Le programme du porte-avions nucléaire chinois en vue ?

La Chine est-elle en train de développer un nouveau programme de porte-avions nucléaire ? Si la réponse à la question semble être à la fois logique et triviale, étant donné l’importance croissante des intérêts maritimes pour alimenter la « renaissance » du pays et la montée en puissance technologique tout azimut observé depuis les 10 dernières années, aucun élément rendu publique ne permet de confirmer celle-ci jusqu’à présent.

Mais un article paru mardi dernier sur le site du China Shipbuilding Industry Corporation (CSIC), un des deux principaux conglomérats publics chinois de construction navale avec China State Shipbuilding Corporation (CSSC), vient d’apporter pour la première fois une touche claire à la question.

En effet, dans la première édition de ce texte intitulé « Nouveau voyage, nouveau plan. Qu’est-ce que CSIC devrait faire dans cette nouvelle ère de développement à haute qualité ? » (新征程,新谋划!高质量发展的新时代,中船重工应该怎么干?纲要明晰前进方向) – qui n’est plus accessible (http://www.csic.com.cn/zgxwzx/csic_jtxw/329502.htm) mais que nous avons enregistré une copie avant sa réédition – le mot « porte-avions nucléaire » a figuré en tête de liste de plusieurs équipements majeurs à développer pour réaliser la « transformation stratégique de la marine chinoise d’ici 2025 ».

加快实现核动力航母、新型核潜艇、安静型潜艇、水下无人智能对抗体系、水下立体攻防体系和海战场综合电子信息系统等攻关突破,增强基于网络信息体系的联合作战能力、全域作战能力,为海军2025年实现走向深蓝远海的战略转型提供高质量武器装备。

Porte-avions nucléaire

L’article paru sur le site du groupe CSIC, avant et après le remaniement (Image : CSIC, East Pendulum)

Bien que le groupe de construction navale chinois a rapidement remanié le texte quelques heures plus tard pour supprimer la phrase entière citée en haut, qui contient les mots clés comme « porte-avions nucléaire », « nouveau sous-marin nucléaire », « sous-marin silencieux » (à propulsion diesel), « Système global intelligent sous-marin sans pilote », « Système global de lutte anti-sous-marine multi-dimensionnelle » et « Système d’information intégré pour le champ de bataille navale », mais nombreux sont ceux qui ont déjà eu le temps de capturer cette information capitale.

Le ministre japonais de la Défense Itsunori Onodera, par exemple, a exprimé dorénavant sa préoccupation sur la nouvelle vendredi dernier devant les journalistes. Il indique que la Chine a augmenté ses activités aériennes et maritimes sur les régions voisines, avec une capacité militaire renforcée rapidement, mais celles-ci manquent de la transparence. Son discours a été relayé par plusieurs médias japonais dont celui d’état NHK.

Si cette pseudo-confirmation de l’existence du programme de porte-avions nucléaire chinois paraît surprenant au premier regard, ce n’est nullement le cas en réalité puisque le porte-avions nucléaire a toujours fait partie du programme des porte-avions chinois et ce depuis Août 2004.

Selon le « Projet 048 » (se lit aussi 04.8 pour Août 2004) qui définit le cadre principal dans lequel la marine chinoise se dote des porte-avions, le porte-avions nucléaire consiste en la troisième et dernière étape après celle de la transformation d’un porte-avions STOBAR existant (ex-Varyag qui devient le Liaoning maintenant), et le développement d’un CATOBAR à propulsion conventionnelle.

Les deux premières étapes étant activement en cours aujourd’hui, avec la montée en puissance du porte-avions 16 Liaoning de l’un et la construction d’un deuxième porte-avions STOBAR à Dalian de l’autre, plus la préparation de construction d’un troisième porte-avions chinois en CATOBAR à Shanghai, il est donc tout à fait logique que les Chinois aient démarré les études pour leur futur programme de porte-avions nucléaire.

Quant à la question pour savoir pourquoi c’est le CSIC qui fait une telle annonce, la réponse est tout aussi triviale puisque c’est dans ce groupe de construction navale chinois que l’on trouve le plus grand bureau d’études principal de navire de guerre de surface du pays (l’Institut 701) et aussi le seul et unique bureau d’études principal en propulsion nucléaire navale (l’Institut 719).

On ignore pour le moment quel chantier naval va s’occuper de la construction de futurs porte-avions nucléaires chinois, sachant que Dalian du groupe CSIC et Jiangnan Changxing du groupe CSSC ont tous deux la capacité et les compétences pour les réaliser. Mais il n’est pas exclus que la construction puisse être affectée aux deux au même temps.

Aujourd’hui aucun, ou presque, d’autres éléments rendus publiques ne permet de savoir l’état d’avancement du programme de porte-avions nucléaire chinois. On sait seulement des sources proches des industriels chinois que le ou les navires devraient doter « deux grands réacteurs spécialement développés » et non transformé depuis les réacteurs miniaturisés pour sous-marin.

Etant donné le progrès réalisé et visible sur les catapultes électromagnétiques, il est tout à fait plausible de penser que ces systèmes seront également utilisés.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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