OTH, GBR… Ces radars très longues portées chinois

Pour un pays comme la Chine qui doit couvrir un vaste territoire face aux multiples menaces pluridimensionnelles, disposer du temps de réaction suffisant est un pré-requis pour une défense efficace. Les radars à longue voir très longue portée, comme l’OTH (radar trans-horizon) et le radar à balayage électronique de grande taille, font partie des dispositifs « communs » que les puissances développent et déploient depuis plus de 30 ans.

Nous allons donc survoler certains de ces radars en Chine qui sont en cours de construction, ou déjà en service, sans pour autant entrer en détail cette fois-ci.

A commencer par l’OTH Skywave, qui utilise certaines couches (F) de l’ionosphère comme « miroir » pour faire propager et refléter les ondes afin de détecter des objets en mouvement, dans le ciel comme à la mer, à plusieurs milliers de kilomètre.

Comme ce que nous avons déjà détaillé dans le dossier « Projet 2319 : le radar OTH-B chinois » et « la Chine construit son 2ème radar trans-horizon pour surveiller le Japon et la Corée », la Chine est doté à ce jour un radar OTH opérationnel pour surveiller la vaste région allant du sud du Japon aux Philippines, et ce jusqu’à Guam en portée, et elle est aussi en train de construire un autre dédié quais-exclusivement à la péninsule de Corée et à l’archipel de Japon.

Ces radars OTH, bien que peu précis au niveau angulaire et en donnée d’altitude, fournissent toutefois une capacité de veille de longue portée très intéressante, et permet à la Chine de gagner au moins 30 minutes en temps de réaction pour tout mouvement militaire d’envergure.

Il existe également une autre variante OTH, dite à ondes de surface, que la Chine installe tout au long de ses côtes, voir même sur l’un des îlots fortifiés dans la mer de Chine méridionale, pour détecter les navires sur une distance de 200 km environ.

Nous avons identifié pas moins de 25 radars OTH à ondes rampantes sur les côtes chinoises, allant de la péninsule de Liaoning dans le nord jusqu’à la province de Guandong au sud. Mais à part certains dont l’usage militaire est clairement confirmé, d’autres sont pour la plupart administrés par les organisations civiles comme la State Oceanic Administration (SOA).

Parmi les grandes stations de radar de balayage électronique au sol, celui implanté près de Jiamusi crée encore aujourd’hui de la confusion chez certains « médias », pensant qu’il s’agisse d’un radar d’alerte avancée pour la phase mi-course des missiles balistiques.

Or, fixe (46°31’39.83″N 130°45’21.41″E) et orienté vers le Nord, ce radar n’a, en réalité, peu voir pas d’utilité dans ce genre de fonction, car les missiles assaillants ne viennent pas du tout de cette réaction.

Il s’agit en fait d’un radar de mesure et de surveillance des objets spatiaux, d’une surface autour de 900 m² et fonctionnant en bande décimétrique, probablement en bande L. Conçu par l’Institut NRIET du groupe électronicien chinois CETC, il serait directement rattaché à une station de contrôle aérospatial chinois située non loin dans le sud.

Le premier radar d’alerte précoce chinois se situe, en fait, sur la péninsule de Shandong aux coordonnées 36° 1’23.56″N 118° 5’27.82″E.

Ce radar anti-missile-balistique (ABM) est inauguré en Septembre 2016, après plusieurs années de construction et d’essais, et semble être affecté à l’Unité 95921 de l’armée de l’air chinoise

Cette affectation montre d’ailleurs que la PLAAF se voit confier le rôle de la protection ABM, alors que les forces des fusées vont continuer à focaliser sur la frappe conventionnelle et nucléaire avec leurs missiles balistique et missiles de croisière.

Conçu également par l’Institut NRIET, ce radar à balayage électronique en bande P mesure 30 mètres de diamètre et il est doté de « près de 10 000 T/R », selon un document universitaire.

Etant donné la puissance émise, la densité thermique générée par le radar en fonctionnement avoisine plusieurs dizaines de W par cm², c’est pour cela que l’ensemble est redroidi par liquide.

OTH

Premier radar d’alerte avancée chinois pour surveiller la direction de Taïwan / Guam (Images : East Pendulum)

Tout comme le radar BMEWS américain, le radar chinois devrait constituer l’un des maillons du système anti-balistique global. Une fois le départ du missile balistique est détecté soit par les satellites d’alerte précoce ou par un radar OTH, ce radar en bande P prend le relais et permet de détecter et de caractériser les missiles balistiques depuis la phase propulsée jusqu’à la mi-course.

La fréquence utilisée, entre 225 et 390 MHz, ne permet pas de fournir une solution de tir mais est capable d’assurer la « capture » de la cible et son suivi sur plusieurs milliers de kilomètre, afin que le système anti-balistique puisse retro-calculer la trajectoire du missile.

C’est un autre radar en bande X qui permet d’identifier l’objet et fournir des éléments plus précis à la chaîne de commandement. La Chine serait aussi en train de construire son propre radar GBR-X mais cela reste à confirmer.

ABM

Schéma extrait d’un autre document universitaire montrant le fonctionnement des radars ABM

Dans une montagne de la province de Zhejiang, sur la côte est de la Chine, l’armée chinoise a aussi construit une grande station de radar au sol aux coordonnées 30°17’15.06″N 119° 7’42.52″E.

Orienté vers le Taïwan, ce radar faisant 30 mètres de large avait engendré des fausses rumeurs chez certains « médias » comme quoi il aurait pour mission de « brouiller » le radar Raytheon AN/FPS-115 PAVE PAWS installé sur l’île…

Mais il s’agirait simplement d’un radar pour surveiller les deux principales sorties de la première chaîne d’îles – le détroit de Miyako et le détroit de Bashi – et bien sûr l’île de Taïwan tout entier.

Et maintenant si nous superposons la couverture de ces radars OTH, GBR ou ABM chinois sur ces vingt dernières années, il n’est pas difficile de voir où se situe la priorité de la Chine en terme de la défense nationale.

En effet, le Taïwan reste et restera l’un des focus des militaires chinois. Tous les outils de surveillance et d’A2/AD se développent et se déploient par couche autour de ce point.

 

Pour finir, il existe aussi un radar à longue portée chinois qui fait aussi souvent parler de lui se situe à Korla, dans la province de Xinjiang à l’ouest de la Chine.

Sa construction remonte dans les années 2000 et il s’agit d’un radar de suivi en band L, d’une portée de 1 500 km environ, pour supporter les missions d’essais balistiques chinois dans la région.

La particularité de ce radar est qu’il est sur pivot, ce qui lui permet d’orienter la face de radar vers la direction de l’arrivée du missile en test.

Nous reviendrons prochainement sur d’autres radars chinois qui sont tout aussi intéressants.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Henri, congratulations!
    You found Shandong Radar – great and thanks.

  • Bonjour,
    L’inde ne semble pas vraiement dans les priorités malgré l’existence de missiles type Agni. Une raison de la désescalade des derniers temps?

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