Lancement du satellite de communication expérimental SJ-13

Pour son 4ème lancement spatial en 2017, la Chine a mis en orbite de transfert géostationnaire le nouveau satellite de communication expérimental SJ-13 (Shi Jian 13, 实践十三号), à l’aide d’une fusée CZ-3B qui s’est décollé du centre de lancement spatial de Xichang (XSLC).

Ce satellite est le premier satellite dit HTS (High-throughput satellite) conçu par l’Institut CAST du groupe aérospatial chinois CASC. Il est caractérisé par une capacité d’émission bien plus importante, à plus de 20 Gbit/s, soit la somme de tous les satellites de communication chinois actuellement en orbite réunis. Le satellite implémente aussi de nombreuses nouvelles technologies industrialisées en Chine.

 

Le lancement

Conçu par la CALT (China Academy of Launch Vehicle Technology), filiale du groupe aérospatial chinois CASC, le CZ-3B est la variante la plus puissante de la famille de lanceurs CZ-3A qui sont dédiés aux lancements géostationnaires.

Cette fusée qui mesure plus de 57 mètres de haut et 459 tonnes au décollage est capable de placer 5 500 kg de charges utiles en orbite GTO. Avant l’arrivée du lanceur lourd CZ-5, qui vient d’effectuer tant bien que mal son vol inaugural en Novembre 2016 (voir notre dossier « Dans les coulisses du vol inaugural de lanceur CZ-5« ), le CZ-3B était la fusée la plus puissante pour les lancements géostationnaires.

Il s’agit du 39ème lancement de cette fusée chinoise, qui totalise 38 succès et 1 échec. En effet, le premier tir du CZ-3B en Février 1996 fut un échec sanglant – le GNC de la fusée a dévié sa trajectoire par erreur et cette dernière s’est explosé en heurtant la montagne avec tout son ergol, qui a causé la mort de 6 personnes et devient l’incident le plus meurtrier de l’histoire de l’aérospatiale chinoise.

SJ-13

Le décollage du CZ-3B qui transportait le satellite SJ-13 (Photo : CASC)

Le reportage télévisé de cette mission de lancement sous le code 07-77 :

Deux messages aux navigants aériennes (NOTAM) ont été publié pour ce lancement qui signalent deux zones de retombée.

A0767/17
Q) ZPKM/QRTCA/IV/BO/W/000/999/2719N10808E026
A) ZPKM B) 1704121057 C) 1704121133
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N272200E1083650-N273125E1074313-N271528E1073948-N270603E1083315.
VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A0768/17
Q) ZXXX/QRTCA/IV/BO/W/000/999/2604N11413E016
A) ZGZU ZSHA B) 1704121058 C) 1704121144
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED
BY:N260808E1142921-N261444E1140013-N255858E1135553-N255223E1142456.
VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

SJ-13

La trajectoire du lancement et les deux zones de retombée en jaune.

 

Le satellite de communication expérimental SJ-13

Pour le premier satellite de communication HTS chinois, le SJ-13 d’une masse totale de 4 600 kg est développé à partir d’une plateforme DFH-3B, conçu pour une durée de vie de 15 ans.

Le satellite est doté d’une propulsion électrique, composée de 4 moteurs ioniques au xénon chinois LIP-200, qui sert dans le maintien orbital, alors que le changement d’altitude est toujours assuré par des moteurs à ergol chimique.

L’utilisation de ce nouveau type de propulsion va réduire fortement la masse d’ergol à emporter par un satellite. Seule une petite centaine de kg de xénon est nécessaire pour le maintien orbital du SJ-13 durant 15 ans, contre 675 kg de l’ergol classique auparavant.

La grande nouveauté du SJ-13 consiste en ses charges utiles multi-faisceaux en bande Ka, qui, selon plusieurs communiqués officiels, sont installées pour la première fois sur un satellite chinois. Elles permettent d’atteindre une capacité de plus de 20 Gbit/s, dépassant ainsi la capacité totale de tous les satellites de communication chinois réunis.

SJ-13

La couverture du satellite de communication SJ-13 en bleu clair.

Avec cette capacité de transfert, les passagers d’un avion de ligne peuvent bénéficier, par exemple, d’un réseau WiFi de 400 Mbps en débit descendant. Ce service va aussi pouvoir faire profiter ceux qui voyagent sur le vaste réseau ferroviaire chinois.

L’ingénieur en chef du satellite SJ-13 admet que 20 Gbit/s est encore loin des 80 voir 140 Gbit/s des autres satellites HTS occidentaux, mais explique que ce satellite est à usage partiellement expérimental. Donc une fois les essais réussis, l’équipe va franchir rapidement la barre de 100 Gbit/s.

Le SJ-13 va également mener une expérience inédite pour un satellite chinois en orbite géostationnaire, en réalisant des essais de communication bilatérale en laser à un débit de 2,4 Gbps.

Ce satellite est, toujours selon les communiqués, fabriqué 100% avec des composants chinois. Cela permet au pays d’être moins dépendant des pays étrangers pour certains composants clés.

Une fois l’ensemble des essais en orbite terminés, le satellite sera rebaptisé ChinaSat-16 et fournira des services de communication commerciaux pour une large zone représentant plus d’un tier de la Chine.

Il est à noter que la Chine va lancer un autre satellite de communication HTS expérimental, le SJ-18, au nouveau centre de lancement spatial de Wenchang.

Le lancement sera effectué par le lanceur lourd CZ-5 d’une capacité GTO de 13 tonnes, la seule fusée chinoise capable de mettre en orbite de transfert géostationnaire un satellite qui pèse dans les 7 tonnes.

Cette deuxième vidéo nous montre à quoi ressembler le SJ-18 :

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement du satellite de communication SJ-13 est le 4ème lancement spatial chinois en 2017, le 39ᵉ du lanceur CZ-3B, et le 246ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 236 succès et 10 échecs, soit un taux de réussite de 95,93%.

Voici le nombre et le statut de lancements spatiaux chinois effectués depuis 1970, incluant aussi ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

SJ-13

Tableau de suivi des lancements spatiaux chinois – Date : 2017-04-12

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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