L’armée chinoise teste l’approvisionnement par un drone cargo

En Chine, il existe un vieux dicton qui dit : « Les rations et les fourrages devraient toujours partir avant les troupes » (兵马未动,粮草先行). Aujourd’hui, plus le niveau de technicité d’une armée est élevé, plus la dépendance de cette dernière à un soutien logistique efficace et disponible est marquante. Equipements, munitions, rations, carburants… tout cela nécessite un réseau et des moyens de distribution capable de suivre et de soutenir les opérations sur différents théâtres, parfois difficile d’accès. Et c’est justement dans ce contexte que l’idée d’utiliser de drone pour approvisionner des troupes continue de gagner du terrain, du moins dans l’esprit des dirigeants de l’armée chinoise.

Après avoir procédé à quelques tests de façon locale, avec notamment des drones quadricoptères de petite capacité, l’armée chinoise vient d’effectuer il y a quelques jours un essai d’approvisionnement par drone de plus grande envergure, que ce soit en terme de masse projetée ou la distance parcourue.

C’est la chaîne militaire CCTV-7 de la télévision étatique chinoise qui a révélé quelques informations sur cet essai jeudi dernier. On apprend alors que l’Université Nationale de technologie de Défense (National University of Defense Technology, NUDT), une célèbre institution de recherche administrée par l’armée chinoise, et le groupe d’aérospatiale CASC, constructeur de missiles, fusées Longue Marche ainsi que des drones Cai Hong (CH), ont mené conjointement un test de largage automatisé à l’aide d’un drone, modifié à partir d’un avion de transport antique Y-5.

Si le court reportage télévisé n’a donné aucun détail, du moins pas ouvertement, sur le modèle exact du drone ainsi que le lieu et le déroulement du test, et a même pris soin de flouter une partie de l’inscription sur l’appareil, l’interview des responsables de l’équipe NUDT chargée de l’essai permet tout de même de savoir que la cargaison parachutée pèse « plus de 500 kg », et le drone a parcouru « plus de 500 km » avant de larguer sa charge via la porte latérale.

Une étude plus approfondie de la vidéo suggère que le drone a décollé depuis un petit aérodrome en province du Gansu (甘肃省), celui de Zhangye Danxia (张掖丹霞通用机场), et le site de parachutage se situe à côté d’une route départementale relativement désertique.

Quant au modèle du drone utilisé, le seul conçu (et modifié) par CASC à partir de la plateforme Y-5 est en fait FH-98 (飞鸿-98). Il s’agit d’un programme co-développé à l’origine avec le géant logistique chinois SF Express. Le drone, qui a réussi son vol inaugural le 16 Octobre 2018 (voir FH-98 : Un avion biplan de 70 ans transformé en drone cargo), est transformé depuis un Y-5B. Avec un MTOW de 5 250 kg, il est capable de transporter jusqu’à 1 500 kg en charge, et voler sur une distance franchissable maximum de 1 200 km.

Etant donné les chiffres annoncés pour cet essai, à savoir « plus de 500 kg » de cargaison et « plus de 500 km » en distance parcourue par le drone, il est possible qu’il s’agisse d’un test à la limite du rayon d’action opérationnel de l’appareil, sachant que cette distance dépasse déjà celle entre une base de ravitaillement et une position en ligne de front habituellement observée.

Le mode de livraison, à savoir par parachutage et non par déchargement d’un drone posé au sol, pourrait signifier que le focus du test est plutôt porté sur l’approvisionnement des unités en zone ne disposant pas d’infrastructure adéquate ou du moins difficile d’accès, comme à la montagne par exemple. On peut voir d’ailleurs la mention « Exercice de soutien tactique et stratégique » sur une bannière devant quelques dizaines d’observateur militaire qui se sont déplacés pour assister à l’essai.

On notera que cet essai avec le drone FH-98 pour le compte de l’armée chinoise n’est pas le premier en son genre en Chine. En effet, le drone TB001 « Scorpion à double queue », développé par Tengden (腾盾科技) avec le financement de SF Express, avait déjà effectué un test de ce type en Décembre 2017, en larguant une soute profilée avec parachute.

Mais le cas d’utilisation simulé dans cet essai de Tengden en 2017 est bien différent de celui de NUDT de la semaine dernière – Le scénario simule la livraison rapide des fournitures de réparation d’urgence par un drone, pour une station de relais au sol qui a subi des dégâts à la suite d’une catastrophe naturelle, et que les matériels nécessaires ne pouvaient pas être acheminés par la voie terrestre.

Si le test en 2017 est plutôt civil, celui de cette année mené par les équipes de NUDT et CASC est clairement militaire, bien que les moyens déployés sont similaires.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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