LY-80N : le système VLS naval dédié à l’export

Lors du Salon aéronautique de Zhuhai qui a eu lieu début Novembre dans la ville de Zhuhai, l’industriel aérospatial chinois CASC a présenté pour la première fois au public son nouveau système anti-aérien naval LY-80N. C’est le seul SAM naval chinois au lancement vertical proposé sur le marché aujourd’hui.

Développé par le SAST (Shanghai Academy of Spaceflight Technology), filiale du groupe CASC et spécialiste dans les engins spatiaux comme les fusées et les sondes ainsi que les armements à missile, le LY-80N est un produit dérivé directement du HQ-16 en dotation au sein de la marine chinoise, qui équipe aujourd’hui une vingtaine des frégates Type 054A. Le HQ-16 a aussi donné naissance à une nouvelle variante récemment, appelé le HQ-16C, qui serait une version au guidage mixe actif/passif avec la portée accrue.

Selon le site du SAST, le système LY-80N est conçu pour la défense anti-aérienne de flottille sur une portée moyenne, il est capable d’intercepter les cibles comme les missiles anti-navires, les bombardiers, les chasseur-bombardiers ainsi que les hélicoptères par exemple, et a une assez bonne capacité pour contrer les cibles de basse altitude.

2016-11-27-ly-80n-le-systeme-vls-naval-dedie-a-lexport-01

Le système SAM naval LY-80N (Source : 好孩子)

Bien que peu de données techniques n’a été communiqué par son constructeur, mais la maquette nous montre un système VLS modulable par bloc de 8 cellules, ce qui facilite l’intégration dans une plateforme navale et multiplie les configurations possible selon la taille du navire. Chaque bloc est composé de deux rangées de quatre cellules, partageant une trappe centrale, permettant l’évacuation des gaz brûlés lors du lancement.

Cette architecture technique est identique à celle du VLS SJ01 des frégates Type 054A, qui lui peut lancer à la fois les missiles Surface-Air HQ-16 / HQ-16C et les ASROC anti-sous-marin Yu-8.

Mais si le LY-80N est aussi lancé au « chaud » comme ses grands frères utilisés par la marine chinoise – c’est à dire que le missile est directement allumé dans son silos, et non éjecté dehors par du gaz avant l’allumage du moteur de fusée comme la version terrestre HQ-16A et HQ-16B déployées au sein de l’armée de terre chinoise – son VLS ne semble pas être compatible avec d’autres types de missile, sinon ce point très avantageux pour accroître la souplesse de déploiement opérationnel aurait été mentionné par le SAST.

Le missile LY-80N

Le missile LY-80N

Le missile présenté au salon en grandeur nature nous révèle une forme aérodynamique de type cruciforme, très proche de celle de 9K37M1-2 russe ou RIM-66C SM-2 américain. Il possède des ailes fines, longues et fixes sur le fuselage et le contrôle de la direction est assuré par un groupement de quatre gouvernes de queue et la poussée vectorielle.

Ce choix aérodynamique est motivé par plusieurs raisons techniques qui ont un lien avec le positionnement du missile – En tant qu’un missile anti-aérien de moyenne portée, il doit être hautement manœuvrable à l’approche de sa cible, et capable de s’adapter à un domaine de vol qui varie entre entre Mach 0 et 4, et ce jusqu’à 15 000 mètres d’altitude. Or quand son moteur de fusée finit de consommer tout son propergol, le centre de gravité bascule vers l’avant et impact fortement la stabilité aérodynamique du missile, et par la même occasion sa manœuvrabilité. Des ailes longues ont la particularité, par rapport à d’autres formes d’aile, de modifier très peu le foyer aérodynamique du missile sur une grande variation de vitesse et d’altitude, cela permet donc d’améliorer la manœuvrabilité du missile par une meilleure préservation de la stabilité statique.

Les ailes longues et fixes renforcent également la structure et la « solidité » du missile, qui doit pouvoir encaisser une forte variation de facteur de charge allant jusqu’à 40 g tout au long de son vol. Elles fournissent aussi une plus grande surface alaire donc une meilleure portance au missile, et ont une plus faible résistance aérodynamique donc une meilleure vitesse (le tout sous un certain seuil de vitesse).

C’est donc pour ces raisons que le LY-80N a été conçu ainsi, comme les autres missiles qui doivent avoir un peu près les mêmes caractéristiques de vol.

2016-11-27-ly-80n-le-systeme-vls-naval-dedie-a-lexport-02

Le système VLS LY-80N et son radar de conduite de tir

La maquette de LY-80N est accompagné aussi par un radar de conduit de tir similaire au modèle MR-90, ce qui signifie que le mode de guidage du missile est de type SARH. Le missile a donc besoin que la cible soit constamment illuminé par le radar de conduite de tir qui se trouve sur le navire.

Le radar également nommé LY-80N

Le radar également nommé LY-80N

L’avantage de ce type de guidage est principalement sur le coût et la facilité d’intégration – le missile ayant uniquement besoin d’un récepteur et non un émetteur contrairement au guidage ARH, le coût est fortement réduit et il est aussi plus facile à contrôler la taille de l’engin. En plus, comme le radar de conduite se trouve sur le navire, la maintenance est également simplifiée et augmente ainsi la fiabilité du système global.

En revanche, comme un radar de conduite de type MR-90 ne peut, pratiquement, traiter qu’une à deux cibles à la fois, la capacité anti-saturation du navire est donc limitée par le nombre de « cannaux de tir », c’est à dire par le nombre de radar de conduite. Sur la frégate chinoise Type 054A par exemple, les 4 radars de conduite de tir ne peuvent engager que 4 à 8 cibles aériennes simultanément.

Pour remédier à ce problème, le groupe CASC semble avoir recours à un radar à balayage électronique actif (AESA). En effet, un radar très peu médiatisé a également été présenté par le groupe au Salon de Zhuhai qui porte le même nom que le missile, c’est à dire LY-80N.

Aucun élément officiel n’a été révélé par son constructeur , mais si c’est le même type de radar de conduite de tir qui est utilisé par le HQ-16A / HQ-16B aujourd’hui mais en plus miniaturisé, alors cela veut dire que chaque radar peut assurer l’engagement de plusieurs cibles en même temps.

Le radar de conduite de tir, un AESA, du HQ-16A de l'armée de terre chinoise. (Source : l'armée chinoise)

Le radar de conduite de tir, un AESA, du HQ-16A de l’armée de terre chinoise. (Source : l’armée chinoise)

Il n’est donc pas exclut que le radar quad faces qui se trouve sur le mât intégré de la maquette de frégate « Nouvelle C28A » (voir notre dossier « CSSC dévoile une nouvelle version de frégate C28A« ) soit le radar LY-80N.

A noter qu’un radar de forme quasi-similaire au LY-80N a été testé sur l’un des navires chinois servant comme banc d’essai des armements navals. On ignore pour le moment s’il s’agit du même radar, mais si tel est le cas, cela voudra dire que ce radar va probablement entrer en service dans la marine chinoise aussi.

Quant à la performance générale du système SAM naval LY-80N, une fois de plus le groupe CASC n’a diffusé aucune donnée au public. Mais si l’on croit à son jumeux version LY-80 Sol-Air qui est également proposé à l’export, le missile pourra intercepter des cibles volantes de 15 à 15 000 mètres d’altitude, et ce jusqu’à une distance de 40 kilomètres.

La performance de LY-80, la version Sol-Air.

La performance de LY-80, la version Sol-Air.

Toujours d’après les responsabless du groupe CASC présents au Salon de Zhuhai, plusieurs pays ont manifesté aujourd’hui un fort intérêt à ce système de défense anti-aérienne LY-80N. Il peut effectivement être proposé séparément et servira pour améliorer la capacité Surface-Air d’un navire existant, à condition qu’il ait un déplacement supérieur ou égal à 2 000 tonnes (lège ?), ou vendu en pack avec les diverses corvettes ou frégates que les deux groupes navals chinois CSSC et CSIC mettent en avant sur le marché aujourd’hui.

Henri K.

Post Tags
Written by

<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

No comments

LEAVE A COMMENT