Mach 6, 400 secondes… Essai réussi d’un Waverider hypersonique chinois

L’événement lui-même n’est pas une surprise en soi, connaissant le très grand intérêt que la majorité des institutions chinoises a porté dans ce domaine qui est l’hypersonique, que ce soit propulsé ou non propulsé. Mais rares, voir très rares, sont des essais qui ont été rapportés le soir même dans les médias publiques, de manière ouverte, comme c’était le cas la semaine dernière pour l’engin Waverider Xing Kong 2 (星空二号).

Selon un communiqué officiel de l’Institut China Academy of Aerospace Aerodynamics (CAAA), un engin hypersonique de type Waverider conçu par cette filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC a réussi son premier vol essai, à l’ouest de la Chine, le 3 Août dans la matinée.

Séparé de sa fusée porteuse, le Waverider expérimental du CAAA a ensuite réalisé un vol autonome durant plus de 400 secondes, à 30 km d’altitude, avec une vitesse comprise entre Mach 5,5 et Mach 6. L’essai a duré au total « près de 10 minutes », comprenant la phase ascendante propulsée et la retombée au sol.

Le texte évoque également un suivi complet tout au long du vol, à l’aide de moyens optiques, radar et télémétriques, ainsi que de l’intégrité des données scientifiques collectées et de l’épave récupérée.

Si aucune photo ni vidéo du Waverider en question n’a encore été divulguée pour le moment, on sait tout au moins que cet engin ne serait pas très grand en taille. En effet, le lanceur à ergol solide qui a servi pour porter l’engin jusqu’à l’altitude de test et de lui fournir la vitesse initiale nécessaire est relativement petit, qui d’après notre estimation devrait être inférieur à 8 mètres de long et 1,3 mètres de diamètre.

Il est donc plausible que ce soit le même booster que le missile balistique DF-11 (diamètre 0,86 mètres), puisque le communiqué du CAAA a évoqué la 4e Académie du groupe CASIC comme concepteur du lanceur, alors que le DF-11 est justement un ancien produit de cette entité (suite à la fusion avec la Base 066).

L’autre candidate possible du lanceur porteur est le missile balistique BP-12 ou BP-12A dédié à l’export, qui est également conçu par la 4e Académie du groupe CASIC. Ce missile est stocké dans un tube de lancement et tiré de manière verticale, et on constate que le tube où Xing Kong 2 a été lancé aussi depuis un tube de lancement avec une forte ressemblance avec celui du BP-12 / BP-12A.

Sachant que le communiqué a parlé de l’éjection de la coiffe et de la séparation de l’engin du lanceur porteur « sous la forte pression dynamique en régime hypersonique », on estime que le Waverider de CAAA ne devrait pas dépasser 3 mètres en longueur et un mètre en envergure. A cette dimension, cela exclut pratiquement de fait qu’il soit propulsé, même si l’institution chinoise a précisé que l’engin volait de manière « contrôlée ».

A noter que d’autres détails, notamment les mesures réalisées lors de ce vol d’essai, ont été mentionné dans un article du Science and Technology Daily, un quotidien co-administré par le Ministère chinois des sciences et de la technologie et l’Académie chinoise des Sciences, selon lequel l’engin Waverider a embarqué des instruments pour récolter des données physiques et thermiques, ainsi que celles sur l’interférence de la séparation et le flux de transition naturel / artificiel de la couche limite.

Toujours selon cet article, c’est grâce au programme de développement de cet engin « servant comme banc d’essai hypersonique » que les ingénieurs de CAAA ont pu réaliser « l’industrialisation d’un engin volant de type Waverider » et vérifier « les commandes de vol hypersonique en instabilité statique et en virage de grande manœuvrabilité ».

Ils ont également implémenté pour la première fois des générateurs de micro-vortex pour contrôler la séparation entre l’engin expérimental et son lanceur, ainsi que des technologies de protection thermique à forte conductivité.

Quant au lieu exact de l’essai, on sait seulement que le décollage du lanceur a eu lieu dans un site de tirs à l’ouest de la Chine. Si nous prenons la fourchette basse des chiffres révélés, à savoir la vitesse minimum de Mach 5,5 et la durée de plus de 400 secondes, on en déduit que le Waverider chinois a parcouru une distance d’au moins 677 km. La zone d’essai devrait donc être suffisamment profonde dans ce cas et interdite au survol de tout appareil du niveau de sol jusqu’aux 30 000 mètres d’altitude au minimum.

Il existe en effet un message aux navigants aériens (NOTAM) qui correspond à ces critères, mais l’interdiction en vol associée n’est active qu’entre 10h38 et 11h53 heure de Pékin, alors que d’après le communiqué officiel le décollage de Xing Kong 2 a eu lieu le même jour mais beaucoup plus tôt, vers 06h41.

Quoiqu’il en soit, il est possible que l’engin Waverider de CAAA et son lanceur aient décollé du site d’essai de Korla dans la province du Xinjiang, donc dans la direction de l’ouest à l’est, ou alors depuis un site dans le désert de Gobi en volant de l’est à l’ouest.

A3198/18
Q) ZWUQ/QARLT/IV/NBO/E/000/999/
A) ZWUQ B) 1808030238 C) 1808030353
E) THE SEGMENT ESDEX-RUSDI OF ATS RTE W192 CLSD.
F) GND G) UNL

Le NOTAM du 3 Août 2018 sur zone (Image : East Pendulum)

Il est à souligner que contrairement aux deux autres « bancs d’essai hypersonique » chinois – c’est-à-dire le MF-1 de l’Institut CALT (groupe CASC) et le « Ling Yun » (凌云) de l’Université Nationale de technologie de Défense (NUDT) – qui se lancent depuis un rail de manière oblique, le Xing Kong 2 de CAAA lui décolle verticalement et ce depuis un tube de lancement comme un missile.

C’est probablement pour cette raison que de nombreux médias chinois ont d’ores et déjà appelé le Xing Kong 2 une « arme », alors que de toute évidence l’engin n’est à ce stade qu’une plateforme expérimentale.

D’ailleurs il est intéressant de voir que CAAA, filiale du groupe CASC, ne semble pas avoir fait appel à l’Institut CALT, pourtant le plus grand des principaux concepteurs de missiles balistiques et de lanceurs spatiaux en Chine, et préfère se retourner vers le concurrent de sa maison mère pour trouver la fusée porteuse de son Waverider.

On ignore pour le moment la vraie raison de cette collaboration inter-groupes, mais l’une des explications possibles est que le projet soit national, ou en voie d’en devenir, auquel cas le sujet devrait de toute logique rester discret. Or visiblement ce n’est pas le cas puisque l’essai a été révélé le jour même, ce qui est (très) inhabituel en Chine.

Pour finir, si le Xing Kong 2 est le « premier engin hypersonique chinois en configuration Waverider », comme le souligne son concepteur CAAA dans le communiqué, cela revient à dire que le planeur hypersonique militaire, celui que les Américains appellent le DF-17 ou DF-ZF précédemment, serait probablement d’une tout autre configuration aérodynamique…

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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