LKW-3 : la Chine lance un nouveau satellite supposé militaire

La Chine a procédé, hier à 15h10 heure de Pékin, son troisième lancement spatial du mois en plaçant en orbite héliosynchrone un autre satellite mystérieux nommé LKW-3, à l’aide d’une fusée CZ-2D au centre spatial de Jiuquan (JSLC).

Le nom du satellite –  陆地勘查卫星三号 (Lùdì Kānchá Wèixīng 3) – se traduit littéralement en « Satellite d’exploration des terres n°3 ». Mais tout comme ses premiers aînés LKW-1 et LKW-2 lancés le 3 et le 23 Décembre 2017, le rôle de ce satellite est resté volontairement flou.

On sait tout de même que LKW-3 n’est probablement pas son véritable nom mais plutôt un pseudo, comme tous les satellites chinois portants le suffixe « Yao Gan » (遥感, télédétection en chinois), pour masquer son caractère militaire.

 

Le lancement

Conçu par l’Institut SAST (Shanghai Academy of Spaceflight Technology), filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le CZ-2D est une fusée de 2 étages à ergols liquides dont le design est dérivé directement d’un autre lanceur chinois CZ-4A.

Cette fusée d’ancienne génération est principalement utilisée dans les lancements en orbite basse (LEO) et en orbite héliosynchrone (SSO), avec une capacité de 3 500 kg en LEO circulaire de 200 km x 28°, ou 1 300 kg en SSO à 645 km d’altitude.

Son premier vol remonte au mois d’Août 1992 pour le lancement d’un satellite espion chinois avec capsule de retour. Depuis sa mise en service, le CZ-2D a connu une seule anomalie en 36 tirs qui est survenu lors du lancement des deux satellites Superview-1 en Décembre 2016.

La défaillance technique a été rapidement corrigée et la fusée est repartie de plus belle en réalisant sa mission de come-back en Octobre cette année, puis un vol commercial pour le compte du Venezuela, avant d’être employé en mois de Décembre pour lancer le satellite LKW-1 puis LKW-2.

Le décollage de cette 49e fusée CZ-2D de série (Y49) a eu lieu au centre spatial de Jiuquan (JSLC) à l’ouest de la Chine. C’est ici où les deux premiers satellites de la série, LKW-1 et LKW-2, ont été envoyés dans l’espace le mois dernier.

Ce lancement porte le nom code de mission 01-86. « 01 » est le nom code du JSLC, car ce centre est appelé autrefois « Base 01 », ou « Base Dong Feng », et le chiffre 86 désigne le nombre de lancements effectués sur place depuis 1979 (bien qu’il y avait eu 12 autres lancements à ce centre entre 1970 et 1978), ce sans prendre en compte les nombreux tirs d’essai balistiques menés à ce site, car le JSLC est avant tout une base administrée directement par l’armée chinoise.

A noter qu’il s’agit du 4e lancement de CZ-2D en l’espace de 6 semaines – 41 jours pour être exact – et ce dans le même site de lancement. C’est donc avec une moyenne d’un vol tous les 10 jours que cette fusée de vieille génération continue à contribuer au domaine d’aérospatiale en Chine.

On remarquera également que c’est le 3e lancement en mois de Janvier, du jamais vu depuis le premier lancement spatial chinois effectué en Avril 1970 où le mois du Nouvel An chinois (ou proche de) est historiquement calme en activité, et au moins deux autres lancements sont déjà prévu ce mois-ci.

Ceci confirme directement ou indirectement le plan des Chinois d’effectuer jusqu’à 35 lancements en 2018 par les lanceurs Longue Marche du groupe CASC, ou plus de 40 si on tient compte des autres fusées chinoises comme les Kuaizhou du groupe CASIC.

Tout comme le lancement du LKW-1 et du LKW-2, trois messages aux navigants aériens ont été publiés pour signaler deux zones de retombée pour la fusée portant le satellite LKW-3, dont l’une pour les coiffes et l’autre pour le premier étage.

A0043/18
Q) ZLHW/QRTCA/IV/BO/W/000/999/3336N09808E030
A) ZLHW B) 1801130703 C) 1801130731
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N330725E0981352-N331206E0974845-N340456E0980241-N340012E0982802
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A0042/18
Q) ZLHW/QRTCA/IV/BO/W/000/999/3525N09843E019
A) ZLHW B) 1801130703 C) 1801130725
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N350912E0984502-N351245E0982545-N354147E0983340-N353701E0985931
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A0120/18
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/
A) ZLHW B) 1801130700 C) 1801130750
E) FLW SEGMENT OF ATS RTE CLSD
1.Y2: MEPEP-LUVAR.
2.L888: LUVAR-MUMAN.
3.Y1: AKAGI-N3507.6E10005.6.

Satellite

Les zones de retombée pour le lancement du LKW-3 (Image : East Pendulum)

Les données de NORAD montrent que le LKW-3 est entrée sur une orbite de 488 km × 503 km × 97,336°, avec une périodicité de 94,52 minutes. Le satellite fera un peu plus de 15 tours par jour autour de la Terre. Il est à noter que le satellite saoudien Saudisat 5B aurait été embarqué dans ce vol également, mais cela reste à confirmer. Les données de NORAD indiquent pour le moment un seul objet en orbite.

LKW-3
1 43146U 18006A 18013.56504436 -.00000070 00000-0 00000+0 0 9996
2 43146 97.3360 135.4805 0010880 251.6057 250.1016 15.23309266 43

 

Le mystérieux satellite « LKW-3 »

On se retrouve dans la même situation mystérieuse qu’en Décembre 2017 quand la Chine a lancé les deux satellites LKW-1 et LKW-2. En effet, l’agence de presse chinoise Xinhua ainsi que les autres organes de communication étatiques ont publié un communiqué pour annoncer le lancement de LKW-3 avec exactement le même contenu quasi-vide qu’il y a vingt jours, seul le nom du satellite a changé.

A part le rôle faussement civil dans la « télédétection des ressources terrestres », on sait seulement que les satellites « jumeaux » LKW-x sont tous construits par China Spacesat Co., Ltd., une filiale de l’Institut CAST, lui-même appartenant au groupe d’aérospatiale chinois CASC.

Les images diffusées par le groupe CASC montrent que le satellite se repose sur une plateforme en prisme hexagonal avec trois panneaux solaires déployables sur les côtés. Il semble doter d’un grand caméra central ce qui laisse penser qu’il s’agisse d’un satellite de reconnaissance optique.

Satellite

Le satellite LKW-1 apparu sur un reportage télévisé (Image : CCTV-7)

Etant donné la capacité du lanceur CZ-2D, on estime tout de même que la masse du satellite ne dépasserait pas les 1 900 kg. Les photos du lancement montrent aussi que la fusée n’a pas utilisé ses coiffes de 3,8 mètres de diamètre mais celles en version standard à Ø 3,35 mètres, ce qui limite aussi la taille du satellite.

A titre de comparaison, le satellite civil Jilin-1 Optique A, qui adopte la même forme de prisme hexagonal et lancé en Octobre 2015 par une CZ-2D également, est capable de prendre des clichés d’une résolution de 0,72 mètres en panchromatique sur une orbite SSO à 650 km d’altitude, pour une masse au lancement de 450 kg et une durée de vie théorique de 3 ans.

On peut donc raisonnablement penser qu’avec une orbite plus basse, à 500 km d’altitude, et une taille plus grande et surtout plus longue, la résolution des satellites LKW pourrait être nettement meilleure. Certaines sources chinoises avaient surnommé les LKW le « Key Hole chinois » mais cela reste à confirmer.

On sait, en revanche, que le satellite LKW-3 est entré sur un autre plan orbital que celui occupé conjointement par LKW-1 et LKW-2. Les deux plans orbitaux sont écartés de 60° l’un à l’autre, et l’orbite de LKW-3 semble être « de l’après-midi » par rapport à l’heure locale.

Les sources industrielles chinoises indiquent qu’un 4e satellite était en préparation avec le LKW-3 il y a quelques mois, il y a donc fort à parier qu’un autre lancement de la famille LKW aura lieu dans les semaines à venir, voir d’autres satellites au complément également.

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement de LKW-3 est le 3ᵉ lancement spatial chinois en 2018, le 36ᵉ pour le lanceur CZ-2D, et le 263ᵉ pour la famille de lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 252 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 95,82%.

Voici le nombre et le statut de lancements spatiaux chinois effectués depuis 1970, incluant aussi ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche, et le nombre de lancements par centre spatial chinois –

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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