LandSpace : Echec du vol inaugural de lanceur ZQ-1

Le voilà le premier vol orbital d’un constructeur privé de fusées spatiales chinois, s’il avait été un succès en tout cas, mais l’histoire en a décidé autrement. LandSpace, l’un des nombreux startups chinois actuels qui veulent prendre une part du marché de lancement spatial, a préféré s’affranchir de l’étape du vol suborbital, contrairement à ses concurrents comme OneSpace et iSpace, et passe directement au lanceur permettant de satelliser un objet dans l’espace.

LandSpace aurait été le premier acteur privé chinois à réussir de faire un vol orbital, mais son lanceur Zhu Que 1 (ZQ-1, ou 朱雀一号 en chinois qui veut dire Phénix 1) a connu une anomalie après l’allumage du 3e étage. Le décollage de cette fusée de 27 tonnes au sol a eu lieu ce samedi 27 Octobre, vers 16h00 heure de Pékin, au centre spatial de Jiuquan situé à l’ouest de la Chine.

Pour ZHANG Chang Wu (张昌武), PDG de LandSpace, « la mission du ZQ-1 est finie avant même que la fusée soit lancée », en soulignant le fait que LandSpace est la première société privée en Chine à obtenir l’autorisation de procéder à des vols orbitaux, et aussi le premier parmi les startups privés à tenter l’aventure de mettre un satellite dans l’espace. Mais pour les investisseurs de cette entreprise fondée en 2015, c’est pas moins de 100 millions de yuan, soit 12,6 millions d’euro au taux de change d’aujourd’hui, qui vient de partir en fumée.

Si cette première mésaventure de LandSpace rappelle le début de SpaceX, qui a connu 3 échecs consécutifs de son lanceur Falcon 1 avant de pouvoir mettre en orbite une charge de simulation lors du 4e vol, ZHANG semble rester confiant pour l’avenir de son entreprise en indiquant qu’un autre vol orbital est prévu en 2019, une fois les investigations seront terminées.

 

Le premier vol du LandSpace ZQ-1

Il est difficile de qualifier LandSpace comme le véritable concepteur à 100% du lanceur ZQ-1, puisque les principaux composants de cette fusée, à savoir les moteurs à ergol solide, sont fournis tous à priori par le groupe CASC, constructeur des fusées Longue Marche.

Ce qui n’est pas étonnant en soi puisque pour une entreprise fondée seulement il y a trois ans et avec à peine 170 salariés, réussir à concevoir de A à Z un lanceur de vol orbital en si peu de temps relève non pas d’un exploit, mais surtout d’un miracle. Et dans un secteur où le miracle n’existe quasiment pas et où une simple vis corrodée peut faire échouer un vol, et connaissant surtout le positionnement de LandSpace qui doit répondre rapidement aux attentes de ses investisseurs, acheter des composants clés sur étagère en provenant d’un acteur historique fiable puis les assembler et réussir un premier vol, pour créer l’effet de buzz et pouvoir faire venir d’autres investissements financiers par la suite, semble être un choix judicieux en fin de compte.

Selon les chiffres communiqués par LandSpace, ZQ-1 est un lanceur à trois étages doté de moteurs à ergol solide, plus précisément de Al/RDX/AP/HTPB, en développant une poussée au sol de 45 tonnes.

Le lanceur mesure 19 mètres de haut, 1,35 mètres de diamètre et pèse 27 tonnes au décollage. Sa capacité d’emport est de 200 kg à 500 km SSO ou 300 kg à 200 km LEO. Il peut alors mettre en orbite 4 à 6 petits satellites, ou jusqu’à 50 cubsats 2U.

L’assemblage du premier ZQ-1 a terminé en fin Août cette année à Xi’an, et a quitté l’usine pour le centre spatial de Jiuquan le 27 Septembre dernier.

D’après la déclaration officielle de LandSpace, le lanceur qui a réussi son décollage à 16h00 heure locale a procédé successivement la séparation des étages et l’éjection de la coiffe. Mais le contrôle d’attitude du 3e étage semble avoir rencontré des anomalies ce qui a fait échouer la mission.

Et, si les moteurs des trois étages ont été achetés sur l’étagère, des rumeurs parlent du développement par LandSpace du programme de contrôle pour le 3e étage du lanceur, mais cela reste à confirmer.

Les sources officieuses chinoises indiquent que le 3e étage et le satellite ont atteint une atitude de 340 km au dessus du sol, mais la vitesse n’est qu’à un peu plus de 6 km/s, loin de la première vitesse cosmique qui permet de satelliser un objet autour de la Terre. Il est donc plus que probable que l’ensemble soit rentré dans le golfe du Bengale, en océan Indien.

On apprend également que pour des conflits d’intérêt avec le groupe CASC, notamment parce que le ZQ-1 pourrait entrer en compétition avec le petit lanceur CZ-11 de la famille Longue Marche, le géant d’aérospatiale chinois aurait « coupé le robinet » et arrêté de fournir LandSpace en moteur à ergol solide que ce dernier a besoin, une fois le premier contrat d’achat a été honoré.

Il n’est donc pas étonnant que LandSpace se serait focalisé maintenant sur le développement de son propre moteur à ergol liquide, le LOX/Méthane TQ-12 d’une poussée de 80 tonnes et qui sera dédié au véritable lanceur de LandSpace, le futur ZQ-2 dont le premier vol est prévu après 2020.

On notera qu’aucun message aux navigants aériens n’a été publié pour ce lancement cette fois-ci, ce qui n’est pas inhabituel si les autorités estiment qu’il n’y a pas aucun danger au ciel comme au sol durant la fenêtre de tir ouverte.

 

Le satellite « Future » de CCTV

Les téléspectateurs de l’émission « Cheers Science » (加油!向未来) de la chaîne de télévision nationale CCTV seront sans doute déçus par le fait qu’ils ne peuvent assister à aucun expérience scientifique réalisé directement depuis l’espace. Les expériences qui étaient censé avoir lieu sur le satellite « Future » (未来号), le seul passager de ce vol inaugural de ZQ-1.

On connait encore peu sur ce petit satellite « Future », si ce n’est qu’il soit développé par la société MinoSpace (北京微纳星空科技有限公司) sur la plateforme MN10. Le satellite ne devrait donc pas dépasser les 30 kg en masse, si l’on croit à la description de ce bus fourni par MinoSpace lors d’un salon.

 

Statistique historique

Ce lancement est le 30ᵉ lancement spatial chinois et le 1er échec en 2018, et aussi le 1er vol our le lanceur ZQ-1.

Voici le tableau de suivi de tous les lancements spatiaux chinois effectués depuis le premier en 1970, y compris ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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