Lancement réussi du satellite océanique HY-2B et du « Pot à bonbons »

Mieux comprendre l’océan, mieux exploiter l’océan et mieux défendre les intérêts acquis que l’océan pourrait lui apporter pour son développement, c’est sans aucun doute cela que la Chine s’efforce de faire depuis maintenant presque deux décennies. Si les moyens spatiaux déployés dans ce sens par le pays étaient plutôt limités jusqu’à présent, que ce soit en nombre ou en qualité, les choses semble être en train de changer. Ainsi, c’est avec le 29ᵉ lancement spatial chinois en 2018 que la Chine a mis en orbite son deuxième satellite océanique de l’année, HY-2B (Hai Yang 2B, 海洋二号B en chinois, qui veut dire Océan 2B), à l’aide d’une fusée CZ-4B au centre spatial de Taiyuan.

A noter que le géant chinois en e-Commerce, Alibaba, a profité de ce vol pour envoyer sa « mini station spatiale », en réalité une petite plateforme de 20 kg fixée sur le dernier étage du lanceur, dans l’espace.

Appelé « Pot à bonbons » (糖果罐), ou MINI en anglais, il servira principalement à envoyer des messages et des promotions aux utilisateurs de la plateforme AliExpress dans le monde entier, notamment durant le Single’s day (fête des célibataires), le 11 Novembre, qui est devenu l’un des jours de vente en ligne les plus importants au monde, avec plus de 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisé en une seule journée en 2015. Le groupe chinois a parlé aussi du projet précurseur dans l’Internet des objets, mais aucun détail n’a été communiqué.

 

Le lancement

Conçu par l’Institut SAST (Shanghai Academy of Spaceflight Technology), filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le CZ-4B est un lanceur de trois étages spécialisé dans les lancements en orbite héliosynchrone (SSO) comme sa jumelle CZ-4C.

Mesurant 47,98 mètres de haut et un peu plus de 249 tonnes au décollage, le CZ-4B est capable de placer environ 2,8 tonnes de charge utile en orbite SSO à 500 km d’altitude.

Au total, 31 lancements ont été effectués avec ce lanceur dans deux centres spatiaux chinois différents (JSLC et TSLC). Un seul échec a été enregistré en Décembre 2013 lors de la mise en orbite du satellite d’observation sino-brésilien ZY-1-03.

On notera qu’aucun message aux navigants aériens n’a été publié pour ce lancement cette fois-ci, ce qui n’est pas inhabituel si les autorités estiment qu’il n’y a pas aucun danger au ciel comme au sol durant la fenêtre de tir ouverte.

Les premières données TLE de NORAD montrent que deux objets ont été satellisés. Le satellite HY-2B se trouve actuellement sur une orbite de 932 km × 946 km × 99,35°, et tourne un peu moins de 14 fois autour de la Terre par jour.

Le deuxième objet, quant à lui, correspond au dernier étage du lanceur CZ-4B où est fixé le « Pot à bonbons » et se met sur une orbite de 641 km × 940 km × 99,45°

HAIYANG-2B
1 43655U 18081A 18298.86986697 -.00524413 00000-0 -46864+0 0 9996
2 43655 99.3500 304.2491 0009600 283.6369 76.4058 13.87166643 124

CZ-4B R/B
1 43656U 18081B 18298.91302137 -.00006846 00000-0 -20596-2 0 9996
2 43656 99.4520 304.3904 0208794 5.1787 355.1680 14.30393038 132

 

Le satellite HY-2B et la « mini station spatiale » Pot à bonbons

Contrairement au HY-1C lancé en début Septembre cette année, qui est un satellite pour étudier le changement de couleur de l’océan, le HY-2B est lui spécialisé dans la dynamique océanique. Il est d’ailleurs le premier des satellites du réseau d’observation de la dynamique océanique que la Chine est en train de mettre en place.

Certains documents internes le qualifient comme l’un des satellites d’observation terrestre chinois les plus complexes, avec 16 différentes antennes pointant vers la Terre pour mesurer et analyser le vent, les températures, les niveaux de la mer, les vagues et le champ d’écoulement, ce qui complexifient son environnement de compatibilité électromagnétique.

Satellite

Le satellite océanique chinois HY-2B

Comparé au HY-2A qui a été mis en orbite en Août 2011 et qui a déjà largement dépassé sa durée de vie théorique, bien qu’il soit toujours opérationnel, le HY-2B préserve les principales fonctionnalités et performances de son prédécesseur tout en améliorant certaines entre elles, comme par exemple sa durée de vie en orbite est augmentée à cinq ans contre trois ans auparavant.

Mis à part ses fonctions premières qui sont la collecte des données océaniques, le satellite HY-2B est doté également d’un système d’identification des navires AIS et d’un système DCS qui lui permet de recevoir des données émises par les bouées de recherche scientifique.

On notera que le satellite est équipé des horloges à rubidium conçues par le missilier chinois CASIC 2th Academy, et l’altimètre radar embarqué est développé par le groupe d’armement terrestre NORINCO. Quant à la précision de contrôle orbital, les articles institutionnels indiquent qu’elle atteint de l’ordre centimétrique, et ce grâce au trio GPS, le système DORIS et l’altimètre à laser.

Satellite

L’un des composants du satellite HY-2B fournis par le groupe d’armements terrestres NORINCO

En ce qui concerne l’autre passager du vol, la « mini station spatiale » appelée Pot à bonbons d’AliExpress, on sait seulement qu’il pèse dans les 20 kg et embarque aussi des charges utiles venant d’une société privée chinoise Yinhe Aerospace (银河航天).

Il s’agit d’une plateforme qui a été fixée sur le dernier étage du lanceur CZ-4B, qui, en principe devrait rester de manière non contrôlé dans l’orbite cimetière pour plus de 10 ans. L’objectif d’Alibaba est donc de réutiliser à moindre coût ce composant de la fusée qui n’a normalement plus aucune valeur après le lancement pour porter son « satellite ».

Pour cela, l’institut SAST a dû modifier le dernier étage du CZ-4B pour y installer l’alimentation, le système GNC et le système de contrôle. On apprend qu’Alibaba va déposer un brevet avec sa « station spatiale » MINI.

Satellite

La « mini station spatiale » d’AliExpress, appelée MINI ou « Pot à bonbons ».

 

Statistique historique

Ce lancement est le 29ᵉ lancement spatial chinois en 2018, le 31ᵉ pour le lanceur CZ-4B, et le 288ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 277 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 96,18%.

Voici le tableau de suivi de tous les lancements spatiaux chinois effectués depuis le premier en 1970, incluant ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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