PLARF mène deux tirs de missile balistique au même jour

Il n’est pas rare que la force des fusées chinoise ou les missiliers du pays effectue un double tir d’essai balistique au même jour. Mais pour la journée du 11 Octobre 2018, l’événement paraît « mal choisi », surtout que le panache de gaz lumineux laissé par le deuxième tir dans le ciel et visible depuis une grande partie nord de la Chine n’est pas resté inaperçu. Cela avait même suscité beaucoup de questions au départ pour savoir s’il s’agit du reste de vol Soyouz MS-10, qui avait échoué son voyage vers la Station spatiale international ISS un peu plus tôt dans la journée.

Bien entendu tout cela n’était qu’une pure coïncidence, le voyage des deux astronautes – le russe Alekseï Ovtchinine et l’américain Nick Hague – était prévu de longue date, tout comme les deux tirs de la PLA Rocket Force (PLARF) qui ont aussi été signalés par des messages aux navigants aériens (NOTAM) pour éviter tout danger potentiel aux activités de l’aviation civile, relativement dense dans la partie nord-ouest de la Chine où les essais ont eu lieu.

Le fait qu’il s’agit du vol d’un missile balistique pour le premier tir est facilement reconnaissable sur la carte – l’un des deux NOTAMs révélant son existence, A4262/18, désigne une zone de retombée de forme rectangulaire et de direction Est-Ouest qui était active entre 14h00 et 15h10 heure de Pékin. Le centre spatial de Taiyuan (TSLC), également un important site d’essai balistique pour l’Armée populaire de libération, se trouve sur la projection de cette zone.

A noter qu’une zone circulaire d’un rayon de 80 km a été créée au nord de la trajectoire supposée de ce vol balistique, pour interdire tout survol sous 8 400 mètres d’altitude entre 13h30 et 19h00. On ignore encore s’il y a un lien avec ce premier voir même le deuxième essai.

A4262/18
Q) ZLHW/QRTCA/IV/BO/W/000/999/3958N10514E024
A) ZLHW B) 1810110604 C) 1810110710
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N400419E1054447-N394305E1053937-N395047E1044429-N401204E1044922
BACK TO START.ALL ACFT ARE FORBIDDEN TO FLY INTO THE TEMPORARY
RESTRICTED AREA.
VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A4313/18
Q) ZLHW/QARLT/IV/NBO/E/000/276/4159N10103E043
A) ZLHW B) 1810110530 C) 1810111100
E) THE SEGMENT WI AN AREA CENTER AT EJINAQI VOR ‘JNQ’ WITH RADIUS
OF 80KM CLSD AT 8400M AND BELOW.
F) FL000 G) FL276

A4311/18
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/3952N10453E101
A) ZLHW B) 1810110600 C) 1810110704
E) THE SEGMENT YABRAI VOR ‘YBL’ – DENGKOU VOR ‘DKO’ OF ATS RTE
A596 CLSD.

Balistique

En jaune, l’interdiction de survol signalée par les NOTAM pour le premier tir balistique du 11 Octobre (Image : East Pendulum)

Si ce premier essai de missile balistique paraît assez « trivial », ça l’était beaucoup moins pour le deuxième lorsque le seul NOTAM lui concernant est publié. En effet, la notification signale simplement un segment aérien fermé et ne donne aucune d’autres indications.

Et il a fallu attendre la publication d’une notice du gouvernement local de Fugu (府谷县), qui demande aux équipes de centres de service civil à cinq villages différents de se préparer à assister l’évacuation temporaire des civils habités dans la zone, en raison de « la retombée possible de débris de fusée (missile balistique), suite à une mission de lancement de la Base 65 de la PLARF vers 18h50 », pour pouvoir associer ce NOTAM à une activité militaire.

On notera que ces cinq villages de Fugu se situent tous à moins de 80 km du centre de lancement TSLC. Cette relative courte distance par rapport au lieu du lancement pourrait suggérer que le missile balistique aurait emprunté une trajectoire en cloche, pour pouvoir simuler une grande portée avec une distance au sol limitée.

Et la « Base 65 » citée dans la notice est fondée en 2016 sur l’ancienne « Base 51 » de la force des fusées chinoise, qui était basée à Liaoyang, au nord de la Chine. Cette « Base 51 » comprenait à l’époque quatre brigades, dont l’une qui exploitait le missile balistique intercontinental DF-31. Il n’est donc pas exclu que la même entité ait procédé à un tir d’échantillonnage sur les missiles existants, ou à un tir de modèle plus récent comme le DF-31AG ou le DF-41, ce qui pourrait expliquer pourquoi une trajectoire en cloche aurait été utilisée.

A4312/18
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/4052N09646E094
A) ZLHW B) 1810111035 C) 1810111110
E) THE SEGMENT JIAYUGUAN VOR ‘CHW’ – NUKTI OF ATS RTE V67 CLSD.

Mis à part cette hypothèse de missile balistique longue portée, certaines sources affirment que ce deuxième tir du 11 Octobre correspondrait à un nouvel essai du planeur hypersonique, appelé le DF-17 par les Américains.

Ceux qui soutiennent cette thèse s’appuient notamment sur les différentes formes créées par le panache de gaz laissé par les moteurs du missile, certaines laissent penser au mouvement « pull-up » ou le piqué d’un engin planeur.

Or, ces mouvements se réalisent en général sous 100 km d’altitude et en analysant l’une des photos d’amateur, dont le lieu est bien connu, on peut en déduire que l’objet lumineux volait alors à plus de 140 km d’altitude, c’est donc bien trop haut pour que ce soit un planeur hypersonique.

D’ailleurs si on compare au deuxième vol du planeur hypersonique chinois et de son porteur CZ-2C, un essai du programme qui a eu lieu le 7 Août 2014, le premier étage du lanceur est retombé à plus de 300 km du site de lancement.

L’hypothèse que ce deuxième tir du jeudi dernier soit un nouvel essai du planeur hypersonique semble donc être peu fondée.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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