Les casques bleus chinois au Mali se dotent d’un système anti-roquettes

Après le mort d’un casque bleu chinois au Soudan du Sud en Mai 2016, succombé à ses blessures alors que son véhicule blindé a été touché par une roquette qui transpercé le blindage et explosé à l’intérieur, les casques bleus chinois ont revu récemment l’agencement de leur camp au Mali et la protection associée pour éviter que des incidents de ce type se reproduisent de nouveau.

Dans un reportage du journal télévisé du dimanche dernier, diffusé sur la chaîne militaire chinoise CCTV-7, on apprend que les casques bleus chinois ont construit un nouveau mur de protection autour de leur camp. Un système d’alerte précoce anti-roquettes y a également été installé.

D’après un ingénieur du génie militaire chinois, le système est capable de détecter le départ des roquettes à une distance de 10 km, qui permet de donner un temps de réaction entre 30 et 40 secondes, très précieux pour que les casques bleus puissent rejoindre des abris fortifiés ou leurs postes de combat.

Un tel système d’alerte précoce devrait être composé de plusieurs parties – des senseurs, des modules de traitement, de communication et d’alimentation, et un ou plusieurs systèmes de signalisation sonore et lumineuse.

Et au vu de la forme de l’engin montré dans le reportage ainsi que les étiquettes signalétiques collées par dessus, on pense qu’il s’agisse de la partie de signalisation sonore et lumineuse du dit système, et non la partie des senseurs qui est la plus intéressante.

Mais même si les journalistes militaires chinois ont pris soin de ne pas montrer l’intégralité de ce système anti-roquettes, sa performance, notamment la portée de 10 km, fait tout de même penser à un radar développé par l’institut NRIET du groupe CETC.

Le YLC-48 est un radar de contrebatterie qui sert à déterminer le point de départ d’un tir d’artillerie adverse par calcul de la trajectoire des projectile. Présenté pour la première fois au dernier Salon aéronautique de Zhuhai en Novembre 2016, ce radar de forme cylindrique utilise des antennes à balayage électronique actif sur deux dimensions. Il fonctionne en bande S et pèse seulement 90 kg, qui lui permet d’être transporté et déployé facilement.

Ce radar de reconnaissance « individuel » a justement une portée de 10 km, et est capable de scanner à 360°. Il peut être utilisé aussi pour détecter les drones et les hélicoptères dans un rayon de 25 km.

Le YLC-48, nouveau radar de contrebatterie « individuel » développé par l’institut NRIST.

On ignore pour le moment si le YLC-48 est en lien avec le système d’alerte précoce anti-roquettes que les casques bleus chinois ont déployés au Mali, mais c’est le modèle qui semble être le plus proche en terme de performance décrite dans le reportage télévisé.

Il est à noter que le même institut NRIET a également présenté, à Zhuhai, un autre radar de contrebatterie longue portée qui fait penser à l’EL/M-2084 du système anti-roquettes israélien Iron Dome.

Ce nouveau radar chinoisle, le SLC-2E, utilise aussi des antennes à balayage électronique actif en bande S, et peut localiser le départ d’un tir de canon de 155 mm à 60 km, ou une roquette de LRM à 100 km. Le système entier, monté sur une plateforme mobile, peut être déployé en 8 minutes.

Tout comme le « petit » YLC-48, le SLC-2E peut également surveiller des cibles aériennes. Selon les informations données par un représentant de NRIET à Zhuhai, le système est capable de détecter une cible d’une SER de 2 m² à une distance de 200 km.

Le radar de contrebatterie SLC-2E (Source : 烽火议军情)

Dans le cas du Mali, où les forces locales n’ont que très peu d’artillerie lourde, et qui sont plutôt équipées des roquettes de petite calibre (40, 80 ou 107 mm) de portée inférieure à 10 km, un radar de contrebatterie comme le petit YLC-48 semble être plus adapté que le SLC-2E.

De la même manière, intercepter des roquettes coûtant quelques milliers US dollar, voir moins, par des missiles estimés à plusieurs dizaines de millier d’US dollar, comme l’Iron Dome, dans un camp temporaire qui n’est pas fait pour durer ne semble pas être une solution pérenne et durable.

Les Chinois semblent donc avoir trouvé de manière pragmatique une combinaison de solutions – un système d’alerte donnant un temps de réaction de 30 à 40 secondes, couplé avec des abris fortifiés – pour assurer au maximum la sécurité des centaines de casques bleus qui sont en mission sur place.

Pour finir, voici deux vidéos diffusées par les chaînes de télévision chinoises – la première montre le camp des casques bleus chinois au Soudan du Sud avant et après l’attaque du 31 Mai 2016, et la deuxième le renforcement de protection au campement du Mali.

Henri K.

Post Tags
Written by

Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

No comments

LEAVE A COMMENT