Les chefs d’escadron de J-11B parlent du J-20

Après les deux pilotes chinois de J-20 qui ont livré leurs premiers ressentis sur cet avion de chasse furtif de nouvelle génération, c’est au tour d’un commandant de brigade de l’armée de l’air chinoise (PLAAF), également pilote de J-11B et chef d’escadron au dernier défilé militaire à l’occasion du 90ème anniversaire de l’Armée populaire de libération (APL), qui nous a donné d’autres détails intéressants dans son interview accordée à l’agence de presse Xinhua.

Depuis l’acquisition de la chaîne d’assemblage de Su-27SK en 1992, l’Institut 601 et l’Usine 112, tous deux situés à Shenyang, n’ont jamais cessé d’apporter des nouvelles améliorations à cet avion de chasse lourd emblématique.

Dernière variante monoplace opérationnelle de la famille, J-11B embarque avec lui plusieurs améliorations – nouvelles suites avioniques, une large panoplie d’armement Air-Air et un nouveau moteur, tous « Made in China ».

La bridage dirigée par son commandant XIAO Jun (肖军) a réceptionné leur J-11B très récemment, en 2015. Construit à plus de 100 exemplaires, l’avion qui sert aussi bien dans l’armée de l’air et la marine chinoise est incontestablement l’un des piliers de défense aérienne du pays aujourd’hui.

J-20

Des J-11B en exercice de combat aérien contre des J-10B.

« Malheureusement, nous devons admettre que comparer aux J-20, J-16 et J-10C, qui ont également défilé avec nous, le J-11B présente un certain écart capacitaire », confesse XIAO qui a survolé le centre d’entraînement de Zhurihe à bord de son intercepteur le 29 Juillet, sous le regard de tous les hauts responsables militaires chinois, y compris le président chinois XI Jin Ping.

L’unité de ce pilote d’élite a pourtant gagné deux « casques d’or » en 2016 – c’est à dire à peine un an après la réception de leurs nouveaux appareils – qui représentent la plus haute récompense pour un pilote de l’armée de l’air chinoise après avoir « combattu » dans un exercice aérien annuel équivalent au « Red Flag » de l’OTAN, impliquant tous les meilleurs pilotes de la PLAAF.

« Ce nouveau né est déjà vieux », raconte XIAO en posant sa main sur la cellule de son avion, non pas sans émotion, « mais cela reflète la vitesse à laquelle nos forces aériennes sont en train de muter ».

Non loin de lui et de son J-11B se trouve le J-20 en livrée deux tons digitalisée.

Mais face au slogan de la nouvelle entité de J-20, qui veut « balayer tous les appareils de 3ème génération » (4ème en classification US et russe), le commandant n’est que partiellement d’accord.

« Effectivement, en combat un contre un, certains écarts entre les générations sont insurmontables », indique XIAO, sans révéler quels écarts s’agissent-il, « Mais le combat aérien moderne de nos jours est une confrontation entre les systèmes des systèmes. »

Ses dires suggèrent que les premiers J-20 de série, affectés tous aujourd’hui dans une unité d’évaluation expérimentale de la PLAAF, aient déjà affronté les autres modèles d’avion de chasse chinois, et nous font penser au score écrasant de 10:0 évoqué par un article paru récemment dans le Journal officiel de l’armée chinoise.

« Un vecteur, aussi redoutable soit-il, ne peut faire gagner une guerre à lui seul », rajoute-t-il, « Aucune arme ne peut remplir seule une mission, chacune a sa place. »

La reconnaissance, le commandement, la communication, la lutte électronique, les unités anti-aériennes au sol…etc sont autant de composants dans un système des systèmes. Cela demande à chaque pilote, quel que soit l’appareil sur lequel il vole, comprend profondément la constitution et le fonctionnement d’un tel système global.

« Si les écarts au niveau des équipements sont parfois difficiles à combler, l’écart des idées dans la tête des personnes (pilotes) est encore plus effrayant », avoue XIAO Jun.

Quant à la question sur l’avenir des appareils de génération « antérieure », un autre officier de la PLAAF donne son avis.

« On va faire évoluer cette plateforme de manière durable et progressive », raconte YANG Ze (杨泽), un autre chef d’escadron de la brigade de XIAO, également pilote de J-11B, « Quand un avion est entré en maturité d’un point de vue plateforme, il reste encore beaucoup de points que l’on peut continuer à améliorer, que ce soit au niveau de son radar, ses systèmes de combat électronique et son avionique…etc. »

« Dire que les J-11 sont des aristocrates en déclin, je ne suis pas d’accord », précise YANG, « Si le J-20 est l’épine dorsale de notre système, les chasseurs de 3ème génération demeurent son corps. Il y a encore beaucoup de choses à faire. »

Henri K.

Post Tags
Written by

Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

LEAVE A COMMENT