La mer, le J-20 et son viseur de casque…

14Nous savons depuis Février cette année que le J-20 est entré en service actif dans une unité de combat opérationnelle basée à l’Est de la Chine, qui serait la 9e brigade stationnée à Wuhu. Nous savons aussi que le J-20 est déployé sur la côte Est du pays parce que l’armée chinoise a besoin d’un « bélier » pour déchirer les toiles tissées par les forces aériennes japonaises et surtout américaines, qui « confinent » la Chine à l’intérieur de la première chaîne d’îles pour qu’elle ne puisse pas accéder aisément au Pacifique de l’Ouest.

Mais ce que nous n’attendons pas de si tôt, en revanche, est que l’armée de l’air chinoise a décidé dès maintenant d’envoyer ses J-20 en entraînement au dessus de la mer.

Selon un court communiqué officiel de l’armée chinoise, paru le 9 Mai sur tous les principaux médias du pays, les J-20 de l’armée de l’air se sont entraînés pour la première fois « en direction de la mer ». Le texte ne donne aucun élément détaillé mais le porte-parole de PLAAF indique que cela permet de renforcer les capacités de combat générales de l’armée de l’air chinoise, et montre que cette dernière est capable d’assumer son rôle à « sauvegarder la souveraineté nationale ainsi que la sécurité et l’intégrité territoriale ».

On ignore donc où se trouvait le lieu de cet entraînement, mais de toute évidence il devrait s’agir de la mer de Chine orientale, et plus précisément à l’intérieur de la zone d’identification défense aérienne (ADIZ) chinoise.

J-20

La base aérienne de Wuhu Jiujiang, où se base la 9e brigade de la PLAAF, et l’ADIZ chinoise (Image : East Pendulum)

Et on remarqueras deux choses intéressantes si l’on s’appuie maintenant sur les vidéos et les photos diffusées à l’occasion. Premièrement les J-20 n’ont pas évolué seuls dans cet entraînement mais plutôt accompagnés. On peut voir par exemple dans un bref passage que le pilote de l’un des J-20 a fait signe aux deux autres J-10A volants sur son flanc droit, ce qui n’est pas une surprise puisque si les premiers J-20 sont réellement affectés à la 9e brigade de Wuhu, alors il est tout à fait normal que l’on retrouve aussi des J-10A de la 8e brigade qui sont stationnés à Huzhou, dans la ville située juste à côté.

Mais la chose la plus intéressante que montre la publication de l’armée chinoise est que le pilote de J-20 en question porte désormais un viseur de casque très similaire au Striker II HMD (Helmet-Mounted Display) conçu par BAE Systems, alors que jusqu’à présent nous avons toujours vu les pilotes de J-20 portaient le casque léger TK-31.

Ce nouveaux casque de J-20 est caractérisé par la présence de nombreuses petites « bosses », qui sont en réalité des senseurs LED infrarouge permettant aux caméras installés dans le cockpit, derrière le siège, de calculer la position précise de la tête du pilote et ce quelque soit le mouvement de ce dernier. C’est l’une des technologies utilisées pour supporter la visée directe par l’orientation de la tête du pilote.

Si l’on sait encore peu sur ce viseur de casque – à part qu’il soit co-développé par Luoyang Institute of Electro-optical Equipment, filiale du groupe d’aéronautique chinois AVIC et connu aussi sous le nom de l’Institut 613 ou AVIC Optronics, et par East China Photo-electric Technology Research Institute – il semblerait qu’il soit déjà « partiellement » arrivé en France cette année même s’il n’a pas été remarqué en particulier.

En effet, on a retrouvé exactement la même forme de casque au stand d’AVIC Optronics lors de Laval Virtual 2018, qui est l’un des plus grands salons internationaux en matière de réalités virtuelles et réalités augmentées. Mais le casque a été présenté sous le nom du « système de suivi de positionnement de la tête » (Head Position Tracking System) et il est surtout dédié aux « contrôles intelligents » et aux « jeux 3D »…

En comparant les éléments exposés par AVIC Optronics à Laval et les images à notre disposition, on constate que la caméra à double objectifs du système de suivi est en fait installé en haut du siège éjectable de J-20.

Cela suggère que les appareils de série, en construction depuis 2015, en étaient déjà équipés, ce qui revient à dire que les J-20 sont prévus depuis le début à doter de viseur de casque et que le développement du produit en question est terminé bien avant 2015.

J-20

La caméra à double objectifs pour le calcul du positionnement de la tête de pilote est installé en haut du siège éjectable de J-20

A noter que le même viseur de casque avait déjà été présenté sous sa forme complète, dans un autre salon professionnel chinois, avec la projection sur visière par un affichage de guide d’ondes holographique et une caméra à vision nocturne sur le front. Mais sa référence et les performances sont gardées secrets.

On ignore donc si le nouveau casque de J-20 est capable de « voir » à travers la cellule, à l’image du celui prévu pour le F-35 américain, c’est à dire que les données visuelles en dessous de l’avion, récupérées par les différents capteurs déportés, sont directement projetées sur la visière du pilote afin de maximiser l’efficacité à travers tout le spectre des missions tactiques.

A suivre.

Henri K.

 

¹ Nos articles sur le chasseur chinois J-20 : ICI

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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