La Chine lance avec succès le triplet militaire YG-30

Beaucoup la surnommaient la mission de « Come-back » à ne pas rater après une série noire du secteur d’aérospatiale chinois – d’abord une anomalie du lanceur CZ-3B qui a mis le satellite de communication ChinaSat-9A sur une orbite de transfert beaucoup plus basse, réduisant grandement la durée de vie de ce dernier, puis l’échec total du deuxième vol de qualification du nouveau lanceur lourd CZ-5, entraînant la perte du satellite géostationnaire SJ-18 de 7 500 kg – on comprend donc pourquoi toute la pression était sur les épaules des équipes de la fusée CZ-2C, ce vendredi 29 Septembre, lors de la mission de lancement à Xichang pour placer une mystérieuse charge en orbite LEO, baptisée plus tard les satellites YG-30 Groupe 01, un triplet de petits satellites appartenant à priori à l’armée chinoise.

Et le vieux lanceur CZ-2C, le jumeau civil du missile intercontinental chinois DF-5 dont le premier vol remonte à il y a 35 ans en Septembre 1982, n’a pas fait défaut à ce moment crucial et a permis aux industriels chinois de renouer avec le succès, qui réussissaient pourtant pratiquement tous qu’ils entreprennent dès le premier coup ces dernières années.

Il n’est donc pas surprenant de voir l’institut CALT, l’un des principaux constructeurs de fusée spatiale chinois et aussi celui du CZ-2C, intituler son article après le succès du lancement : « La réussite, notre foi ».

 

Le lancement

Conçu par l’Académie chinoise de technologie des lanceurs (CALT), filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le CZ-2C est un lanceur en ergol liquide à deux étages spécialisé dans les lancements en orbite basse (LEO) et en orbite héliosynchrone (SSO).

Il s’agit d’un lanceur de « vieille » génération faisant 43,72 mètres de haut et 245 tonnes au décollage, capable de placer jusqu’à 3 300 kg en orbite LEO circulaire 300 km × 29° depuis le centre spatial de Xichang (XSLC).

13 satellites avec capsule de retour, des satellite Iridium, ainsi que plusieurs satellites militaires et expérimentaux ont déjà été placés en orbite grâce au CZ-2C, qui totalise aujourd’hui 41 succès sur 42 missions.

Le seul échec du lanceur date du 18 Août 2011 dans le lancement du satellite militaire SJ-11-04 à cause d’une défaillance mécanique du 2e étage.

La fusée est également employé comme porteur pour les différents engins militaires comme le planeur hypersonique DF-ZF. Ce qui n’est pas surprenant en soi quand on sait qu’elle est dérivée directement du missile ICBM chinois DF-5.

Le lancement du triplet YG-30 Groupe 01 a eu lieu le vendredi 29 Septembre vers 12h21 heure locale, au pas de tir n°3 de XSLC. C’est la première fois depuis 13 ans que la fusée soit décollé au centre XSLC, ce qui fait que les équipes actuelles du centre sont très peu familiers avec le CZ-2C.

Pour cela, les équipes de CALT se sont déplacés cinq fois au XSLC pour coordonner les activités d’intégration avec les équipes locales.

Le CZ-2C est d’ailleurs le seul lanceur ayant déjà été lancé depuis les trois centres spatiaux chinois TSLC, JSLC et XSLC (mais pas encore au WSLC, le nouveau et 4e centre spatial chinois sur l’île de Haïnan).

YG-30

Le décollage du CZ-2C au centre spatial de Xichang (Photo : CASC)

Pour son premier lancement triple, les concepteurs de CZ-2C ont conçu un nouveau support sous la coiffe. Cette nouvelle configuration va intégrer au plan « V4.0 » que l’institut CALT a prévu pour prolonger la carrière déjà très longue de la fusée.

L’objectif est de réduire davantage le cycle de préparation de CZ-2C et fait de lui un vecteur fiable, réactif et très bon marché pour les petits satellites, notamment ceux qui sont trop grands pour les nouveaux lanceurs à ergol solide comme le CZ-11 et KZ-1A.

Contenu de la situation géographique du centre XSLC qui entre dans la saison de vent fort à haute altitude, les ingénieurs ont également reprogrammé le système GNC pour pallier ce problème, plus d’autres qui viennent du taux d’humidité plus élevé dans une région très orageuse.

Un seul message aux navigants aériens a été créé pour signaler une zone de retombée située au plein centre de la province de Guizhou très montagneuse.

A2966/17
Q) ZPKM/QRTCA/IV/BO/W/000/999/2647N10713E015
A) ZPKM B) 1709290413 C) 1709290435
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N263510E1072250-N264301E1065708-N265820E1070259-N265028E1072844
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A noter que l’un des navires de contrôle et de suivi spatial chinois, Yuan Wang 3, a été déployé en océan Pacifique, près de Fidji et la Nouvelle Calédonie, lors de cette mission de lancement.

Cette sortie survient après une longue période de travaux MLU portés à ce bâtiment de plus de 20 000 tonnes.

 

Le mystérieux triplet YG-30 Groupe 01

Le mystère du triplet YG-30 Groupe 01 (遥感三十号01组) vient non seulement du peu d’information communiqué à son sujet, mais également à son nom.

En effet, bien que nous savons pertinemment que les noms YG, Yao Gan qui veut dire « Télédétection » en chinois, ne sont que des pseudos et ne sont en aucun cas leur vrais noms internes, à l’instar des satellites « Cosmos » de la Russie, mais le nom YG-30 avait en fait déjà été utilisé une fois, qui plus est récemment, en Mai 2016 pour désigner un satellite de reconnaissance optique militaire, connu sous la référence NORAD 41473.

Et l’orbite basse circulaire des trois satellites YG-30 Groupe 01, 600 km × 600 km × 35°, ne correspond en rien à celle du YG-30 du mois de Mai l’année dernière. Ils n’ont donc à priori aucun lien apparent.

Quant à son rôle, le communiqué officiel indique simplement qu’il s’agit d’une constellation pour « étudier l’environnement électromagnétique de l’espace ».

L’image de synthèse affichée à l’écran du centre de contrôle BACC à Pékin montre trois satellites identiques, pointant ses capteurs vers le sol et disposant une paire de panneaux solaires.

Les premières analyses basant sur cette image et l’orbite circulaire basse inclinée à 35° laissent penser qu’il s’agisse d’une constellation ELINT qui s’adresse essentiellement à la large zone regroupant la mer de Chine orientale jusqu’à la mer de Chine méridionale, et pourrait venir compléter les cinq autres constellations de suivi des cibles navals (par exemple les porte-avions) YG-9, YG-16, YG-17, YG-20 et YG-25, lancés entre 2010 et 2014, qui eux sont sur des orbites 1 100 km × 1 100 km × 63°.

Selon un courrier envoyé par l’Académie chinoise des Sciences à sa filiale Shanghai Engineering Center for Microsatellites, qui est responsable du projet de YG-30 Groupe 01, le développement aurait duré trois ans pour ces satellites d’une importance « capitale ».

On sait également que les satellites sont arrivés au XSLC pour intégration le 21 Août, soit 39 jours avant le lancement.

Si l’on s’appuie maintenant sur la capacité du lanceur CZ-2C depuis le centre XSLC et l’orbite visée par la constellation YG-30 Groupe 01, on en déduit que les trois satellites chinois pèsent moins de 3 000 kg, dont moins d’une tonne chacun.

YG-30

La capacité d’emport de la fusée CZ-2C lancée depuis le centre spatial XSLC (Image : CASC)

Les premiers TLE indiquent quatre objets mis en orbite, dont le deuxième étage du lanceur CZ-2C (2017-058D).

2017-058A
1 42945U 17058A 17272.83117286 -.00000027 00000-0 00000+0 0 9999
2 42945 35.0025 44.8859 0005827 227.3099 132.7078 14.90411403 109

2017-058B
1 42946U 17058B 17272.76419240 -.00000027 00000-0 00000+0 0 9997
2 42946 35.0001 45.2854 0005789 233.1729 126.8442 14.90397432 98

2017-058C
1 42947U 17058C 17272.83120765 -.00000027 00000-0 00000+0 0 9997
2 42947 35.0023 44.8852 0005579 229.0303 130.9923 14.90337793 99

2017-058D
1 42948U 17058D 17272.83556616 -.00000023 00000-0 00000+0 0 9992
2 42948 34.9300 44.8317 0067998 257.5640 101.7742 14.79578176 77

Les quatre objets mis en orbite dans le lancement du 29 Septembre 2017.

 

Statistique historique

Ce lancement est le 9ᵉ lancement spatial chinois en 2017, le 42ᵉ pour le lanceur CZ-2C, et le 251ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 240 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 95,62%.

Voici le tableau de suivi de tous les lancements spatiaux chinois effectués depuis le premier en 1970, incluant ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

YG-30

Tableau de suivi des lancements spatiaux chinois – Date : 2017-09-29

Henri K.

 

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<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

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