La Chine lance 6 missiles ASBM vers la mer de Chine méridionale

On commence à avoir des détails sur les tirs récents de missile balistique anti-navire chinois vers la mer de Chine méridionale, qui ont eu lieu le lundi 1er Juillet au sud de la Chine.

Révélés d’abord par le média américain CNBC avant d’être confirmés par la Pentagone, ces lancements d’ASBM de la Force des fusées chinoise concernent finalement six missiles qui ont frappé deux zones différentes dans la mer. L’identification du modèle exact utilisé dans ces tirs est toujours en cours.

Le texte de CNBC, publié le 2 Juillet en citant deux officiers américains ayant connaissance en la matière, parle d’abord d’une « série de tests d’ASBM » dont au moins un a été tiré vers la mer durant le weekend, et ils attendaient potentiellement d’autres jusqu’au Mercredi 3 Juillet.

Plusieurs navires de l’US Navy étaient présents à ce moment en mer de Chine méridionale mais aucun n’était près de la zone ni mis en danger, selon l’un des officiers qui n’est pas autorisé à révéler d’autres détails. 

Qualifiés d’abord de « préoccupant » (Concerning) par ces premiers officiers américains, le Lieutenant-colonel Dave Eastburn, porte-parole de la Pentagone, a utilisé ensuite le mot « inquiétant » (Disturbing) en commentant sur l’événement.

« Le Pentagone était au courant du lancement de missiles chinois depuis les structures artificielles de la mer de Chine méridionale près des îles Spratleys », souligne Eastburn. « Ce qui est vraiment inquiétant au sujet de cet acte est qu’il est en contradiction directe avec la déclaration du président XI […] qu’il ne militariserait pas ces avant-postes artificiels ».

Mais cette première déclaration selon laquelle le départ des missiles balistiques anti-navires chinois se situerait sur les Spratleys, au sud de la mer de Chine méridionale, paraît à la fois peu probable et peu fondé – Déployer des armes de cette catégorie et de les utiliser depuis les sites manquants sérieusement de profondeur stratégique, tels que le récif de Subi (渚碧礁) avec ses 5,52 km² pourtant déjà le plus grand parmi les îles Spratleys, serait plutôt une erreur car les engins TEL n’ont nulle part pour s’abriter et deviennent alors des cibles très vulnérables à des frappes préventives, alors que sur le continent ces même ASBM peuvent se fondre dans la masse aisément avec l’étendu du réseau routier chinois et grâce aux nombreuses fortifications sous-terrains.

On notera d’ailleurs que pour atteindre les grandes cibles navales comme les porte-avions et porte-hélicoptères naviguant en mer de Chine méridionale, positionner les ASBM sur les récifs fortifiés aux Spratleys ne présente pas plus d’avantages tactiques ne serait-ce qu’en terme de portée. Un déploiement sur l’île de Haïnan ou dans les provinces montagneuses du Guizhou et du Yunnan sera dans ce cas largement suffisant.

S’agit-il donc qu’une méconnaissance personnelle du porte-parole, une désinformation volontaire de la Pentagone, ou un effort de guerre de communication de la part des institutions américaines pour décrédibiliser ses adversaires ? Toujours est-il que selon d’autres sources américaines, les missiles ont bien été lancés depuis le continent chinois et non des Spratleys :

Face à cette « accusation » de la Pentagone que les missiles soient tirés depuis les îles Spratleys, le Ministère chinois de la Défense n’a pas tardé à donner sa version des faits – Dans la première réponse fournie au Global Times, le bureau de la communication du MoD chinois indique que « Selon le plan d’entraînement annuel, le Commandement du théâtre du sud de l’armée populaire de libération a mené récemment un exercice de tirs réels près de l’île de Haïnan. Ceci ne vise aucun pays ni cible particulière » (近日,解放军南部战区根据年度训练计划安排,在海南岛附近海域组织了实弹射击演练,不针对任何国家和特定目标。).

La deuxième réponse, envoyée à l’agence de presse Reuters, reprend essentiellement le même message adressé au Global Times qu’il ne s’agissait qu’un exercice de tirs réels prévu, en rajoutant à cela : « Les rapports ne concordent pas avec les faits » (The relevant reports do not accord with the facts).

On ignore toutefois le point précis visé par ce « démenti » – Est-ce que cela concerne le lieu des tirs, ou le fait que ce soit des missiles balistiques anti-navires hautement sensibles ? Dans tous les cas le message ressemble curieusement à une réponse standard que les journalistes étrangers ont l’habitude d’entendre à Pékin lors des conférences de presse à ce ministère chinois…

En admettant que le MoD chinois dit vrai – à savoir que ces tirs font bien partie du plan annuel d’entraînements de la Force des fusées chinoise et non une réponse aux manœuvres conjointes du groupe aéronaval américain USS Ronald Reagan et la marine japonaise en mer de Chine méridionale courant mois de Juin – nous pourrions alors considérer ces lancements d’ASBM comme une extension de l’exercice en Janvier cette année que l’armée chinoise a mené au sud de la Chine, où la Forces des fusées ainsi que d’autres corps (Force du soutien stratégique, Marine…) ont travaillé ensemble dans une simulation contre-offensive. Des rumeurs avaient parlé à ce moment là de tirs réels prévus « dans quelques mois » pour mettre en pratique ce travail commun.

Et en réalité ces tirs du weekend de 29-30 Juin sont plus ou moins connus à l’avance – En effet, une alerte de sécurité avait été publiée par l’Administration chinoise de la sécurité maritime pour signaler la fermeture d’une zone maritime pour « exercices militaires », au plein milieu de la mer de Chine méridionale (voir la zone rouge en bas).

Cette zone, qui porte le numéro HN-0075 (琼航警0075), interdit l’accès à tous les navires du samedi 29 Juin 00h00 au mercredi 3 Juillet 24h00 heure de Pékin. On notera que cette alerte a ensuite été annulée par HN-0078 (琼航警0078), publiée le 2 Juillet, suggérant ainsi la fin de l’exercice.

琼航警0075
南海 2019年6月29日0000时至7月3日2400时,在
1:13-48.00N/114-10.00E

2:12-48.00N/114-10.00E
3:12-48.00N/116-02.00E
4:13-48.00N/116-02.00E
诸点连线范围内进行军事训练。禁止驶入。

琼航警0078
南海 撤销2019年琼航警0075,希各航船注意。

En parallèle de cette interdiction d’accès maritime on note la fermeture de l’espace aérien également, cette fois-ci dans une autre zone (voir la zone jaune en bas) et à une période différente. L’information est décrite dans un message aux navigants aériens (NOTAM) A3298/19 et l’interdiction d’accès aérien à toutes altitudes n’était valable que pour une courte durée, le 1er Juillet de 07h00 à 12h00 heure de Pékin.

A3298/19
Q) ZJSA/QRDCL/IV/BO/W/000/999/
A) ZJSA B) 1906302300 C) 1907010400
E) A TEMPORARY DANGER AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N185006E1110248-N192230E1115812-N183342E1125736-N173533E1133544-N171343E1133409-N163654E1121354-N175336E1112200-N185006E1110248.
ALL ACFT ARE FORBIDDEN TO FLY INTO THE TEMPORARY DANGER AREA.
VERTICAL LIMITS: SFC-UNL.

F) SFC G) UNL

Le regroupement de l’alerte de sécurité maritime HN-0075 et du NOTAM A3298/19 permet alors de retrouver la fenêtre de tirs exacte, qui est en fait la même que celle indiquée dans le NOTAM. Les ASBM chinois devraient donc avoir décollé le lundi 1er Juillet dans la matinée.

Et cette date est aussi confirmée par un officier militaire américain sous couvert d’anonymat, cité par le média japonais NHK, selon lequel six missiles balistiques ont été lancé depuis le continent vers la mer de Chine méridionale au dimanche 30 Juin heure du Pacifique.

Etant donné les 15 heures de différence entre heure de Pékin (UTC+8) et heure du Pacifique (UTC-7), cela revient à dire que les tests ont été répertoriés par les Américains le 1er Juillet heure de Pékin.

Cette même source a d’ailleurs apporté un élément supplémentaire – les six ASBM ont en fait frappé deux zones distinctes en mer. Mais le ou les types de missile – à savoir DF-16x, DF-21D ou DF-26C sinon plus – est toujours en cours d’identification.

A US military official has told NHK that China has test-fired missiles from the mainland into disputed waters in the South China Sea for the first time.
The official said that the Chinese military launched a total of six missiles from the mainland on Sunday, US Pacific Time, and they landed in two separate areas in the South China Sea.
The official said the US military is now analyzing the types of missiles that were fired.

NHK WORLD-JAPAN

A part cette question ouverte sur le ou les types d’ASBM utilisé, le site de départ des missiles chinois reste aussi un point intéressant à étudier. Aucune photo ni vidéo authentique est disponible pour le moment pour permettre à l’identification des lieux, mais en traçant une ligne reliant les deux zones interdites d’accès cela nous emmène jusqu’à la province montagneuse du Guizhou, notamment près d’Anshun, où des nouvelles unités anti-navires de la Force des fusées chinoise seraient basées.

On étudiera également la question sur l’utilité des deux zones en question – Est-ce que les têtes de missile ont frappé plutôt la zone jaune ou la zone rouge ? Sachant que l’endroit le moins profond dans la zone rouge est tout de même à -293 mètres de profondeur, cela rend toute opération de récupération plus difficile que si cela avait été dans la zone jaune.

Ensuite, au moment des tirs, où se trouvent les satellites et constellations spatiales optiques, radar et électromagnétiques que la Chine avait lancé les 10 dernières années pour tracer et identifier les « grands navires » ? Le drone de reconnaissance supersonique conçu par l’Institut 611 Chengdu pour évaluer les dégâts de frappe a-t-il été déployé ? Est-ce que l’armée chinoise a employé des cibles manœuvrables ou fixes sur mer ?

Voilà autant de questions qui restent à étudier, on ne manquera pas de revenir sur ces sujets prochainement.

A suivre.

Henri K.

Written by

Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comment

LEAVE A COMMENT