Lancement de deux satellites de navigation Beidou 3

Depuis le lancement des premiers satellites expérimentaux Beidou 1 il y a 17 ans, en l’an 2000, le programme de positionnement et de navigation chinois vient de franchir une étape déterminante hier soir, en mettant en orbite terrestre moyenne (MEO) deux premiers satellites opérationnels du système à couverture mondiale Beidou 3, grâce à un lancement double avec la fusée CZ-3B au centre spatial de Xichang (XSLC).

Selon le plan du gouvernement chinois, cet équivalent de GPS américain, de GLONASS russe ou encore de Galiléo européen, composé de 5 satellites géostationnaires et 30 autres satellites, sera pleinement opérationnel dans le monde à compte de 2020. Le pays ambitionne aussi de finaliser l’établissement de son propre système PNT (Positioning, Navigation, and Timing) d’ici 2030.

 

Le lancement

Conçu par China Academy of Launch Vehicle Technology (CALT), filiale du groupe d’aérospatiale chinoise CASC, le CZ-3B est la variante la plus puissante parmi les lanceurs de la famille CZ-3A, tous pratiquement dédiés aux lancements de satellites en orbite géostationnaire.

Cette fusée de trois étages, qui mesure plus de 57 mètres de haut et 459 tonnes au décollage, est capable de placer 5 500 kg de charges utiles en orbite de transfert géostationnaire (GTO).

Avant l’arrivée du nouveau lanceur lourd CZ-5, qui vient d’échouer son deuxième lancement cette année malgré un vol inaugural plutôt réussi, les satellites de communication chinois ne pouvaient pas dépasser en masse la capacité d’emport du CZ-3B, sous peine de devoir se tourner vers une société de lancement spatial à l’étranger.

Pour pouvoir mettre en orbite MEO les deux satellites Beidou 3, le lanceur chinois a dû aussi faire appel à l’étage supérieur YZ-1, qui avait déjà été utilisé dans le lancement de quatre satellites expérimentaux de Beidou 3 en 2015 et 2016. La fusée, portant le numéro de série 46 (Y46), a décollé du centre XSLC à 19h45 heure locale.

Il est à noter que des modifications ont été apportées au CZ-3B après son précédent dysfonctionnement lors du lancement de satellite ZX-9A en Juin cette année, qui a été placé sur une orbite beaucoup plus basse que prévue, causant la perte d’environ dix ans de sa durée de vie.

Le rapport d’investigation indique que la défaillance du moteur de contrôle d’attitude pour le roulis du troisième étage était la cause principale de l’anomalie. Le processus de qualité dit « Remis à zéro » du groupe CASC a donc repoussé le lancement de ces deux premiers satellites officiels de Beidou 3, prévu initialement au mois de Juillet.

Un seul message aux navigants aériennes (NOTAM) a été publié pour prévenir la chute des débris. Compte tenu de l’orbite visée, la zone de retombée, probablement dédiée au premier étage du lanceur ou de la coiffe, se situe sur mer près de l’île de Haïnan, en mer de Chine méridionale.

Le gouvernement local de trois districts dans la province de Guangxi, situés près de la frontière sino-vietnamienne, avait également reçu des avertissements sur le risque de chute des quatre boosters dans leur région.

A3292/17
Q) ZJSA/QRTCA/IV/BO/W/000/999/1811N11117E033
A) ZJSA B) 1711051130 C) 1711051203
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N180540E1115053-N184350E1111900-N181640E1104331-N173836E1111528
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:SFC-UNL.
F) SFC G) UNL

Beidou

La zone de retombée en mer de Chine méridionale (Image : East Pendulum)

En plus de plusieurs stations sol en Chine et à l’étranger, le pays a également déployé trois de ses navires de suivi et de contrôle spatial Yuan Wang aux différents endroits dans l’océan Pacifique pour ce lancement. Il s’agit des bâtiments Yuan Wang 3, Yuan Wang 6 ainsi que son sistership Yuan Wang 7.

 

Les premiers satellites Beidou 3

Les communiqués institutionnels ont tous indiqué qu’il s’agit du 24e et 25e satellites de la constellation Beidou, ce qui est vrai si on ne prend pas en compte les quatre premiers satellites expérimentaux du début de programme, lancés par quatre fusées CZ-3A entre 2000 et 2007.

Beidou

Le satellite Beidou 3 conçu par l’institut CAST

On pourrait alors distinguer trois générations de satellites Beidou –

  • Beidou 1 : Composé de 4 satellites expérimentaux ne sont à priori plus opérationnels aujourd’hui
  • Beidou 2 : Composé de 16 satellites – 5 satellites MEO, 6 GEO et 5 IGSO – dédiés au système couvrant la région APAC
  • Beidou 3 : Composé aujourd’hui de 5 satellites expérimentaux (I1-S, I2-S, M1-S, M2-S et M3-S) et les deux premiers « officiels », pour la couverture mondiale

Les deux satellites Beidou 3 lancés hier sont conçus par l’institut CAST, filiale du groupe d’aérospatiale CASC. Contrairement aux satellites MEO de Beidou 2, qui utilisent la plateforme satellitaire DFH-3B, ces nouveaux satellites ont été développés sur une plateforme dédiée pesant 1 014 kg environ, avec une durée de vie théorique de 12 ans.

Chaque satellite est doté de deux horloges atomiques chinoises, l’une au rubidium d’une précision de classe E-14 et l’autre à hydrogène de classe E-15. L’institut 203 du groupe CASIC a fourni au moins une horloge de chaque type à l’un des satellites, mais il n’y a pas encore de confirmation pour connaître la provenance des autres horloges du deuxième satellite, si ce n’est qu’elles sont chinoises.

Aujourd’hui trois autres entités en Chine sont capables de concevoir et fabriquer des horloges à hydrogène, à savoir le SAST du groupe CASC, l’Observatoire astronomique de Shanghai de l’Académie chinoise des Sciences (CAS) et l’institut SIOM. Un autre institut de la CAS, Wuhan Institute of Physics and Mathematics (WIPM), ainsi que la division de Xi’an de l’institut CAST, travaillent également sur l’horloge au rubidium.

Pour réduire l’effort du segment sol au niveau la gestion des satellites, ceux de Beidou 3 sont équipés d’une antenne à balayage électronique pour permettre la communication entre eux. Chaque satellite est alors capable de communiquer en bande Ka avec les autres de la même constellation, et est doté également d’un système de diagnostic autonome en orbite.

Par rapport aux satellites de génération précédente, la précision du service de positionnement de Beidou 3 s’est largement améliorée pour atteindre 2,5 à 5 mètres en signal civil (B1C, B2a). Le système fournit également le service de SBAS (Satellite-based augmentation system) et SAR (Search And Rescue) suivant les normes internationales.

Les deux satellites lancés le 5 Novembre devraient rejoindre le même plan orbital que le M5 et M6 de Beidou 2, et le M3-S de Beidou 3. Deux autres satellites Beidou 3, conçus cette fois-ci par l’Académie chinoise des Sciences, sont encore attendus d’ici fin d’année.

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement double de satellites Beidou 3 est le 11ᵉ lancement spatial chinois en 2017, le 41ᵉ du lanceur CZ-3B, et le 253ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 242 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 95,65%.

Voici le nombre et le statut de lancements spatiaux chinois effectués depuis 1970, incluant aussi ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

Beidou

Tableau de suivi des lancements spatiaux chinois – Date : 2017-11-06

Henri K.

 

 

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Bonjour,

     » la zone de retombée, probablement dédiée au premier étage du lanceur, se situe sur mer près de l’île de Haïnan, en mer de Chine méridionale. »
    il s’agit plus probablement de la zone de retombée de la coiffe d’après les zones de retombées pour M1-S et M2-S le 25 juillet 2015

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