La marine chinoise étudie le décollage de drone sur tremplin

La marine chinoise serait en train d’étudier la possibilité de faire décoller un drone de plus de 13 tonnes sur ses porte-avions avec tremplin (STOBAR), si l’on croit à un document R&D publié par quatre de ses chercheurs en Mai 2016.

Dans cette étude intitulée « Reasearch on the Ski-Jump Taking off Performance for a UAV », une équipe de l’Université aéronautique et aérospatial de la marine chinoise a réalisé des simulations de décollage sur tremplin, pour un drone pesant 13 500 kg, sous différentes conditions de l’appareil et du porte-avions.

On apprend par exemple que quand le drone est décollé depuis la piste de 195 mètres (200 mètres dans l’étude) d’un porte-avions « semblable au Kuznetsov », autrement dit le 16 Liaoning ou bientôt son sistership Type 001A, et ce sous un vent de face de 10 m/s et une température de 15°C, il faudrait disposer d’un ratio T/W (Thrust-to-weight) minimum de 0,37 pour que le décollage se passe en toute sécurité.

D’autres paramètres pouvant impacter le décollage ont également été étudiés, comme la vitesse du vent sur le pont d’envol, la latitude où se trouve le porte-avions (la variation de la densité atmosphérique) et la température…etc.

Cette étude, financée directement par la NSFC (National Natural Science Foundation of China) du Conseil des affaires de l’État, a donné quelques recommandations qui « serviront à supporter en amont de phase la dotation des drones par les porte-avions ».  Elle recommande par exemple une vitesse de vent minimum de 20 kn sur le pont (obtenu soit par la vitesse du navire ou par la condition météorologique) pour sécuriser le décollage du drone, ou encore augmenter la poussée du moteur de drone lorsque le porte-avions se trouve dans une zone de latitude vers 40°N.

Mis à part les simulations techniques, on peut aussi noter deux points intéressants dans cette étude.

Premièrement, quel est ce drone qui a été utilisé comme modèle de référence pour établir les calculs et qui a une masse au décollage de 13 500 kg ? Ce chiffre sur sa masse, assez précis, ne semble pas être donné au hasard. On sait par exemple que le drone nEUROn a une masse MTOW de 7 000 kg, alors que le X-47B décolle au maximum à 20 215 kg.

Ce drone naval chinois cité dans l’étude est donc manifestement plus grand que le drone à aile volante Sharp Sword conçu par Shenyang.

Quant à son usage, le texte souligne dès l’introduction plusieurs missions possibles de drone naval, comme la frappe de longue portée, l’ISR ou encore l’ELINT pour appuyer les forces navales de surface et sous-marines, ainsi que dans les missions de défense côtière (??).

Le deuxième point intéressant réside dans les trois endroits étudiés par les chercheurs chinois – 40°N 120°E, 35°N 120°E et 20°N 120°E. En effet ils correspondent respectivement, à peu de chose près, à la base d’entraînement aéronaval de Xingcheng, à la base navale de Qingdao où se base le porte-avions Liaoning aujourd’hui, et au détroit de Bashi en mer de Chine méridionale. Ce dernier constitue l’une des deux principales sorties en Océan Pacifique pour l’armée de l’air et la marine chinoise.

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Les trois lieux étudiés par les chercheurs chinois sur l’influence de la latitude au décollage de drone sur tremplin

Il est à noter que si cette étude récente des chercheurs de la marine chinoise semble être la première en son genre, du moins parmi les documents non confidentiels et donc accessible au public, les recherches autour de drone naval en Chine ont commencés au moins depuis 1993, et celles sur l’appontage automatique de drone naval depuis 1994.

On peut voir ceci par rapport à la date que les documentaires universitaires ont été publiés, et aussi au nombre de publications par an. Bien entendu, ces chiffres ne sont probablement pas exhaustifs mais cela nous donne une première idée sur l’historique et l’effort employé sur ces sujets.

Il y a donc clairement une montée en puissance des recherches dans le domaine de l’appontage automatique durant ces 10 dernières années, chose qu’on a pu constater aussi dans certains événements organisés par les industriels chinois.

Par exemple, dans l’édition 2011 du « Grand prix international de l’innovation des drones » organisé par l’avioneur chinois AVIC, l’une des épreuves principales consiste à demander aux drones participants de larguer des « bombes » sur plusieurs cibles, puis apponter sur une maquette réduite de porte-avions, le tout en mode entièrement autonome.

Plusieurs universités et bureaux d’études chinois ont envoyé leur drones pour soulever le challenge. Deux entre eux, le mini drone à aile volante Tian Nu (天弩) de l’Institut 601 Shenyang, et le drone Yue Long (跃龙) de l’Institut 611 Chengdu, ont attiré beaucoup de regards.

On ignore pour le moment quand les porte-avions chinois STOBAR seront dotés de leur premiers drones à voilure fixe, mais plusieurs projets seraient actuellement en cours de développement chez différentes universités et industriels chinois.

L’un entre eux a déjà été vu sur une image satellite, devant les deux catapultes pour porte-avions – l’une à vapeur et l’autre en EMALS – qui se trouvent justement au centre d’entraînement aéronaval de Xingcheng de la marine chinois.

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Un drone de longue envergure devant les deux catapultes au centre d’entraînement de Xingcheng (Source : 星海军事)

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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