Nettoyer les débris spatiaux, ou capturer les satellites ?

Le Beijing Research Institute of Precision Mechatronics and Controls, filiale du constructeur des fusées spatiales chinoise CALT, s’est vu décerner le prix « Quality Innovation Award 2016 » par la fondation Laatukeskus Excellence Finland au début Février pour son projet du bras robotique conçu pour le nettoyage des débris spatiaux.

Le même bras robotique a déjà obtenu le prix national de la qualité d’innovation en Septembre 2016, en battant 183 autres projets d’innovation en Chine. Selon le communiqué de l’Institut CALT, l’engin a déjà été testé dans l’espace, et a réalisé, pour la première fois au monde, la capture des objets en orbite simulant les débris spatiaux « non-coopératifs ».

Beaucoup de médias chinois parlent déjà des applications militaires suite au succès de l’essai, notamment dans le domaine anti-satellite (ASAT). Mais avant de savoir si ce concept initialement dédié pour capturer les débris spatiaux peut également viser les satellites, à quoi ressemble le bras robotique en question, et quand a-t-il réalisé ses essais dans l’espace ?

On peut avoir quelques détails visuels de ce bras robotique à 6 degrés de liberté grâce à un reportage télévisé de la chaîne CCTV-13. Il est composé de six articulations creuses modulables, deux manches et un manipulateur à 3 pinces.

On apprend par ailleurs qu’il s’agit d’un projet financé par le SASTIND, un sous-ministère rattaché au ministère chinois de l’industrie et de la technologie d’information (MIIT). 13 brevets ont été déposés au cours de son développement.

Bien que ce ne soit pas précisé dans le reportage télévisé, mais ce bras robotique est, en réalité, l’un des composants clés d’un engin spatial appelé Ao Long 1 (遨龙一号), qui a été lancé le 25 Juin 2016 lors du vol inaugural de nouveau lanceur chinois CZ-7.

Débris spatiaux

Le bras robotique en question est fixé devant l’engin spatial Ao Long 1.

L’objectif d’Ao Long 1 est de valider les technologies nécessaires au nettoyage des débris spatiaux, et de simuler le processus de capture des satellites hors service et des débris spatiaux de grande taille. La fin du processus consiste à ramener ces objets dans l’atmosphère pour qu’ils soient brûlés.

A part l’Institut CALT qui pilote le développement global, plusieurs universités chinoises ont participé au projet. L’Institut de technologie de Harbin (HIT) par exemple s’est chargé de concevoir le système de libération multi-points des débris spatiaux artificiels, et l’Université polytechnique du Nord-Ouest a développé le système de reconnaissance optique et son algorithme qui permettent de détecter, identifier et suivre ces « débris » libérés volontairement par Ao Long 1.

Pour le moment tout porte à croire que l’engin Ao Long 1, et son bras robotique, ont réellement été développé dans le but de vérifier les technologies pour le nettoyage des débris spatiaux. La fondation nationale NSFC, qui finance les principaux projets de recherche fondamentaux en Chine, a notamment lancé un appel au nouveau projet de recherche sur la capture des engins spatiaux hors service en rotation, signe que le pays s’intéresse aux solutions pour réduire le nombre de débris en orbite.

Et ceci est tout à fait justifié quand on sait que la Chine détient désormais le deuxième plus gros parc de satellites au monde, avec plus de 181 (jusqu’au 30 Juin 2016) actuellement en orbite, et prévoit de lancer 400 engins spatiaux dans l’espace d’ici 2030, le risque de voir un engin chinois (satellite, vaisseau, laboratoire et station spatiale) soit victime de collision avec des débris spatiaux devient de plus en plus grand.

Bien entendu, ce type de technologies peut tout à fait être adapté pour capturer, endommager ou détruire un satellite d’ennemi. Mais rien n’indique qu’Ao Long 1 a été conçu pour une application militaire.

En revanche, les trois satellites chinois SJ-15, CX-3 et SY-7, lancés en Juillet 2013 et placés en orbite héliosynchrone à 560 km d’altitude, semblent être des engins expérimentaux militaires.

Les éléments révélés jusqu’à présent laissent penser que le satellite SY-7 est équipé d’un bras robotique développé par l’HIT, alors que le CX-3 servirait comme observatoire des objets spatiaux, à l’image de la constellation militaire américaine SBSS (Space Based Space Surveillance). Le SJ-15, quant à lui, se comporte comme pour vérifier les technologies de rendez-vous spatial avec des engins collaboratifs, ou non-collaboratifs.

On ne sait pas précisément quels types d’expérience que les Chinois ont mené avec ce trio depuis 2013, mais d’après les données de NORAD, un objet s’est détaché du SY-7 quelques mois après la mise en orbite et il est resté à quelques kilomètres de ce dernier durant quelques temps.

Pour finir, on peut voit quelques exemples de bras robotique spatial développés par l’HIT  dans cette vidéo forte intéressante –

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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  • « La Chine ne fait que copier… Si elle ne copie pas l’occident, c’est qu’elle copie les Extra-Terrestres… ». Sinon, c’est un excellent article!

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