Mer de Chine méridionale : la Chine va construire son premier réseau de surveillance sous-marine

Selon la télévision chinoise CCTV, la Chine vient d’approuver un projet de 2 milliards de Yuan (~ 274 millions €) pour construire un réseau d’observation scientifique et de surveillance sous-marine national.

Ce réseau, faisant partie du programme national des infrastructures technologiques majeures, va implanter dans un premier temps un sous-réseau en mer de Chine orientale, sur la côte Est de la Chine, et un autre en mer de Chine méridionale. La construction devrait terminer d’ici 5 ans.

Le communiqué officiel indique que le réseau de surveillance sous-marine va permettre au pays de disposer une plateforme d’observation permanente sur l’océan et l’évolution climatique du monde.

Un centre de surveillance et de données sera établi à Lingang, près de la ville de Shanghai. Il servira à récolter en temps réel et traiter les données transmises, qui répondront, toujours selon le texte, à un grand éventail de besoins dans les domaines de la surveillance intégrée de l’environnement marin, la prévention des catastrophes naturelles, ainsi que la défense et la sécurité nationale.

Et comme on pouvait s’y attendre, l’approbation de ce projet de réseau de surveillance sous-marine par la Commission Nationale pour le Développement et la Réforme, une organisation rattachée au Conseil des affaires de l’État, a suscité beaucoup de spéculations « fantasmatiques » dans les médias – On peut lire chez certains quelques titres très sensationnels comme « le cauchemar des sous-marins américains et japonais », « la grande muraille sous-marine »…etc.

Qu’en est-il réellement ? Est-il un réseau d’écoute militaire ? Que sait-on exactement sur ce projet ?

Comparée aux autres pays occidentaux, qui disposaient déjà plusieurs réseaux de surveillance sous-marine comme GEOSTAR, EMSO, ESONET et MEUST en Europe, ou encore MARS et NEPTUNE aux Etats Unis et au Canada, la Chine a démarré assez tardivement ses recherches dans l’observation structurée de l’océan.

C’est en 2007, il y a 10 ans, que le projet de pré-études « Technologies expérimentales du réseau d’observation permanente des fonds marins » a été intégré finalement au Programme 863, un programme national lancé en 1986 qui a pour but de financer des projets innovants et accroître la compétitivité du pays. A l’époque il n’a pas été compris et reconnu par tout le monde, beaucoup s’interrogent sur son intérêt et utilité. Mais le professeur ZHOU Huai Yang (周怀阳) de l’Université Tongji, responsable technique de ce projet de pré-études à l’époque, croyait en ses potentiels.

Après plusieurs essais aux bassins artificiels, le réseau expérimental a été déployé dès Avril 2009 au large de l’île de Qushan, dans l’archipel de Zhoushan. Ce tout premier réseau sous-marin chinois, co-développé par 5 universités chinoises dont l’Université Tongji, est composé d’un nœud de mesures scientifiques et d’une station de contrôle au sol, reliés par des câbles électro-optiques qui mesurent 1,1 km.

Ce nœud scientifique comprend des capteurs CTD (Conductivity Temperature Depth), ADCP (Acoustic Doppler Current Profiler), ADV (Acoustic Doppler Velocimeter) et OBS (Optical backscatter point sensor) par exemple. Et le même nœud a été envoyé aux Etats Unis en 2011, et testé avec succès sur le réseau américain MARS durant 6 mois, à 900 mètres de profondeur.

Surveillance sous-marine

Un module de fonds marins co-développé par l’Université Tongji (Photo : Université Tongji)

C’est ce premier réseau d’observation expérimental qui va devenir le prototype du réseau national approuvé par le gouvernement chinois cette année, et les choses vont prendre une tournure déterminante et s’accélérer en 2012.

En effet, dans le Plan national de construction des infrastructures technologiques fondamentales 2012-2030, publié par le Conseil des affaires de l’État chinois, le « Réseau national de surveillance sous-marine » figure non seulement parmi les 16 projets prioritaires du plan mais prend également la tête de liste de celui-ci. Depuis, plusieurs instituts de recherche de domaines différents ont été affectés au projet, notamment l’Institut acoustique de l’Académie chinoise des Sciences, qui, ensemble avec l’Université Tongji, va co-piloter maintenant le déploiement du réseau en mer de Chine orientale et mer de Chine méridionale.

Ce réseau de surveillance sous-marine est donc, à priori, de l’usage scientifique, mais comme souligne le professeur ZHOU, désormais responsable technique du projet officiel, peut avoir une contribution « périphérique » à la défense et la sécurité du pays.

On peut aussi voir ce point à travers le nombre de documents de recherche publiés depuis ces 20 dernières années au sujet de ce genre de réseau d’observation sous-marine, seuls 7 proviennent des entités de la marine chinoise.

Surveillance sous-marine

Le nombre de documents universitaires au sujet de réseau sous-marin depuis 1989

D’un point de vue technologique aussi, du moins sur la partie accessible au public, on ne remarque pas une concentration de capteurs acoustiques ou de variation de champ magnétique qui pourrait laisser croire à un réseau orienté militaire.

Bien entendu, dans une stratégie globale du gouvernement chinois qui veut s’appuyer davantage sur les entités civiles pour le développement des technologies civilo-militaires, les données océaniques récoltées peuvent aussi être servies à des fins militaires, pour établir des cartographies sous-marines (non nécessairement géographiques) par exemple, même si ce n’est pas l’objectif premier.

Et c’est probablement pour prendre en compte cette intégration civilo-militaire que le choix d’architecture générale du réseau chinois s’est penché vers celui du réseau câblé, et non pas des modules non connectés physiquement au sol.

En fait, une partie des données océaniques n’a pas besoin d’être récupérée en temps réel si l’usage est uniquement limité aux recherches scientifiques, c’est pour cela que certains réseaux purement civils, comme le projet MEUST (Mediterranean Eurocentre for Underwater Sciences and Technologies), piloté par deux instituts de la CNRS, ont opté (du moins partiellement) pour la solution des modules isolés où certaines données ne sont envoyées ou récupérées que périodiquement. Ceci permet surtout de réduire considérablement le coût d’implémentation par rapport à un réseau câblé.

Pour le moment les Chinois ont très peu communiqué sur l’endroit exact où ils prévoient de déployer leurs deux premiers réseaux de surveillance sous-marine.

On sait seulement que pour celui en Mer de Chine orientale, il sera à priori installé à 20 km des côtes de Shanghai, donc à l’intérieur des eaux territoriales.

Quatre gros boîtiers connecteurs sous-marins (CTA), chacun gérant plusieurs modules SIIM (Scientific Instruments Interface Module) répartis dans une rayon de quelques dizaines de kilomètre sur les fonds marins, seront connectés au centre de traitement de Lingang avec des câbles électro-optiques.

Les drones, comme des planeurs sous-marins, les ROV et les AUV, feront aussi partie du système.

Surveillance sous-marine

La localisation des 4 boîtiers connecteurs sous-marins du réseau de surveillance en mer de Chine orientale.

Quant à celui en mer de Chine méridionale, aucune information n’a encore été révélée aujourd’hui, mais il est possible que ce soit déployé au large de l’île de Haïnan, avant de s’étendre peut-être plus loin.

Et l’ambition de la Chine ne s’arrêtera probablement pas qu’aux zones maritimes voisines. En effet, dans un article paru sur le Weixin de la SOA (State Oceanic Administation) en Mars cette année, on apprend que le réseau de surveillance sous-marine national n’est pas le seul prévu par le pays.

Le texte parle d’un réseau de couverture mondial, qui couvrira les régions côtières des pays se trouvant parmi ceux considérés par la stratégie « route maritime de la Soie » ainsi que les deux pôles. Pour cela, la Chine compte participer « activement » aux programmes internationaux.

L’objectif, raconte un responsable de la SOA et cité par l’article, est de bâtir à terme un réseau global de surveillance océanique, avec un focus particulier sur les zones maritimes gouvernées par la Chine et aussi certaines zones « ciblées ».

A suivre.

Henri K.

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<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

Latest comments
  • Ils ont déjà une bonne expérience dans la recherche sous-marine au large de la côte:

    « Coastal seafloor observatory at Xiaoqushan in the East China Sea »
    Chinese Science Bulletin, September 2011

      • Oui, certainement, je voulais simplement dire une source d’information supplémentaire.
        Développement très intéressant, très chinois: étape par étape.

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