La Chine lance le 3e triplet de satellites militaires YG-30

Le compteur s’est finalement arrêté au chiffre 18, contrairement à « plus de 20 lancements spatiaux » de prévu initialement. C’est au centre spatial de Xicheng (XSLC) que la Chine a effectué, hier le jour du Noël à 19h44 UTC, son 18e et dernier lancement de l’année pour mettre en orbite basse un nouveau triplet militaire de renseignement électronique YG-30.

C’est le 3e trio de la même constellation que le lanceur CZ-2C a placé dans l’espace en moins de trois mois, rappelons que le premier et le deuxième groupe ont été lancés respectivement le 29 Septembre et le 25 Novembre.

Si l’idée de dire qu’il s’agisse d’une nouvelle génération de satellites SIGINT pour trianguler des émissions électromagnétiques et géolocaliser des cibles navales sur les océans paraissait valide au début, notamment avec les premières coordonnées de ces satellites publiées peu après leur lancements, l’analyse plus approfondie sur les données « définitives » dont notre collègue Clément a mené dans son dossier « La mystérieuse constellation Yaogan-30 » semble vouloir suggérer différemment.

 

Le lancement

Conçu par l’Académie chinoise de technologie des lanceurs (CALT), filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le CZ-2C est un lanceur de deux étages à ergols liquides spécialisé dans les lancements en orbite basse (LEO) et en orbite héliosynchrone (SSO).

Il s’agit d’un lanceur de « vieille » génération utilisant des propergols hypergoliques, qui fait 43,72 mètres de haut et 245 tonnes au décollage, et capable de placer jusqu’à 3 300 kg en orbite LEO circulaire 300 km × 29° depuis le centre spatial de Xichang (XSLC).

Treize satellites chinois avec capsule de retour, des satellite américains Iridium, ainsi que plusieurs satellites militaires et expérimentaux chinois ont déjà été lancés grâce au CZ-2C, qui totalise aujourd’hui 42 succès sur 43 missions de vol rendues publiques.

Le seul échec du lanceur date du 18 Août 2011 durant le lancement du satellite militaire SJ-11-04. Une défaillance mécanique du 2e étage serait mise en cause.

Le CZ-2C est également employé comme fusée porteur pour différents engins militaires, comme le planeur hypersonique DF-ZF pour ses sept derniers essais. Ce qui n’est pas surprenant en soi quand on sait qu’elle est dérivée directement du missile ICBM chinois DF-5.

Le lancement du triplet YG-30 Groupe 03 (遥感30号03组) a eu lieu ce mardi 26 Décembre à 03:44:05.269 heure locale précisément (toujours le 25 en Europe à cause du décalage horaire), sur le pas de tir n°3 de XSLC. Ce pas de tir qui a l’habitude d’accueillir des fusées plus grandes telles que les CZ-3 va rester dans cet état technique, configuré pour supporter le CZ-2C, au moins jusqu’au Nouvel An chinois en 2018.

Selon un communiqué de l’Institut CALT, le lanceur CZ-2C sera utilisé l’année prochaine dans plusieurs lancements et à différents centres spatiaux. Le texte a cité par exemple le satellite océanique franco-chinois CFOSAT (Chinese-French Oceanic SATellite) et un satellite de télédétection pakistanais.

Le CZ-2C est d’ailleurs la fusée ayant déjà été lancée depuis les trois centres spatiaux chinois TSLC, JSLC et XSLC (mais pas encore au WSLC, le nouveau et 4e centre spatial chinois sur l’île de Haïnan).

Tout comme pour le premier lancement en triplet il y a deux mois, les concepteurs de CZ-2C ont conçu un nouveau support sous la coiffe pour fixer les trois satellites. Cette nouvelle configuration va être intégrée d’ailleurs au plan « V4.0 » que l’institut CALT a prévu pour prolonger la carrière déjà très longue de la fusée.

L’objectif est de réduire davantage le cycle de préparation de CZ-2C et fait de lui un vecteur fiable, réactif et très bon marché pour les petits satellites, notamment ceux qui sont trop grands pour les nouveaux lanceurs à ergol solide comme le CZ-11 et KZ-1A.

Contenu de la situation géographique du centre XSLC qui entre dans la saison de vent fort à haute altitude, les ingénieurs ont également reprogrammé le système GNC pour pallier ce problème, plus d’autres qui viennent du taux d’humidité plus élevé dans une région très orageuse.

Le lancement du trio YG-30 Groupe 03 a été également l’occasion pour les équipes de CALT et de XSLC d’expérimenter le remplissage simultané du 1er et du 2e étage du lanceur. L’objectif est de réduire davantage le cycle de préparation et augmenter ainsi le nombre de tirs que peuvent effectuer sur le même pas de tir.

On remarquera que la date du lancement avait été prévue pour le 26 Décembre à 19h12 UTC, mais le tir a finalement été avancé d’une journée au 25. Un seul message aux navigants aériens a été créé pour signaler une zone de retombée située au plein centre de la province de Guizhou très montagneuse.

A3878/17
Q) ZPKM/QRTCA/IV/BO/W/000/999/2647N10713E015
A) ZPKM B) 1712251942 C) 1712252002
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N263510E1072251-N264300E1065708-N265820E1070259-N265028E1072844
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

YG-30

La direction du vol et les zones de retombée signalées pour le lancement de YG-30 Groupe 03 (Image : East Pendulum)

Selon les données de NORAD, les trois satellites ont été injectés sur une orbite de 590 km × 604 km × 35°, d’une périodicité de 96,62 min.

YAOGAN-30G
1 43081U 17085A 17360.02213664 -.00000027 00000-0 00000+0 0 9997
2 43081 35.0004 4.7768 0010203 297.3726 164.1712 14.90397315 31

YAOGAN-30H
1 43082U 17085B 17360.02166803 -.00000027 00000-0 00000+0 0 9990
2 43082 35.0004 4.7842 0010466 299.4361 159.5688 14.90394545 25

YAOGAN-30J
1 43083U 17085C 17360.02259793 -.00000027 00000-0 00000+0 0 9992
2 43083 35.0009 4.7706 0008609 285.9297 178.0654 14.90331057 33

A noter que le navire de suivi et de contrôle spatial Yuan Wang 3 a été déployé au sud de Fidji pour assurer une partie de la mise en orbite de YG-30 depuis le sud de l’océan Pacifique.

 

YG-30, une nouvelle constellation SIGINT à haute revisite ?

Tout comme les deux premiers triplets lancés en Septembre et Novembre cette année, ce nouveau YG-30 Groupe 03 est conçu par le Shanghai Engineering Center for Microsatellites (SECM), filiale de l’Académie chinoise des Sciences. On notera que le SECM a donné un autre nom à ces satellites, Chuang Xin 5 (CX-5, 创新5号), qui veut dire « Innovation 5 » en chinois.

YG-30

Les trois satellites de la constellation YG-30 Groupe 02 (Image : CCTV)

On pensait initialement qu’il s’agirait des satellites de reconnaissance SIGINT pour déterminer la position des flottes navales en basant sur leurs émissions électromagnétiques, et de suivre les mouvements de celles-ci, à l’instar des autres trios chinois YG-9, YG-16, YG-17, YG-20 et YG-25, lancées entre 2010 et 2014 et placées sur des orbites de 1 100 km × 1 100 km × 63°.

Mais notre collègue Clément a remarqué que les satellites de triplet YG-30 Groupe 01 et Groupe 02 ne volent pas en formation serrée, espacés de quelques dizaines de kilomètres, mais plutôt placés à 120° les uns des autres, trop espacés pour pourvoir trianguler des signaux.

En revanche, la faible inclinaison de ces nouveaux satellites laisse penser qu’ils sont plutôt dédiés à la surveillance des zones de basse latitude (N35° à S35°), comme l’océan Indien, la mer de Chine méridionale et la mer des Philippines par exemple, et permettra d’accroître la période de revisite et améliorer donc l’efficacité de la surveillance de ces régions priorisées.

Les calculs de Clément montrent qu’avec trois triplets donc un total de neuf satellites, 19 passes par tranche de 24h pourront être réalisées pour un site à la latitude de Taipei (25° Nord). Et ce sont des passes avec moins de 45° de dépointage, ce qui veut dire que l’angle de vue est relativement proche de la verticale et donc que les passes sont exploitables pour un satellite d’imagerie. Si l’on prend en compte un dépointage maximal de 85°, ce qui reste exploitable pour un satellite d’écoute électronique, alors il y a jusqu’à 54 passes par 24h, et les trous dans la couverture fournie par la constellation durent au plus 22 minutes. Il y a donc une couverture quasi constante.

YG-30

Couverture estimée des trois triplets YG-30 (Image : satelliteobservation.wordpress.com)

Mais on devrait attendre des éléments futurs pour confirmer si ces trois groupes de satellite YG-30 sont effectivement des satellites dédiés aux « expériences techniques sur l’environnement électromagnétique en orbite », ce qui est un euphémisme pour désigner l’écoute électronique militaire, ou des satellites d’imagerie comme suggérés par certains analystes.

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement de YG-30 Groupe 03 est le 18ᵉ et dernier lancement spatial chinois en 2017, le 44ᵉ pour le lanceur CZ-2C, et le 260ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 249 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 95,77%.

Voici le tableau de suivi de tous les lancements spatiaux chinois effectués depuis le premier en 1970, incluant ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

YG-30

Tableau de suivi des lancements spatiaux chinois – Date : 2017-12-26

Henri K.

 

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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