Lancement du satellite géophysique CSES-1 et 6 nano-satellites

Contrairement à ce que certains médias ont tendance à le sous-entendre, le satellite chinois CSES-1 (China Seismo Electromagnetic Satellite), qui a été lancé ce vendredi 2 Février au centre spatial de Jiuquan avec six autres petits satellites, ne peut pas être utilisé directement pour « prédire » les tremblements de terre. C’est en tout ce que rappellent les communiqués des institutions officielles chinois.

Ce satellite qui porte aussi le nom du mathématicien et astronome chinois Zhang Heng (张衡), né vers la fin du Ier siècle après J.C. et inventeur du sphère armillaire hydraulique et d’un sismomètre parmi tant d’autres, est placé en orbite polaire à l’aide d’une « vieille » fusée CZ-2D qui s’est décollé à 15h51 heure de Pékin.

Il s’agit du 6e lancement spatial chinois de l’année et le 1er en mois de Février, qui devrait être suivi rapidement par un lancement double de satellites de navigation Beidou 3 dans 10 jours.

 

Le lancement

Conçu par l’Institut SAST (Shanghai Academy of Spaceflight Technology), filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le CZ-2D est une fusée de 2 étages à ergols liquides dont le design est dérivé directement d’un autre lanceur chinois CZ-4A.

Cette fusée d’ancienne génération est principalement utilisée dans les lancements en orbite basse (LEO) et en orbite héliosynchrone (SSO), avec une capacité de 3 500 kg en LEO circulaire de 200 km x 28°, ou 1 300 kg en SSO à 645 km d’altitude.

Son premier vol remonte au mois d’Août 1992 pour le lancement d’un satellite espion chinois avec capsule de retour. Depuis sa mise en service, le CZ-2D a connu une seule anomalie en 37 tirs qui est survenu lors du lancement des deux satellites Superview-1 en Décembre 2016.

La défaillance technique a été rapidement corrigée et la fusée est repartie de plus belle en réalisant sa mission de come-back en Octobre 2017, et depuis cette date le vieux lanceur chinois a maintenu une fréquence de tirs élevé en effectuant six vols en l’espace de quatre mois.

A noter que le CZ-2D qui a lancé hier le satellite CSES-1 et les six autres petits satellites porterait le numéro de série 13 (Y13), ce qu’il revient à dire qu’il aurait été fabriqué il y a déjà près de 10 ans, puisque le CZ-2D Y12 a été utilisé en Novembre 2008 pour placer deux satellites en orbite.

Ce serait donc avec cette « vieille »fusée que le satellite Zhang Heng est entré sur une orbite polaire à 500 km d’altitude. Sur les 7 satellites à bord, le CSES-1 a été le premier à s’être séparé du dernier étage de lanceur vers 683 secondes du vol, suivi par le satellite argentin ÑuSat Ada et danois GomX-4A à T+713s, puis de nouveau ÑuSat-5 et GomX-4B vers T+741s, et enfin les deux nano-satellites chinois FMN-1 (FengMaNiu-1) et Shaonian Xing à T+786s.

Trois messages aux navigants aériens (NOTAM) ont été publiés pour signaler la présence de deux zones de retombé et trois segments aériens fermés à tout survol.

A0341/18
Q) ZLHW/QRTCA/IV/BO/W/000/999/3528N09843E018
A) ZLHW B) 1802020743 C) 1802020806
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N351236E0984453-N351612E0982534-N354511E0983336-N354023E0985928
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A0393/18
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/
A) ZLHW B) 1802020740 C) 1802020820
E) THE FLW SEGMENTS OF ATS RTE CLSD:
1. Y1: MEPEP – OMBON.
2. Y2: MEPEP – LUVAR.
3. L888: MUMAN – LUVAR.

A0393/18
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/
A) ZLHW B) 1802020740 C) 1802020820
E) THE FLW SEGMENTS OF ATS RTE CLSD:
1. Y1: MEPEP – OMBON.
2. Y2: MEPEP – LUVAR.
3. L888: MUMAN – LUVAR.

Satellite

Les zones de retombé du vol de CZ-2D Y13 (Image : East Pendulum)

Les données de NORAD montrent que 9 objets ont été satellisés. Sept entre eux sont répartis sur des orbites de 483 à 491 km × 505 à 510 km, tandis que les deux autres sont entrés sur deux orbites distincts de 440 km × 509 km et 453 km × 500 km.

2018-015A
1 43192U 18015A 18034.22529128 -.00000069 00000-0 00000+0 0 9996
2 43192 97.3369 166.1121 0015360 250.0189 109.9763 15.22199791 131

2018-015B
1 43193U 18015B 18034.11081719 -.00000066 00000-0 00000+0 0 9991
2 43193 97.2090 166.0195 0010280 59.6493 33.9930 15.22509412 114

2018-015C
1 43194U 18015C 18033.91885595 -.00000070 00000-0 00000+0 0 9998
2 43194 97.3322 165.8113 0015261 261.5201 221.1653 15.22599492 93

2018-015D
1 43195U 18015D 18033.91895760 -.00000070 00000-0 00000+0 0 9994
2 43195 97.3321 165.8158 0015747 264.9620 218.8128 15.22859515 98

2018-015E
1 43196U 18015E 18033.91898728 -.00000071 00000-0 00000+0 0 9993
2 43196 97.3230 165.8190 0017428 274.4921 210.9304 15.23559127 87

2018-015F
1 43197U 18015F 18033.91968763 -.00000070 00000-0 00000+0 0 9990
2 43197 97.3238 165.8218 0017087 278.9609 210.0197 15.23432101 94

2018-015G
1 43198U 18015G 18033.91701332 -.00000080 00000-0 00000+0 0 9999
2 43198 97.2303 165.8261 0049834 305.9017 183.2542 15.30442453 76

2018-015H
1 43199U 18015H 18033.91916549 -.00000070 00000-0 00000+0 0 9997
2 43199 97.3105 165.8206 0015529 276.5796 209.0506 15.23202390 93

2018-015J
1 43200U 18015J 18034.10711943 -.00000080 00000-0 00000+0 0 9994
2 43200 97.4371 165.9899 0034025 348.6194 104.8100 15.29702504 108

 

Le satellite géophysique CSES-1

C’était en 2006, au salon aéronautique de Zhuhai, que la première maquette du satellite CSES-1 a été aperçu au stand du groupe d’aérospatiale chinois CASC. L’industriel chinois ambitionnait en fait depuis déjà trois ans de bâtir un réseau de moyens de détection au sol et dans l’espace pour anticiper les catastrophes naturelles tels que les tremblements de terre, en récoltant et analysant des données de champs électromagnétiques de la Terre, les plasmas ionosphériques, et les particules à haute énergie.

il s’agit donc plutôt qu’un satellite expérimental de champs géophysiques qu’un satellite pour prédire les tremblements de terre à proprement parler.

Satellite

La maquette du satellite CSES-1 présenté au salon de Zhuhai en 2008

En Novembre 2008, un responsable technique de l’Institut CAST (China Academy of Space Technology), entité principale du CASC qui s’occupe de la conception des engins spatiaux, a indiqué à la presse que le satellite pourrait être lancé « l’an prochain » au plus tôt.

Le projet portait alors sur un petit satellite de 400 kg environ, qui sera mis en orbite polaire à 500 km d’altitude, avec une période de revisite de cinq jours et équipant de 8 catégories différentes d’instruments techniques.

Mais il a fallu attendre deux ans après, en Février 2010, pour qu’on ait de nouveau des nouvelles du projet – On apprend que l’Administration chinoise CEA (China Earthquake Administration) a pris la gouvernance du projet de satellite CSES et a signé un accord de collaboration avec l’Agence spatiale italienne en 2009 pour développer conjointement une partie des instruments embarqués, et envisageait également d’inclure la station italienne Malindi comme l’une des stations sol du système CSES.

Et pendant tout ce temps-là le projet n’est toujours pas approuvé officiellement par le gouvernement chinois, puisque la préparation du dossier n’est commencée qu’en Juillet 2010, avec une première revue complète qui a eu lieu en Octobre de la même année. Mais le développement en amont de phase de toutes les charges utiles a d’ores et déjà été démarré.

L’objectif du projet s’est également dévoilé et selon les communications rendues publiques, le satellite aura pour but de contribuer à la prédiction des tremblements de terre de magnitude supérieure à 7 au niveau mondiale, et supérieure à 6 au niveau de la Chine.

L’approbation serait enfin tombée en 2013, et le projet est aussi passé en phase du développement de prototypage en mois d’Août de la même année. Le satellite utilisera une plateforme satellitaire CAST2000 avec une masse de 730 kg, une durée de vie théorique de 5 ans et une puissance totale de 405 W.

Dès lors le programme s’accélère et une première date du lancement a été donnée pour fin 2016. Mais en Juin 2016, le directeur de la CEA a demandé, lors d’une réunion de travail qui a eu lieu à Pékin, aux équipes de développement de respecter deux principaux jalons, à savoir le passage en développement du modèle industriel en Juillet 2016, et la sortie de l’usine en Juin 2017. La date du lancement est donc officiellement repoussé en Août 2017, mais on apprend aussi que ce sera le premier satellite et un deuxième est prévu pour 2019.

Et si le développement de différentes charges utiles et du segment sol a finalement avancé comme prévu, qui ont terminé les tests en Janvier 2017 donc prêt pour le lancement en temps voulu, le projet de CSES a dû céder son créneau de lancement en 2017 pour d’autres projets « plus prioritaires », sans qu’on ait le détail de l’histoire.

Quoiqu’il en soit, on sait maintenant que le CSES-1 sera le premier d’une grande série de satellites géophysiques chinois. Le lancement du deuxième satellite est prévu désormais en 2020, suivi par un autre dédié à l’analyse du champ gravitationnel de la Terre par exemple.

Satellite

Le satellite CSES-1 et ses charges utiles

Quant aux autres passagers du vol, le GomX-4A est un CubeSat 6U qui vient du Ministère danois de la Défense alors que sa jumelle GomX-4B est de l’ESA. Une fois en orbite, les deux satellites seront espacés de 4 500 km. Ce dernier a pour l’objectif de tester entre autres un propulseur à butane fourni par la société suédoise NanoSpace.

Satellite

Les deux CubeSat européens GomX-4

ÑuSat 4 et 5 sont tous les deux des satellites optiques de 37 kg développés par la société argentine Satellogic. Ils font partie de la constellation Aleph-1 dont les trois premiers satellites ont déjà été placés en orbite en Avril 2016 et 2017 par deux fusées chinoise CZ-4B.

FMN-1 (FengMaNiu-1), quant à lui, est un CubeSat 3U développé par LinkSpace, un startup chinois qui devrait mettre sur le marché son propre lanceur prochainement. Le satellite est aussi le premier satellite entièrement privé en Chine, financé par trois chefs d’entreprise chinoise, et sa charge utile principale est un caméra panoramique 4K.

Satellite

Le satellite chinois FMN-1 développé par LinkSpace

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement de CZ-2D est le 6ᵉ lancement spatial chinois en 2018, le 37ᵉ pour le lanceur CZ-2D, et le 266ᵉ pour la famille de lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 255 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 95,86%.

Voici le nombre et le statut de lancements spatiaux chinois effectués depuis 1970, incluant aussi ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche, et le nombre de lancements par centre spatial chinois –

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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