Le porte-avions Liaoning franchit la 1ère chaîne d’îles

Qu’est-ce que le groupe aéronaval (GAN) autour du porte-avions chinois Liaoning a fait le jour du réveillon de Noël cette année ? Un bon repas de fruits de mer pêchés directement de la baie de Bohai ? L’équipage s’offre des cadeaux sous un sapin géant installé dans le hangar ? Non, l’unique porte-avions chinois à ce jour a simplement franchi la première chaîne d’îles, escorté par plusieurs navires de guerre de la marine chinoise, et il est entré dans l’Ouest du Pacifique.

Mes analyses m’avaient amené à prédire plusieurs fois que le GAN Liaoning ira en Pacifique d’ici courant 2018 au plus tôt (voir le dossier « Le 16 Liaoning a combien d’avions aujourd’hui ? » du mois d’Août par exemple). Force est de constater que soit je n’ai pas encore suivi de manière suffisamment précise et analytique les avancements réalisés par les Chinois dans le domaine aéronaval, ou alors j’ai mal jugé la situation géopolitique dans laquelle se situe la Chine actuellement.

Quoiqu’il en soit, après une première série d’entraînement en mer Jaune le 23 Décembre, impliquant l’envoi d’une dizaine d’avion de chasse J-15 depuis le Liaoning selon les images et les vidéos publiées, puis une deuxième au centre de la mer de Chine orientale le samedi 24 – cette fois-ci suivi par un navire japonais – le GAN chinois a bel et bien franchi la première chaîne d’îles qui a servi à cantonner la Chine depuis les 6 dernières décennies.

Cet événement inédit a été confirmé par un communiqué de la marine chinoise.

Le porte-avions chinois et ses navires d’escorte vont maintenant s’entraîner, pour la première fois depuis l’entrée en service du Liaoning en Septembre 2012, en océan Pacifique, probablement dans la zone située entre la première et la deuxième chaîne d’îles, .

Si l’on croit à un rapport publié le dimanche 25 Décembre par l’État major japonais, le groupe aéronaval chinois est composé de plusieurs navires de première ligne, en plus du porte-avions Liaoning. On compte :

  • 2 destroyers Type 052C – le 151 Zhengzhou de la flotte de l’Est et le 171 Haikou de la flotte du Sud
  • 1 destroyer Type 052D – le 173 Changsha de la flotte du Sud
  • 2 frégates Type 054A – le 538 Yantai et le 547 Linyi, toutes deux de la flotte du Nord
  • 1 corvette de lutte anti-sous-marine Type 056A – le 594 Zhuzhou de la flotte du Sud
  • 1 pétrolier-ravitailleur Type 903A – le 966 Gaoyouhu de la flotte de l’Est

La composition de ce groupe est assez intéressante, d’une part par sa « mixture » des navires venant des trois différentes flottes chinoises qui n’ont pas l’habitude d’être affectés ensemble, et d’autre part par sa complétude avec des destroyers de dominance anti-aérienne, et des frégates et corvette plus orientées à la lutte anti-sous-marine, le tout complété par une capacité de ravitaillement en mer, plus au moins 13 avions de combat embarqués et plusieurs hélicoptères.

Bien que ce ne soit pas mentionné – ni dans les communiqués chinois ou dans le rapport japonais – mais il n’est pas exclus que les sous-marins nucléaires d’attaque chinois, les Type 09III par exemple, fassent aussi partie du GAN pour cette première entrée dans l’Ouest du Pacifique du porte-avions chinois.

L’objectif précis de cette première traversée du GAN chinois en Pacifique de l’Ouest reste inconnu à ce jour, mais il est à noter que l’Amiral HU Sheng Li, Commandant en chef de la marine chinoise, se trouvait à bord du porte-avions Liaoning le 23 Décembre, un jour avant que le groupe franchit la 1ère chaîne d’îles.

Compte tenu de la « jeunesse » des forces aéronavales chinoises, il est peu probable que cet événement soit une démonstration de forces que les médias aiment évoquer. A court et moyen terme, il est pratiquement certain que la marine chinoise ne va pas utiliser directement ses premiers GAN pour affronter, par exemple, ceux de l’US Navy – bien d’autres moyens plus efficaces existent aujourd’hui dans l’arsenal chinois.

On pourrait en revanche reconstituer une certaine logique dans l’enchaînement des dernières manœuvres du porte-avions chinois, pour comprendre ce que les Chinois essayent de faire en Pacifique de l’Ouest avec ce groupe aéronaval.

Rappelons nous que le GAN Liaoning a mené, en fin Novembre, son premier exercice à tirs réels (voir le dossier « Premier exercice à tirs réels du GAN Liaoning« ) dans la baie de Bohai, où les forces aéronavales embarquées et les navires d’escorte ont simulés ensemble la défense anti-aérienne et aussi les opérations anti-navires.

On apprend dans les reportages de ces deux derniers jours que « tous les J-15 sur le pont d’envol du porte-avions ont été envoyés » durant l’entraînement du 23 Décembre (voir la vidéo en bas), les opérations de ravitaillement en vol entre les J-15 ont été effectuées, et les simulations de combat Air-Air exercées.

Un J-15 avec le pod UPAZ-1A pour le ravitaillement Buddy-Buddy sous le ventre

Enfin, avant de franchir la « porte » du Pacifique de l’Ouest, le GAN a mené un « entrainement intégral » en mer de Chine orientale le 24 Décembre. On noter également que les forces aériennes de la flotte de l’Est ont mené un exercice de confrontation aérienne entre « quelques dizaines d’avion », et le lieu se trouve aussi en mer de Chine orientale.

On en déduit que, premièrement, la marine chinoise semble être en train de mener une campane de validation pour vérifier la « résistance » de son tout jeune groupe aéronaval. Et deuxièmement l’objectif serait de vérifier si l’ensemble d’équipages est prêt à sortir de la première phase d’acquisition des compétences de base, avant de passer à l’étape suivante et aux opérations plus complexes, dans un test de terrain « grandeur nature ».

Autrement dit, un « examen de fin d’études » après quatre ans d’apprentissage, pour savoir si le premier GAN chinois est capable de se défendre et de manœuvrer, au minimum nécessaire, en haute mer.

Étant donné l’autonomie du porte-avions chinois et la capacité du seul pétrolier ravitailleur du groupe, il est possible que cette campagne d’entraînement en Pacifique ne soit que de courte durée, une semaine au maximum.

Avant de tirer trop rapidement des conclusions sensationnelles d’un point de vue « journalistique », il convient de rester attentif à la suite des déclarations officielles qui pourrait fournir d’autres détails intéressants.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Je m’étonne de voir une corvette type 56 dans l’escorte. Je ne pensais pas que ces petits bateaux pouvaient s’aventurer en haute mer.
    La flotte chinoise ne manque pourtant pas de destroyers ou de frégates plus aptes à affronter le Pacifique.
    Merci Henri pour cette nouvelle de noel.

    • Ces corvettes déplacent dans les 1500 t, et sont plus modernes que les avisos A69 qui ont bourlinguées sur tout les océans 😉

  • Henri,

    Do you expect any maritime or air notifications for future activities of the group?

    N

      • Pas encore 🙂

        Un immense espace sera fermé demain et mardi:
        L’Inde tirera un missile balistique d’un sous-marin à une distance de 5 000 km (!).

        Joyeux Noël à tous.

          • Oui, henri: mon erreur :((

  • Sur le pont même à Noel ? Henry, profite tout de même des fêtes 🙂

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