Lancement des satellites Beidou M9 et M10

Aujourd’hui à 01h56 du matin heure locale, la Chine a procédé à son 2e lancement spatial du mois et 9e de l’année, en mettant en orbite MEO deux satellites de navigation Beidou 3 baptisés respectivement MEO-9 et MEO-10.

Au terme d’un voyage qui a duré environ quatre heures, l’étage supérieur YZ-1, lancé à bord de la fusée CZ-3B Y48, a livré avec succès ses deux passagers sur une orbite circulaire de 21 535 km × 22 193 km × 54,966°, qui devraient se mettre en réseau avec les six autres satellites Beidou 3 à couverture mondiale déjà en place, une fois les tests terminés.

Il s’agit, selon les communiqués officiels, du 30e et 31e satellites de la constellation chinoise, ou encore du 7e et 8e de la nouvelle génération Beidou-3. Le plan prévoit encore cinq lancements double avant la fin d’année pour le système de positionnement et de navigation chinois, avec au total 18 satellites Beidou mis en orbite en une seule année 2018.

 

Le lancement

Conçu par China Academy of Launch Vehicle Technology (CALT), filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le CZ-3B est la variante la plus puissante parmi les lanceurs de la famille CZ-3A, tous pratiquement dédiés aux lancements de satellites en orbite géostationnaire.

Cette fusée de trois étages, qui mesure plus de 57 mètres de haut et 459 tonnes au décollage, est capable de placer 5 500 kg de charges utiles en orbite de transfert géostationnaire (GTO).

Avant l’arrivée du nouveau lanceur lourd CZ-5, qui vient d’échouer son deuxième lancement cette année malgré un vol inaugural plutôt réussi, les satellites de communication chinois ne pouvaient pas dépasser en masse la capacité d’emport du CZ-3B, sous peine de devoir se tourner vers une société de lancement spatial à l’étranger.

Pour pouvoir mettre en orbite MEO les deux satellites Beidou 3, le lanceur chinois a dû aussi faire appel à l’étage supérieur YZ-1, qui avait déjà été utilisé dans les lancements de quatre satellites expérimentaux Beidou 3 entre 2015 et 2016. L’heure exacte du décollage est affichée à 01:56:04.130 heure locale.

Un message aux navigants aériennes (NOTAM) a été publié pour signaler une zone de retombée en plein milieu de la mer de Chine méridionale pour les deux coiffes de la fusée. Le premier étage, quant à lui, est prévu de tomber dans une zone montagneuse en province de Guangxi.

A0903/18
Q) ZJSA/QRTCA/IV/BO/W/000/999/1811N11117E033
A) ZJSA B) 1803291741 C) 1803291820
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N180540E1115053-N184350E1111900-N181640E1104331-N173836E1111528
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:SFC-UNL. ALL ACFT SHALL BE FORBIDDEN
TO FLY INTO THE RESTRICTED AREA.
F) SFC G) UNL

Beidou

En plus de plusieurs stations sol en Chine et à l’étranger, le pays a également déployé un de ses navires de suivi et de contrôle spatial, Yuan Wang 3, aux différents endroits dans l’océan Pacifique pour ce lancement.

 

Les satellites Beidou 3

Les deux nouveaux satellites Beidou lancés hier sont le 7e et le 8e de la génération Beidou 3. Les communiqués institutionnels indiquent qu’il s’agit du 30e et 31e satellites de la constellation Beidou, ce qui est vrai si on ne prend pas en compte les quatre premiers satellites expérimentaux du début de programme, lancés par quatre fusées CZ-3A entre 2000 et 2007.

On pourrait alors distinguer trois générations de satellites Beidou –

  • Beidou 1, avec 4 satellites expérimentaux qui ne sont a priori plus opérationnels aujourd’hui
  • Beidou 2, avec 16 satellites dont 5 MEO, 6 GEO et 5 IGSO, tous dédiés au système couvrant la région APAC
  • Beidou 3, avec 5 satellites expérimentaux (I1-S, I2-S, M1-S, M2-S et M3-S) et les 8 premiers « officiels » pour la couverture mondiale

Deux institutions chinoises, CAST du groupe d’aérospatiale CASC et SECM de l’Académie chinoise des Sciences, ont été retenus pour concevoir les satellites Beidou 3 et c’est l’Institut SECM qui s’est chargé du développement des deux satellites MEO-9 et MEO-10 mis en orbite aujourd’hui.

Le gouvernement chinois a souhaité diversifier ainsi l’approvisionnement de satellites pour son système de navigation, considéré comme « stratégique » et « vital » pour le pays, et favoriser la concurrence et par la même occasion l’innovation pour le « Made in China ».

Beidou

Ces deux nouveaux Beidou 3 ont une masse individuelle de moins de 1 060 kg et une puissance supérieure à 1 700W, avec une durée de vie théorique de 10 ans. Selon la déclaration de l’Académie chinoise des Sciences, des horloges atomiques à hydrogène d’une plus grande précision ont été installées à bord de ces deux satellites Beidou, qui atteignent une précision de classe E-15, soit une erreur d’une seconde en 6 millions d’année.

Beidou

Le nombre de satellites Beidou lancés par génération et par an (Image : East Pendulum)

Quatre objets ont été répertoriés par NORAD dans l’espace après le lancement. Ils correspondent respectivement aux deux satellites Beidou, le 3ème étage ainsi que l’étage supérieur YZ-1.

2018-029A
1 43245U 18029A 18089.09457566 -.00000086 00000-0 10000-3 0 9995
2 43245 54.9959 43.2512 0115948 177.4457 308.7663 1.82907224 09

2018-029B
1 43246U 18029B 18089.08831911 -.00000086 00000-0 10000-3 0 9995
2 43246 54.9986 43.2550 0115133 177.9089 304.1606 1.82896533 01

2018-029C
1 43247U 18029C 18089.33820870 .00012778 67784-6 36499-3 0 9994
2 43247 54.9945 43.0034 5802936 170.4754 208.9847 4.42603918 20

2018-029D
1 43248U 18029D 18088.98065832 -.00000072 00000-0 00000+0 0 9996
2 43248 55.2486 43.3288 0092537 350.8706 58.4685 1.77418310 04

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement double de satellites Beidou 3 est le 9ᵉ lancement spatial chinois en 2018, le 45ᵉ du lanceur CZ-3B, et le 269ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 258 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 95,91%.

Voici le nombre et le statut de lancements spatiaux chinois effectués depuis 1970, incluant aussi ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche, et le nombre de lancements par centre spatial chinois –

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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