La confession du commandant de porte-avions Liaoning

« Je vous attends à bord de notre porte-avions… », c’est avec cette simple phrase que le contre-amiral LIU Zhe (刘喆), commandant du porte-avions 16 Liaoning, a clos une émission de télévision diffusée fin Août sur la chaîne CCTV-1.

Invité spécial de « La voix » (开讲啦), un programme de type conférence qui permet aux jeunes adolescents d’échanger en live avec une personnalité de la société, le Pacha du premier porte-avions de la marine chinoise a livré plusieurs détails dans les coulisses sur son parcours et aussi ceux du navire.

Voici quelques extraits…

 

Quand on aura notre porte-avions, je serai son commandant

« Je suis né dans une famille militaire », raconte LIU, « Depuis tout petit, les uniformes, le pas cadencé et les chants militaires ont toujours fait partie de ma vie ».

Après avoir obtenu son doctorat en stratégie à l’Académie militaire des Sciences, l’homme s’est intégré à la flotte de l’Est et a gravi petit à petit les échelons, de l’officier des opérations maritimes à l’officier staff, puis au poste du commandant adjoint de destroyer.

En 2005, LIU est affecté à bord de 525 Ma On Shan de classe Type 054, la plus avancée des frégates chinoises à l’époque, où il assure le commandement. Et c’est sous ce rôle qu’il a reçu à Shanghai, trois ans plus tard, en Août 2008, le flagship de la 7e flotte de l’US Navy USS Blue Ridge.

Durant la soirée qui a eu lieu sur le pont du navire-amiral américain, le futur commandant du porte-avions chinois a voulu trinquer avec son homologue de l’USS Blue Ridge, pour « la beauté de la ville de Shanghai ».

Ce dernier lui a répondu : « Trinquons aussi pour votre navire, capitaine. Même s’il est petit, il est quant même très joli. »

« J’avais eu envie de lui maudire », confesse le contre-amiral chinois.

« Mais regardons les choses en face, le mien déplace 2 000 tonnes, le sien 20 000, il n’a pas eu tort… Alors j’ai vidé mon verre, cul sec », raconte LIU, non pas sans ironie, « J’ai donc eu l’idée que quand on aura un navire plus grand que le sien, quand on aura un porte-avions, je veux être le commandant de ce bâtiment. »

« Et je ne pensais pas que c’est réellement arrivé… »

 

Si vieux, si pitoyable…

Fin 2009, un peu plus d’un an après l’amusante histoire sur le pont de l’USS Blue Ridge, la marine chinoise a fondé sa première unité de porte-avions.

Plusieurs milliers de personne venant des quatre coins du pays se sont rassemblés à Dalian, où le vieux navire rouillé, appelé encore Varyag à l’époque, a entamé ses travaux de transformation.

Arrivés sur les lieux, LIU Zhe et d’autres jeunes matelots n’ont pas été autorisés à s’approcher du navire, les règles de confidentialité de défense obligent. Ils se sont alors déguisés en touriste pour observer de loin leur futur porte-avions.

« Il avait l’air si petit et couvert de rouille. Au premier regard il semblait si vieux, et surtout dans un état réellement pitoyable », le Pacha de Liaoning se rappelle encore de sa première rencontre avec le navire, « Un jeune camarade n’a pas su se retenir et se demandait si le navire sera capable de manœuvrer après, vu son état. Je lui ai demandé de la boucler, mais moi-même je n’ai pas senti rassuré non plus, pas à cette époque. »

Porte-avions

Ex-Varyag

Après le nouvel an chinois en 2010, le futur équipage a été demandé d’aller aider les ouvriers dans les travaux. LIU est alors monté pour la première fois à bord de ce navire de plus de 50 000 tonnes.

« Je n’ai pas passé par une porte pour y monter, mais par un trou que les techniciens avaient découpé dans la coque pour que les gens puissent entrer. Il faisait sombre, le système d’éclairage n’était pas installé, il y avait de la poussière partout », indique LIU, « Mais même si je n’avais pas su trouver le pont d’envol au bout de deux heures, cette visite m’a quant même rassuré. J’ai enlevé la rouille sur quelques plaques d’acier avec mes gants, et c’était brillant en dessous, j’ai donc l’impression que la coque est en fait encore dans un très bon état. »

En Août 2011, le porte-avions Liaoing, inachevé depuis la chute de l’URSS, a effectué son premier essai à la mer. Un événement qui a été suivi par des millions d’amateur chinois comme étant un symbole, une page vient de se tourner pour leur marine.

 

Premier appontage sur le porte-avions Liaoning

« Le tout premier appontage sur le Liaoning, mon seul souvenir est qu’il faisait très froid », se rappelle LIU, « Ce n’était pas uniquement à cause du vent glacial de la baie du Bohai, mais parce que j’étais stressé. »

Alors commandant adjoint du porte-avions à cette époque, il se trouvait à l’extérieur de la passerelle de navigation lors de cet événement majeur pour la construction des forces aéronavales chinoises.

« Toutes les équipes de sauvetage étaient sur le pont d’envol et se tenaient prêts. Je n’arrêtais pas de me dire que tout allait bien se passer, mais mon cerveau était déjà en train de répéter les plans de secours au cas où ça tournerait mal ».

Le 23 Novembre 2012, le pilote DAI Ming Meng et son avion, un prototype de J-15 immatriculé 552, s’est posé avec succès sur le pont d’envol du porte-avions Liaoning, un premier historique pour la marine chinoise. On était à moins de deux mois de l’admission au service actif du bâtiment.

« Un silence de cathédrale régnait sur le pont, les gens n’ont pas réagi tout de suite. Quand les moteurs sont enfin éteints et DAI s’est levé du cockpit pour saluer l’équipage, tout le monde s’est réveillé d’un coup et s’est rué sur lui et l’appareil. »

« Je me suis retourné alors dans la passerelle et j’ai vu mon Pacha, il s’appelle ZHANG Zheng. Je lui ai demandé, mon Commandant, avez-vous vu l’appontage de tout à l’heure ? »

« Il m’a répondu, non, j’ai seulement vu le vent bougé… »

En Mai 2016, LIU Zhe remplace le contre-amiral ZHANG Zheng et devient le nouveau capitaine du porte-avions Liaoning.

Porte-avions

L’appontage de l’appareil 552, l’un des sept prototypes de J-15, sur le porte-avions Liaoning

Aujourd’hui, tous les nouveaux membres d’équipage affectés sur Liaoning sont invités systématiquement à assister à un appontage quand ils montent à bord, et un autre appontage lorsqu’ils quittent définitivement le bâtiment.

« C’est un souvenir unique et de gloire exclusive, propre à notre unité, que l’on veut partager avec chacun de nos hommes et femmes. »

 

J’ai appris comment pouvoir manger un morceau de viande

Si vous demandez quelle était la première chose que LIU a appris dans l’armée, il te répondra « manager de la viande ».

« Quand j’étais petit, j’ai toujours voulu être un commandant de la compagnie d’infanterie, j’ai trouvé ça cool », raconte le commandant du porte-avions Liaoning, « Après mes études à l’université, j’ai donc rejoint une compagnie de titre honorifique. »

Porte-avions

Le commandant du porte-avions Liaoning, LIU Zhe, dans l’émission « La voix » (Image : CCTV)

« Lors de mon premier repas, je n’ai pas réussi à manger ne serait-ce qu’un seul morceau de viande », se rappelle LIU de ce passage de sa vie après son diplôme à l’université People’s Public Security University of China, « Un vétéran m’a alors appris comment il fallait le faire : Attraper un premier morceau et le mettre tout de suite dans mon bol, dès lors que le plat est servi à table, puis prendre un deuxième et le mettre tout de suite dans la bouche, et enfin un troisième entre les baquettes. »

« A cette époque, même quelqu’un si expérimenté que lui n’a jamais réussi à manger un quatrième morceau… »

Une histoire qui paraît drôle mais qui cache une triste réalité à la fin des années 90′ – le budget militaire chinois était au strict minimum depuis une décennie pour que le pays puisse se concentrer uniquement sur ses développements économiques. Nombreuses sont les unités qui étaient obligés de faire du commerce pour survivre.

« J’ai voulu alors regarder les problèmes militaires sous un autre angle, un angle économique, et j’ai appris que tout problème d’économie militaire, tout problème logistique, n’est en fait qu’une question de stratégie en fin de compte. »

A suivre…

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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