LandSpace : le futur SpaceX chinois ?

Lors du dernier congrès international d’astronautique qui s’est tenu du 26 au 30 Septembre 2016 au Mexique, une société privée chinoise LandSpace Technology (蓝箭空间科技) est venue présenter leur projet – un petit lanceur spatial appelé LS-1 (Land Space 1), capable de placer 400kg en orbite SSO de 500km.

A gauche, le CEO de Landspace, ZHANG Chang Wu (张昌武), à l'IAC 2016

A gauche, le CEO de Landspace, ZHANG Chang Wu (张昌武), à l’IAC 2016

Ce n’est pas la première fois qu’une société privée chinoise ambitionne de se positionner dans un marché de lancement spatial très fermé en Chine, qui est monopolisé jusqu’ici par les deux grands groupes nationaux CASC, constructeur des fusées Longue Marche, et CASIC, missilier et constructeur de fusée militaire Kuaizhou. Parmi les autres acteurs privés que LandSapce, on peut citer par exemple One Space (零壹空间科技) et Linkspace (翎客航天), tous deux ayant chacun un projet de petite fusée dans les cartons. Mais LandSpace semble être le seul à avoir un calendrier de lancement précis et avoir fourni quelques détails techniques sur son futur lanceur.

Fondé à Pékin en 2015 par plusieurs anciens diplômés de l’Université Tsinghua et de l’Université de Pékin, deux des plus prestigieuses universités en Chine, LandSpace propose à ses futurs clients, selon leur site internet, des services de lancement spatial, des solutions TT&C, du conseil et des services logistiques.

Leur premier lanceur, LS-1, est composé de 4 étages à ergol solide. Il mesure 20,7m de long, 2m de diamètre et pèse 57,4 tonnes au décollage. Le premier vol commercial est prévu avant fin 2017 pour un prix de lancement de 8 millions de dollar US, soit un prix unitaire très compétitif de 20 000 USD par kg.

Caractéristiques du lanceur LS-1 de LandSpace

Caractéristiques du lanceur LS-1 de LandSpace

D’après la présentation de LandSpace au Mexique, qui est co-écrite avec le Shanghai Engineering Center for Microsatellites (SECM) de l’Académie chinoise des Sciences, les futurs lancements de LS-1 semblent être prévu soit dans le centre de lancement spatial JSLC ou dans le tout nouveau WSLC, où l’entreprise aura loué des emplacements auprès de l’armée chinoise (les centres de lancement spatial chinois sont administrés par l’armée).

La préparation et l’intégration des charges utiles avec le lanceur se feraient de manière horizontale. Le lancement, quant à lui, sera réalisé depuis une plateforme mobile et non au pas de tir fixe.

Séquences de vol de LS-1

Séquences de vol de LS-1

Quant au marché ciblé par la jeune société chinoise, selon ZHANG Chang Wu, CEO de LandSpace, le lanceur LS-1 vise avant tout le marché européen, où environ 3 000 nano et micro-satellites des entreprises privées étrangères attendent une place sous la coiffe. Il n’entrera donc pas, à priori, en concurrence avec les nouveaux petits lanceurs des acteurs chinois traditionnels, comme le CZ-6, le CZ-11 ou encore le KZ-11, qui eux peuvent être absorbé par le marché intérieur en Chine.

Étant donné la « jeunesse » de l’entreprise et un calendrier de lancement très serré, on peut raisonnablement penser que le LS-1 aurait bénéficié de transferts de technologie d’un institutionnel chinois.

On ignore pour le moment la composition exacte de l’actionnariat de LandSpace, et donc qui est le réel « patron » derrière, mais à part les anciens universitaires pékinois, le CEO de One Space semble avoir mis des parts dedans aussi.

Lancement de LS-1 s'effectue de manière "mobile"

Lancement de LS-1 s’effectue de manière « mobile »

Or les caractéristiques du futur lanceur de One Space sont assez éloignés de LS-1 (diamètre 2,2m au lieu de 2,0m, une fusée de 3 étages au lieu 4…etc.), il n’est donc pas exclut que LandSpace ait profité de l’aide directe du CALT, filiale de CASC et constructeur du CZ-11, dont les caractéristiques sont assez proches de LS-1.

Quoiqu’il en soit, LandSpace qui est enregistré à Pékin a investit cette année 60 millions de Yuan dans la construction d’un complexe de production et de test des fusées à Xi’an. Le projet semble donc avancer de manière sérieuse mais on devrait attendre fin 2017 pour en savoir plus.

Est-ce que LandSpace sera le futur SpaceX chinois ? Il parait encore trop tôt pour le dire.

La composition des acteurs et du marché intérieur-extérieur sont très différents entre la Chine et les États Unis, et le business modèle de SpaceX et de LandSpace semble être très différent également. Quand SpaceX bénéficie de contrats publics et a choisi la réutilisation des fusées comme solution pour réduire le coût, LandSpace cible dans un premier temps une niche commerciale et montre qu’il y a peut-être une autre possibilité technique pour les lancements à bas coût.

L’affaire à suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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