoise a en face d’elle deux propositions techniques, elle prendra quasi-systématiquement celle qui est la plus « applicable à court terme » et la moins risquée.

La marine chinoise, qui a vécu une très longue période de « l’enfant pauvre », et qui est toujours en « phase de rattrapage » comme répétaient encore très récemment par plusieurs de ses anciens officiers, est très peu attirée par des solutions qualifiées comme « bling bling ».

Trimaran

L’un des trois trimarans de sauvetage côtier Type 917 (Photo : 巡海)

Pour finir, est-ce que « la frégate construite pour la marine chinoise », comme auraient affirmé les personnels de CSSC aux journalistes de Jane’s, pourrait être un prototype ?

On pense que la probabilité est très faible, voir quasi-nulle. D’une part la marine chinoise n’a pas l’habitude de faire construire des prototypes d’une telle taille, et d’autre part un « prototype » trimaran, qui n’en est pas un en réalité, existe déjà depuis quatre ans.

Il s’agit en fait du navire de sauvetage côtier de classe Type 917. Construit en trois exemplaires jusqu’à présent, ce trimaran de près de 800 tonnes pleines charges est admis au service actif depuis 2012. Aujourd’hui, rien n’indique que la marine chinoise prévoit d’autres dotations pour les navires de ce concept à court ou moyen terme, même parmi les bâtiments auxiliaires.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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