Les premiers jours au laboratoire spatial Tiangong-2

Le 19 Octobre 2016, le 6ème vaisseau habité chinois Shenzhou-11 s’est amarré en mode automatique au laboratoire spatial Tiangong-2, lancé 1 mois auparavant. Les deux taïkonautes – le commandant de mission JING Haipeng qui va dans l’espace pour la troisième fois, et le jeune lieutenant-colonel CHEN Dong formé il y a six ans – ont investi le tout nouveau palais céleste pour un séjour de 30 jours, le plus long voyage orbital pour les Chinois jusqu’à présent.

Cette mission sur Tiangong-2 est capitale pour la suite du programme habité chinois, car elle sera la dernière mission habitée avant le lancement du premier module de la future station spatiale chinoise en 2018. Elle servira donc à valider, en avant-première, une série de technologies indispensables qui sera utilisée sur la future station de 60 tonnes, notamment les technologies de soutien de vie des taïkonautes et du contrôle orbital.

Le premier vaisseau-cargo chinois Tianzhou-1 va également rejoindre le Tiangong-2 en début 2017 pour tester, par exemple, le ravitaillement de propergol en orbite.

Alors qu’est-ce que les deux hommes ont fait pour leur premiers jours dans le Tiangong-2 ?

 

La « cuisson » des nouveaux matériaux

Le 20 Octobre dans l’après-midi, les deux taïkonautes chinois ont retiré les six premiers échantillons dans le « four » expérimental qui sert à réaliser la fonte et la solidification de 18 types de matériaux différents.

Ces matériaux comprennent des alliages métalliques, des semi-conducteurs, des composites, des matériaux nano-fonctionnels et des membranes.

Douze de ces échantillons vont être récupérés et retourneront au sol. Parmi la dizaine d’expériences scientifiques prévues sur le Tiangong-2, cette expérimentation en matériaux fait partie de l’une des deux qui sont directement manipulées par les taïkonautes.

 

Les fermiers de l’espace

L’autre expérimentation qui nécessite la manipulation des mains humaines est la culture des plantes comestibles, conçue par l’Académie chinoise des Sciences.

2016-10-23-les-premiers-jours-au-laboratoire-spatial-tiangong-2-02L’objectif est d’observer le cycle de vie « graine – plante – graine » de deux genres de végétation – l’arabidopsis et le riz. L’arabidopsis est un organisme modèle utilisé en biologie végétale et biologie fondamentale.

La plantation se réalise dans un incubateur. Compte tenu du cycle relativement long du riz (2 mois), seuls les échantillons d’arabidopsis seront récupérés par les taïkonautes pour retourner sur Terre.

L’incubateur est séparé en quatre cellules, deux pour chacune des plantes. Chaque type de plante va subir deux cycles d’ensoleillement différents, l’un de 16 heures sous le « soleil » et 8 heures dans le noir, et l’inverse pour l’autre. Les deux taïkonautes ont mis trois heures à installer un nouveau incubateur dans le laboratoire.

Les scientifiques chinois espèrent continuer à avancer dans la recherche des moyens qui permettront un jour aux astronautes de bâtier des bases permanentes sur d’autres corps célestes.

 

La télékinésie dans l’espace ?

Vendredi dernier les deux taïkonautes chinois ont procédé à une drôle d’expérience dans le Tiangong-2, à savoir l’interface neuronale directe, à priori le premier en son genre dans l’espace.

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L’expérience d’interface neuronale directe

Durant 30 minutes, JING Haiping s’est connecté à l’ordinateur via un « casque » qui permet non seulement d’évaluer ses activités cérébrales, mais de transformer aussi ses pensées en instruction informatique.

Aucun détail technique n’a été révélé sur l’expérience. On sait seulement qu’il a été conçu par l’Université de Tianjin et leur deux premiers prototypes d’interface neuronale directe sont actuellement en phase d’essais cliniques dans plusieurs hôpitaux en Chine. Le projet a déjà déposé 64 brevets jusqu’à présent.

Dans le reportage diffusé par la télévision CCTV, on peut voir que pendant JING menait ces expériences neuronales sur le bureau amovible, son collègue CHEN était en train de faire de l’exercice physique sur le côté.

Vers la fin du reportage on peut voir aussi comment les deux hommes « galèrent » pour monter l’incubateur des plantes.

 

La sériciculture dans le Tiangong-2

A noter que les deux militaires chinois et les plantes ne sont pas les seuls êtres vivants dans le laboratoire spatial, six passagers minuscules ont également gagné leur billet de voyage dans l’espace. Il s’agit de six vers à soie d’une espèce choisie soigneusement par les scientifiques chinois.

2016-10-23-les-premiers-jours-au-laboratoire-spatial-tiangong-2-07Bien que la mise en œuvre de cette expérience a été faite par les professionnels, mais l’idée vient en réalité de quatre lycéennes de Hong Kong qui ont gagné le deuxième prix au concours des charges utiles pour la mission Shenzhou-11.

Les quatre jeunes filles de Christian and Missionary Alliance Sun Kei Secondary School racontent qu’elles voulaient initialement suggérer la création d’un scaphandre à base de la soie dans l’espace, mais ont finalement décidé de proposer une expérience d’observation du cycle de vie des vers.

« Quand JING Haiping a sorti l’un des vers à l’intérieur de Tiangong-2 et a joué avec lui, on était tous éclaté de rire dans la salle de contrôle », dit l’un des responsables techniques de la mission.

Pourquoi ça a l’air si drôle (sauf pour le pauvre petit ver on suppose) ? Regardez par vous-même –

Mais élever ce « jouet » dans l’espace a un prix – il faut que les taïkonautes ramassent des excréments de vers et les nourrissent tous les jours…

 

Regarder à la télévision… en live

Pour la première fois depuis le début du programme habité chinois, les taïkonautes ont pu regarder une émission télévisée en temps réel.

Le 21 Octobre peu avant 20h00 heure de Pékin, les deux taïkonautes se sont mis devant le « grand » écran du Tiangong-2 pour regarder le journal de 20h. L’émission a été transférée en temps réel grâce au satellite de relais des données chinois TL-1-03.

Selon les psychologues du programme habité chinois, d’autres émissions de télévisions et de programmes musicaux seront fournis aux taïkonautes selon leur choix. Ces derniers peuvent également communiquer avec le sol en visioconférence ou par Email.

Peut-être bientôt une salle de cinéma dans la future station spatiale chinoise ?

 

 Le paparazzi de l’espace

Le 23 Octobre vers 07h31 heure de Pékin, le laboratoire spatial Tiangong-2 a libéré un micro-satellite Banxing-2 (BX-2, 伴星二号), qui est conçu par la filiale SAST du groupe aéronautique CASC.

Le satellite de 47 kg et de 40 centimètre cube est équipé d’un caméra principal de 25 millions de pixel et plusieurs caméras Fisheye à grand champs. Il tournera autour du laboratoire dans un rayon entre 1 et 500 kilomètres pour photographier le laboratoire et le vaisseau, et pour surveiller les débris spatiaux ou d’autres « objets » qui pourraient menacer le palais céleste.

Ses panneaux solaires en arséniure de gallium et ses accumulateurs lithium-ion fournissent de l’énergie nécessaire pour le fonctionnement du satellite. Le contrôle orbital est assuré par la propulsion à gaz – l’ammoniac liquide est chauffé et se transforme en gaz pour la propulsion de l’engin.

Si l’expérience est réussi, les ingénieurs comptent généraliser l’usage des nano et des micro-satellites dans les futures missions spatiales chinoises. La première idée est de laisser les taïkonautes manipuler plusieurs types de satellite-robot différents, à l’aide de la réalité virtuelle, pour accomplir des tâches compliquées à l’extérieur de l’habitacle.

L’affaire à suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Pour le Banxing 2, il ya un lapsus lorsque vous écrivez qu’il peut s’éloigner de 500 km.

    En tout cas, merci pour ces infos pour le programme de ces astronautes.

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