la marine chinoise multiplie les moyens anti-sous-marins

La chaîne de télévision chinoise CCTV-7 a diffusé ces derniers jours, lors de son reportage télévisé journalier dédié aux sujets de la Défense, quelques vidéos intéressantes qui nous révèlent des nouveaux moyens de lutte anti-sous-marine (ASW) de la marine chinoise.

La première est parue le mercredi 16 Novembre, dans laquelle on apprend qu’une base de recherche et d’essais de la marine chinoise a mené un exercice de combat sous-marin, en réunissant plusieurs unités opérationnelles de la flotte du Nord.

L’objectif de l’exercice est d’évaluer les nouvelles tactiques et les nouveaux moyens ASW qui ont été mises en œuvre récemment par la marine chinoise.

Pour recréer un environnement plus proche de la réalité, des cibles acoustiques et des imitateurs de bruit ont été utilisés, un réseau sous-marin d’écoutes et de communication a également été installé. Les simulations de combat se sont enchaînées ensuite entre les avions de patrouille maritime et les sous-marins, diesels et nucléaires.

Voici quelques plateformes et armements qu’on peut identifier dans cet exercice, du moins ceux qui sont montrés dans le reportage :

Le point le plus intéressant n’est ni la première apparition public du PATMAR KQ-200, ni la participation des nouveaux sous-marins comme le SNA Type 09III ou encore le SSK Type 039B de dernier batch, mais la présence simultanée des deux navires banc d’essais sous-marins de Type 909A.

Le 893 Zhan Tianyou et le 894 Li Siguang sont deux navires qui déplacent 6 080 tonnes pleine charge et sont dédiés aux essais des nouveaux armements sous-marins. La marine chinoise a admis au service le premier en 2012, puis le deuxième deux ans après.

Le fait qu’on retrouve ces deux bâtiments au même endroit et dans un même exercice est très inhabituel, et c’est probablement signe d’une nouvelle campagne de validation de plusieurs équipements et armements conçus pour la guerre sous-marine.

Et le commentaire du reportage indique aussi que « certains nouveaux armements » et « la nouvelle tactique anti-torpille » ont été « vérifiés ».

Est-ce les nouveaux moyens d’écoute comme les sonars et les réseaux acoustiques, ou les nouveaux armements comme la torpille lourde à fibre optique Yu-10 ou la nouvelle torpille légère Yu-11 ? Pour le moment le suspense reste entier.

Quant au PATMAR KQ-200, bien que ce soit la première fois que cet avion passe à la télévision, mais en réalité son admission au service actif remonte, au moins, à 2015. Dérivé d’une plateforme de transport Y-8 Catégorie III, l’avion est très facilement reconnaissable grâce à son long détecteur d’anomalie magnétique (MAD) à la queue et un grand radôme sous la pointe avant qui héberge un radar de recherche de surface.

le Y-8Q / KQ-200 de la marine chinoise

le Y-8Q / KQ-200 de la marine chinoise

Ce nouveau PATMAR chinois peut être armé jusqu’à 4 missiles anti-navire YJ-83KH sous la voilure ou 8 torpilles légères Yu-11K dans sa soute interne. Il dispose également de 4 ouvertures derrière sa soute à armements pour larguer des bouées sonars.

Avec une autonomie de 10 heures en vol ou 5 000 kilomètres en distance franchissable, le KQ-200 va rapidement devenir un moyen ASW aérien important de la marine chinoise à l’image du P-3C américain, que ce soit vers l’Est face à une flotte de sous-marins diesels japonais qui se renouvelle rapidement, ou au Sud en mer de Chine méridionale qui est un terrain idéal pour les sous-marins.

Actuellement 4 exemplaires de ce PATMAR chinois sont entrés en service et la production en série est déjà lancée par l’avionneur SAC (Shaanxi Aircraft Corporation), filiale du groupe AVIC.

Après ce premier reportage CCTV-7 très intéressante mais qui laisse encore des points à clarifier, un autre est paru trois jours après, pourtant le sujet n’avait, à la base, rien à voir avec la marine chinoise.

Dans cette vidéo qui présente une base d’essai des armements terrestres, comme les canons, les roquettes et les munitions guidées de l’armée de terre chinoise, une scène apparait soudainement vers la fin et montre le tir d’un « missile », inconnu jusqu’à ici, depuis une rampe de lancement inclinée.

Ce passage est extrait puis ralenti 4 fois, mais vous pouvez accéder à la vidéo entière qui se trouve en annexe :

Cette double rampe de lancement n’est pas celle d’un armement terrestre connu mais se rapproche plutôt de la rampe de modèle ST-16M, qui sert à lancer des missiles anti-navire YJ-83J sur toutes les corvettes de Type 056.

Le « missile » semble être composé de 3 parties principales et il est de 2 diamètres différents. On peut y voir un petit booster largable à ergol solide, 4 ailerons stabilisateurs, une entrée d’air sous la cellule qui suggère la présence d’un moteur turbofan ou turbojet, une voilure pliable et enfin, une partie plus fine se trouvant à l’avant.

Tous ces premiers éléments suggèrent qu’on aurait ici un nouveau type d’ASROC (Anti Submarine ROCket) longue portée de la marine chinoise, qui est plus récent et surtout, très différent de l’ASROC Yu-8 à lancement vertical qui arme aujourd’hui la grosse vingtaine de frégate Type 054A.

Le Yu-8 est un ASROC d’une portée d’environ 50 kilomètres, sa « tête de combat » est une torpille anti-sous-marin de guidage mixe actif/passif. On pense qu’il est entré en service en 2012, soit 4 ans après l’admission au service actif de la première frégate Type 054A.

Lancement vertical d'un Yu-8

Lancement vertical d’un Yu-8

La frégate Type 054A est une plateforme haute mer « économique » de la marine chinoise. Construite en grande série avec au moins 26 exemplaires et dotée par défaut d’une suite ASW complète en moyens de détection et d’attaque – comme un système de combat et de communication sous-marin dédié, le sonar de coque Type 307, le sonar remorqué à antenne linéaire Type 206, les lance-roquettes anti-sous-marins WHH003A, les leurres acoustiques remorquées, les lanceurs de torpille Yu-7 et de ses variantes d’une portée de 15 kilomètres, l’ASROC Yu-8 ainsi que les hélicoptères ASW Ka-28 et Z-9C – le Type 054A est le navire le plus orienté et le plus capable dans la lutte anti-sous-marine au sein de la marine chinoise.

Or, la montée en puissance de la Chine et la multiplication des zones d’intervention outre-mer, qui nécessitent la présence des navires de plus fort tonnage, obligent la marine chinoise à déployer plus souvent ces frégates loin des côtes chinoises.

Pour éviter que cela ne crée un vide capacitaire qui pourrait profiter aux autres, et surtout il n’est pas du tout « économe » pour faire de la patrouille anti-sous-marine près des côtes avec ces frégates de 4 000 tonnes, une variante ASW, le Type 056A, a été conçue dès le début du programme de corvette Type 056.

On compte aujourd’hui 17 corvettes Type 056A dont 8 déjà admis au service actif, mais le nombre définitif peut encore évoluer dans les années à venir.

Une corvette ASW Type 056A en construction, avec l'ouverture à la poupe pour le sonar remorqué

Une corvette ASW Type 056A en construction, avec l’ouverture à la poupe pour le sonar remorqué

Malgré un déplacement plus faible, 1 300 tonnes environ, le Type 056A est équipé convenablement en moyen ASW avec un système de combat spécifique, un sonar de coque, un sonar remorqué, deux lance-roquette anti-sous-marin, et deux triple lanceurs de torpille de 324 mm.

Mais, on peut voir que cette corvette ASW, s’il semble être bien équipé au niveau de la détection acoustique, est dépourvue des armements offensifs de longue portée contre les sous-marins, et le Yu-8 à lancement vertical n’est pas adapté non plus à l’architecture du navire.

Le besoin de développer un nouvel armement, capable d’être tiré à partir des mêmes rampes inclinés des missiles anti-navire de la corvette et surtout avec une portée accrue, est donc tout à fait justifiable et justifié.

Une image de synthèse dessinée par un amateur chinois (Source : 钢铁机机)

Une image de synthèse dessinée par un amateur chinois (Source : 钢铁机机)

Et la voilure pliable, ainsi que l’entrée d’air sous la cellule, qu’on voit sur le nouveau « missile » en question semblent confirmer cette hypothèse sur la portée. Car s’il s’agit d’un simple ASROC avec la portée d’une cinquantaine de kilomètre, il n’est pas nécessaire d’avoir une voilure qui augmente la portance et d’un moteur turbofan ou turbojet qui rallonge la durée de la propulsion. Un corps classique de missile avec un moteur à fusée, comme le Yu-8, seraient largement suffisants.

D’autres éléments viennent peut-être appuyer ceci – en effet, deux documents universitaires publiés en 2011 par l’Université NWPU et l’Institut 710 du groupe de construction navale chinois CSIC montrent que les Chinois s’intéressaient à un système de torpille « planée », qui est capable d’atteindre une portée de 73 kilomètres. Le système est également propulsé d’abord par un booster à ergol solide dans sa première phase de vol, comme le « missile » dans la vidéo.

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Extrait d’un document de recherche publié en 2011

Peu importe si le système étudié dans les documents correspond ou pas au « missile » qu’on voit, on peut être certain que l’arme est au moins en phase d’essai, et il viendra, si le développement est réussi, étoffer une panoplie de plus en plus large de la marine chinoise en armements ASW.

Et parfois les équipements maritimes ne sont pas nécessairement conçus par les acteurs du secteur naval, mais par les bureaux d’études aéronautiques, aussi étrange que cela puisse paraître.

Le 18 Novembre 2016, le Weixin d’AVIC Optronics (Institut 613), filiale du groupe aéronautique chinois AVIC et spécialisé dans les équipements optroniques, nous apprend que l’une de leurs équipes a mené le 3ème essai de l’année sur les nouveaux bouées sonars que ce bureau d’études est en train de développer.

L’essai a eu lieu du 9 au 12 Novembre dans un lac dont le nom n’a pas été révélé. L’équipe a évalué la performance en capacité de localisation, en précision de localisation angulaire et en mesure de distance pour 3 types de bouées sonars – la bouée sonar passif omnidirectionnelle, la bouée sonar passif directionnelle et son mis en réseau, ainsi que la bouée sonar actif omnidirectionnelle.

Les résultats sont, selon le texte, satisfaisants et permettront de lancer la suite des essais en mer qui auront lieu « prochainement ».

En plus des armements, on constate également que d’importants investissements dans le domaine sous-marin ont été faits, ces dernières années, sur les recherches fondamentales, la construction des navires de mesure acoustique, et l’installation des réseaux d’écoute sous-marins autour de la Chine. Ces sujets, tous aussi passionnants que complexes, feront certainement l’objet d’autres dossiers dans les mois à venir.

Voici un petit avant-gout sur un système de scanner acoustique sous-marin à 3 000 mètres de profondeur, actuellement en développement chez l’Académie chinoise des Sciences et l’Institut 702 du groupe naval CSIC.

L’affaire à suivre.

Henri K.

 

Annexe : la vidéo complète dans laquelle se trouve le passage du nouveau « missile » ASROC

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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