La Chine rate le lancement du satellite ZX-9A

Pour son 7ème lancement spatial en 2017 et à peine trois jours après le précédent, la Chine n’est malheureusement pas parvenue à mettre en orbite cible le satellite de communication ZX-9A, aussi appelé ChinaSat-9A ou Sino-4.

Le satellite, bien que toujours en état normal avec ses antennes et panneaux solaires déployés, a été injecté sur une orbite plus basse de près de 20 000 km.

Les premiers calculs approximatifs montrent que la durée de vie du satellite pourrait être amputée de deux tiers, soit plus de 10 ans environ, en utilisant son propre propergol pour rehausser l’orbite. Et la double peine est quand on sait qu’une partie des transporteurs du satellite sera normalement affectée à la couverture de toute la mer de Chine méridionale pour les installations chinoises.

Sachant que le même lanceur utilisé pour ce tir, CZ-3B, est prévu d’être largement employé cette année pour le lancement double de 6 à 8 satellites de navigation Beidou-3 et aussi de nombreux satellites de communication chinois, cet échec (*) de lancement pourrait donc provoquer quelques perturbations dans le planning des lancements chinois d’ici fin d’année, le temps que l’origine de l’incident soit investigué et corrigée.

 

Le lancement

Conçu par China Academy of Launch Vehicle Technology (CALT), filiale du groupe d’aérospatiale chinoise CASC, le CZ-3B est la variante la plus puissante parmi les lanceurs de la famille CZ-3A, tous pratiquement dédiés aux lancements des satellites en orbite géostationnaire.

Cette fusée de trois étages, qui mesure plus de 57 mètres de haut et 459 tonnes au décollage, est capable de placer 5 500 kg de charges utiles en orbite de transfert géostationnaire (GTO).

Avant l’arrivée du nouveau lanceur lourd CZ-5, qui a réussi tant bien que mal son vol inaugural en Novembre 2016 (voir notre dossier « Dans les coulisses du vol inaugural de lanceur CZ-5« ), les satellites de communication chinois par exemple ne pouvaient pas dépasser en masse la capacité d’emport du CZ-3B, sous peine de devoir se tourner vers une société de lancement spatial à l’étranger.

Et pour ce 40ème vol de CZ-3B qui aurait dû placer le satellite ZX-9A sur une orbite GTO standard, le lanceur chinois a libéré son passager sur une orbite beaucoup plus basse, à 16 358 km d’apogée au lieu de 35 768 km, selon les données TLE de NORAD.

CHINASAT 9A
1 42763U 17035A 17170.08639090 .00000353 -41347-6 00000-0 0 9996
2 42763 25.6794 146.5438 5515490 178.4161 338.2445 4.89433839 27

CZ-3B R/B
1 42764U 17035B 17170.20314865 .00160426 -44439-6 30927-2 0 9997
2 42764 25.6840 146.4458 5515408 178.5626 184.2440 4.89539710 105

Le Δv pour rehausser l’orbite de ZX-9A est estimé à environ 543 m/s, soit l’équivalent de près de 11 ans d’ergol. La durée de vie du satellite, prévue initialement à 15 ans, se verrait alors réduire à seulement moins de 5 ans.

ZX-9A

Un badge de visiteur sur lequel mentionne le code de ce lancement : 07-79

Une source proche du dossier indique d’ailleurs que le satellite a déjà procédé aux manœuvres et a rehaussé son apogée de 10 000 km hier midi.

Le communiqué officiel du groupe d’aérospatiale chinoise CASC, constructeur du lanceur et du satellite, mentionne simplement une anomalie au niveau du 3ème étage de la fusée, sans donner plus de détail.

Mais une source interne indique que l’institut China Academy of Aerospace Electronics Technology (CAAET), filiale du CASC qui s’occupe des systèmes GNC des lanceurs Longue Marche, serait remis en cause dans une première enquête préliminaire. Cela revient à dire que la partie matériel ne serait pas à l’origine des anomalies mais uniquement la partie logiciel, mais tout cela reste à confirmer.

Cette information concorde aussi avec l’analyse d’un ingénieur de CASC qui a eu l’accès direct à l’écran du centre de contrôle de vol. Sur son compte de Weibo (l’équivalent de Twitter en Chine), le contrôle d’attitude du 3ème étage est montré du doigt et semble avoir présenté des anomalies, et ce probablement avant le deuxième allumage du moteur cryotechnique.

En attendant de connaître la cause définitive, on sait tout de même que trois messages aux navigants aériennes (NOTAM) avaient été publiés pour signaler la zone de tir et deux zones de retombée.

A1423/17
Q) ZPKM/QRTCA/IV/BO/W/000/999/2815N10201E011
A) ZPKM B) 1706181601 C) 1706181636
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED WITHIN A CIRCLE
CENTERED AT N2815E10201 WITH RADIUS OF 20KM, VERTICAL LIMITS:
GND-UNL.
F) GND G) UNL

A1424/17
Q) ZPKM/QRTCA/IV/BO/W/000/999/2719N10808E026
A) ZPKM B) 1706181604 C) 1706181640
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED
BY:N272200E1083650-N273125E1074313-N271528E1073946-N270603E1083315
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A1436/17
Q) ZXXX/QRTCA/IV/BO/W/000/999/2604N11413E016
A) ZGZU ZSHA B) 1706181605 C) 1706181651
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N260808E1142921-N261444E1140013-N255858E1135553-N255223E1142456
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

La trajectoire au sol du lancement de ZX-9A

 

Le satellite de communication ZX-9A

 

ZX-9A

La plateforme DFH-4, la même utilisée par le satellite ZX-9A.

La « malchance » d’être mis sur une mauvaise orbite semble être cohérente, finalement, avec le parcours du satellite ZX-9A depuis sa naissance.

En effet, le satellite était né il y a plus de 10 ans sous le nom de Sino-4, conçu pour remplacer le Sino-2 qui a échoué le deuxième déploiement de ses panneaux solaires. Son lancement était initialement prévu en 2008 et devrait être fixé à 92,2°E.

ZX-9A

La couverture prévue du satellite ZX-9A

Mais la réalité est que ce satellite de communication, doté de 22 transpondeurs en bande Ku, n’a jamais été lancé après sa construction, faute de l’aval des autorités (notamment de GAPPRFT). En 2011, une source indique même que le satellite a été démantelé et nombreux composants « empruntés » par les autres projets.

Le « nouveau » ZX-9A utilise aujourd’hui une plateforme satellitaire DFH-4 conçu par l’institut CAST, également filiale du groupe CASC. Le satellite pèse plus de 5 tonnes et dispose de 24 transpondeurs BSS à bande Ku, soit deux de plus que l’ancien.

Une partie de ses capacités en radiodiffusion est normalement dédiée à la zone de mer de Chine méridionale. Elle devrait permettre aux installations chinoises sur les îles disputées de bénéficier des services de télévision par satellite.

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement du satellite de communication ZX-9A est le 7ème lancement spatial chinois en 2017, le 40ᵉ du lanceur CZ-3B, et le 249ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 238 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 95,58%.

Voici le nombre et le statut de lancements spatiaux chinois effectués depuis 1970, incluant aussi ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

ZX-9A

Tableau de suivi des lancements spatiaux chinois – Date : 2017-06-20

Henri K.

 

(*) le lancement est considéré ici comme un échec mais pas la mission, puisque le satellite peut encore être « sauvé ».

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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