Jin Zhaoxun, guerre électronique et AWACS

Jin Zhaoxun (金兆恂, né en août 1933) est un spécialiste de la guerre électronique au sein de la force aérienne chinoise. Il  était en 1984 qualifié de vice-ingénieur en chef d’un « certain institut de recherches de la force aérienne » et est récompensé pour le développement « d’un certain type d’avion d’interférences électroniques et d’un second projet » (A man who dares to struggle for National Defense Scientific Research – a record of the deeds of Deputy Chief Engineer Jin Zhaoxun, Beijing Keji Bao (en chinois), 30 Juillet 1984, p.1).

Cette annonce est assez typique de la culture du secret en Chine de l’époque pour tout ce qui concernait les domaines sensibles. La curiosité m’a conduit à tenter d’en savoir plus et je me suis aperçu qu’actuellement, même si lors de salons récents (CIDEX 2016, UAV China 2015…) où sont exposés des matériels sensibles, les informations restent rares sur certains organismes de recherche, comme le « PLA Air Force Second Research Institute », l’institut évoqué à mots couverts dans l’annonce.

La prise de conscience

Jin Zhaoxun commence sa carrière militaire en 1951. En avril 1977, il se voit confier la direction d’un nouveau laboratoire responsable du « développement de l’équipement électronique » au sein de l’Institut  il  organisé et participe « à un total de 17 réussites scientifiques et technologiques […] et a reçu  des récompense de 3ème classe à 8 reprises » (1984).

Jin Zhaoxun est le premier militaire engagé dans le domaine de la guerre électronique. Son intérêt pour la guerre électronique daterait des années 1960 lors d’une tentative ratées d’interception par la PLAAF d’un P-2V7 de Taiwan sans doute le 19 novembre 1960 quand un P-2V nationaliste (en mission de largage de tracts de propagande) commandé par le Lt-Col Dai Shu Qing subit une tentative d’interception au dessus de Wenzhou par plusieurs MiG-15/17 puis par un Tu-4 et deux Tu-2 modifiés en intercepteurs mais dont les radars ont été brouillés.

Jin Zhaoxun et les premiers AWACS

Zhao Xun Jin recevra quelques années plus tard l’ordre de participer au projet d’AWACS.La Chine n’a alors pas d’expérience en ce domaine ; le 26 septembre 1969,  la Commission Militaire centrale décide de développer un AWACS. Le choix se porte sur la modification de Tupolev Tu-4 et portera le nom initial d ‘avion 926 – 926飞机 .

KJ-1 en vol

10 juin 1971 : premier vol du premier AWACS chinois, le KJ-1

A l’époque seuls trois pays ont des AWACS, les USA (E-2 Hawkeye), l’URSS (Tu-126 Moss) et la Grande-Bretagne (Nimrod MK-1) ; pour pouvoir utiliser le Tu-4 comme vecteur et pouvoir supporter le radôme, la structure doit être renforcée et donc le poids augmenté. Les moteurs d’origine sont donc remplacés par des moteurs chinois WJ-6 plus puissants. Il est décidé de miniaturiser le radar terrestre de Type 843 pour pouvoir l’installer sur l’appareil.

De décembre 1969 à août 1970 ont lieu des tests statiques qui entrainent de nouvelles modifications. Le premier vol a lieu le 10 juin 1971 et l’avion a été rebaptisé KJ-1 (空警 (KongJing – traduit sur les sites chinois par Air Marshals). Les vibrations ont été très fortes. Il a fallu deux ans de recherche pour réduire ces vibrations engendrées par les interférences entre le radôme et l’empennage. A partir du second semestre 1976, des améliorations sont portées au niveau électronique ; les essais sont satisfaisants pour le détection au dessus des plaines ou des montagnes mais du 20 novembre 1978 au 18 janvier 1979 ont lieu des essais au dessus de la mer, et les résultats ne sont pas bons : en particulier la détection des cibles volant à basse altitude entre 50 et 100km. En 1979, le développement est interrompu.

Du KJ-1 au KJ-2000

Cet échec et le contexte politique ont entrainé un retard dans le développement de ce type d’appareil et sans doute la décision de faire développer le radar par un autre institut de recherche, le Nanjing Research Institute for Electronic Technology (NRIET, également connu comme le « China Electronics Technology Group Corp’s (CETC) 14 Research Institute ») qui a déjà fait ses preuves en développant un système de radars d’alerte précoce pour la défense antimissile dans le cadre du Projet 640, les radars d’alerte Type 7010 et de poursuite Type 110 (opérationnels en 1976 et 1977 respectivement).

IL faudra attendre le 11 novembre 2003 pour le premier vol du KJ-2000 ; le développement de cet appareil pourrait faire l’objet d’un futur article.

Jin  Zhaoxun et la guerre électronique

Il est probable que le PLAAF Second Institute se tourne alors vers le développement d’appareillage de guerre électronique comme le suggère l’article évoqué en introduction paru dans le Beijing Keji Bao (Beijing Science and Technology News 北京科技报) en juillet 1984.

Jin Zhaoxun dirige alors l’équipe qui développe  un avion de brouillage électronique  – 电子干扰飞机 , des disperseurs de paillettes/IR- 机载箔条/红外投放器”, des leurres IR- 红外诱饵, des brouilleurs IR – 红外干扰机. En tout plus de 20 réalisations, un certain nombre de brevets nationaux et une récompense nationale et plusieurs récompenses des milieux militaires et scientifiques. Il est probable que ces équipements soient ceux qui seront installés sur la version de guerre électronique du bombardier H-5, le HD-5.

HD-5 version de guerre électronique du H-5

Version de guerre électronique du H-5, le HD-5

 

Mais l’appareilllage de guerre électronique requiert un importante puissance électrique ;  Jin Zhaoxun et son équipe mettent un an à développer une éolienne aéroportée-机载风力发电机组 ; succès qui est relaté en première page du Quotidien du Peuple et diffusé sur les stations radio nationales.

La suite EW/ECM  du HD-5, fondée uniquement sur la technologie analogique, peut intercepter, identifier et brouiller hostiles des émissions de radars terrestre ou de navire. Les HD-5 patrouillent habituellement par groupe de trois pour couvrir tout le spectre de fréquence. En dépit de sa technologie obsolète, le puissant brouilleur à bord de l’aéronef est dit très efficace.

La fin de carrière

Au fil des années Jin Zhaoxun a été responsable des interférences passives – 无源干扰物, des pods aéroportés de brouillage passif – 机载无源干扰吊舱, et d’autres projets. Il a publié des articles sur les missiles anti-radiation – 反辐射导弹, et sur la technologie anti-armes optiques et opto-électroniques. Une site de référence bibliographique montre qu’en 2003, il est aussi affilié au Collège d’Ingénierie Mécanique et Électrique du  Beijing Institute of Technology. Il  partira à la retraite à 71 ans et le 1er octobre 2009 , quand la République Populaire de Chine célèbre le 60ème anniversaire de la proclamation de son avènement par une grande parade militaire. Jin Zhaojun qui a alors 77 ans est invité dans la tribune VIP et assiste au vol du KJ-2000 et du KJ-200 au dessus de la Place Tian’anmen.

Quelques Publications

1986  – Jin Zhaoxun & Feng Yingpu, Airborne Infrared laser warning system. Second National Conference on Optoelectronic Technology and Systems, Tianjin

1989 – JIn Zhaoxun, Discussion sur la direction du développement des missiles anti-radiations, Electronic Warfare 1989-01

Décembre 1997 – co-auteur avec Li Nenjing du livre Military electronics Technical Overview – 军事电子技术概论 平装, 201pages, Beijing: National Defense Industry Press ;  http://opac.hilib.com/opac/book/51817?globalSearchWay=subject

2001 – publication d’une intervention lors de la 11ème Conférence Annuelle  du Chinese Institute of Electronics, Electronic Warfare branch qui a eu lieu le 1er septembre 1999 à Hefei

2003 – Jin Zhaoxun & Wang Jiantao, Airboard Towed Compound Decoy, Electro-optics & Passive Countermeasures 2003-01.  Résumé : By means of the aircraft is threatened by the airboard weapon system, discussing a compound towed decoy of researching, For that is used the airboard self-defence.

Jin Zhaoxun towed decoy

Article de Jin Zhaixun en 2003

Un mot sur le PLAAF Second Institute

Attention :  ne pas confondre avec le PLA Air Force Institute of Early Warning 中国人民解放军空军预警学院(anciennement Air Force Radar Academy原空军雷达学院)

Le Second Institute a été créé entre 1959 et 1965 ; il est rattaché au Département de la Recherche Scientifique et au Département Radar de la PLAAF. Il est localisé au Nord de Beijing dans le district de Qinghe ; les indications que l’on peut trouver sont les suivantes : Contact : Chen Zhichun  Second Air Force Institute ; District: 010 Post Code: 100085 ; Tel: 66919277 Fax: 62954979 ; Address: Haidian District, Beijing Qinghe town Xisanqi.

PLAAF 2 Institute au nord de Beijing

Localisation approximative du PLAAF second Research Institute

L’institut a publié de 1998 à 2000 la revue Radar & Electronic Warfare ; il travaille probablement en relation avec une usine de réparation de radar située à Lintong près de Xi’an.

 

Je suis preneur de tout renseignement complémentaires.

 

 

 

 

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Envisager le futur sans oublier le passé, étudier le passé pour comprendre le futur. C'est de cette façon que je tente d'aborder l'aéronautique chinoise, avec honnêteté et sans parti pris.

Latest comments
  • Bonsoir Bruno,

    Tu trouveras quelques informations complémentaires sur JIN, notamment quelques passages de sa vie, sur ce site : http://gfjy.sx.gov.cn/art/2015/9/2/art_15005_779038.html

    Pour les informations autour de 空军第二研究所, je doute que tu puisses en trouver de manière « directe ». Tu peux essayer sous différents angles possibles, par exemple :

    – chercher sous son nouveau nom 空军装备研究院空二所, et éventuellement la structure qu’elle dépend, à savoir 空军装备研究院
    – ceux qui avaient bossé dans cet insitut (i.e. http://www.hlhl.org.cn/news/findnews/showsub.asp?id=1043 ou https://www.linkedin.com/in/江-朱-472184b2),
    – les sociétés BTP qui ont construit leur bureau (http://yuqing.china.com.cn/show.asp?id=17930),
    – chercher sur les plateformes de dépôt documentaire universitaire comme CNKI,
    – dans l’archive du journal de l’armée chinoise, comme dans cet article (http://mil.news.sina.com.cn/2003-07-26/139460.html)
    – dans l’encyclopédie historique du groupe AVIC (j’en ai une, vais regarder ce WE, sait-on jamais même si ça n’a rien à voir).

    Pour l’adresse de cet institut, ils se trouvent à 北京海淀西三旗空军科研大院.

    D’une manière générale, dans un contexte où l’implication des acteurs civils est de plus en plus importante dans le développement militaire, des entités de recherche « nationalisées » vont subir une réorganisation et une fusion profonde, à mon avis.

    D’ailleurs on n’attend quasiment plus parler de cet institut depuis un moment.

    Henri

      • 🙂 Tu es maître (absolu) de tes articles, fais comme bon te semble.

        En tout cas l’article est très intéressant. Je pense que je penche trop souvent sur l’équipement lui-même et pas suffisamment sur les hommes derrières. Ton angle d’attaque est donc très pertinent et surtout complémentaire.

        Henri

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