Le J-11D et le J-16 au plus haut aéroport du monde

Après un J-20 de série qui a été photographié sur le tarmac de l’aéroport Daocheng Yading, c’est au tour d’un nouvel avion de chasse J-11D et d’un chasseur-bombardier J-16 qui ont été vu ensemble dans cet aéroport le plus haut du monde, situé à 4 411m d’altitude sur le plateau tibétain.

Un J-11D et un J-16 neuf à l'aéroport Daocheng Yading

Un J-11D et un J-16 neuf à l’aéroport Daocheng Yading

La photo est de faible résolution mais on peut identifier un J-11D à l’aide de son radôme gris incliné, et un J-16 à côté qui ne semble pas être la version de guerre électronique en raison de la présence de tôle argentée sur la droite, à l’endroit où se trouve le canon de l’avion (merci Benjamin Gravisse pour cette remarque).

Les deux avions sont encore sous la peinture d’usine, en couleur jaune claire de la couche anti-corrosion, signe qu’ils sortent récemment tous les deux de la chaîne d’assemblage final à Shenyang.

L’arrivée de ces deux nouveaux chasseurs devrait faire partie de leur programme des essais en vol respectifs. Les appareils chinois, tout comme l’ensemble des équipements militaires, doivent subir des tests aux quatre coins du pays pour s’assurer qu’ils s’adaptent à toutes les conditions d’utilisation sur le territoire, comme par exemple la très basse température du Nord, le vent chaud et humide du sud, ou encore le climat désertique à l’Ouest.

 

J-11D, nouveau variant de la famille Sukhoi en Chine

Premier prototype de J-11D (Source : 星海军事)

Premier prototype de J-11D (Source : 星海军事)

Ce nouveau variant conçu en Chine par les ingénieurs de l’Institut 601 à Shenyang vient étoffer l’arbre généalogique qui est déjà grand des avions Sukhoi.

Radar à antenne AESA de J-11D, extrait d'un document de CETC datant de 2012

Un radar à antenne AESA, extrait d’un document de CETC datant de 2012

Développé à partir du modèle monoplace J-11B, le J-11D implémente un nouveau radar à balayage électronique actif (radar à antenne AESA) développé par l’Institut 14 du groupe CETC, une nouvelle commande de vol électrique ainsi que des antennes EW conformes. A part le radar, une partie de ces nouveautés se trouve également sur le J-16.

Les rumeurs parlent déjà d’un upgrade prévu à ce jour pour cet intercepteur lourd chinois, à savoir le remplacement des moteurs actuels par un nouveau variant de WS-10 d’une poussée de 14 000kg et équipé de tuyères vectorielles.

Niveau capacité d’emport, l’avion peut porter désormais jusqu’à 12 missiles Air-Air grâce aux deux points d’emport supplémentaire qui ont été rajoutés à l’intérieur de la voilure, signe que la voilure a été structurellement améliorée.

Le nouveau missile à double impulsion PL-15 d’une portée de 200km ainsi que le nouveau missile IR PL-10 font maintenant partie d’office de l’arsenal Air-Air de J-11D.

Le premier prototype immatriculé 1101 a réalisé son vol inaugural le 29 Avril 2015 à Shenyang. Deux autres prototypes ont suivi peu après, l’un en fin Octobre 2015 et l’autre en Juillet 2016. Le J-11D qui vient d’être photographié à l’aéroport Daocheng Yading devrait donc correspondre à l’un de ces trois prototypes.

A souligner que le J-11D est considéré par certains observateurs en Chine comme le concurrent direct du Su-35SK que l’armée de l’air chinoise va recevoir après 2017, mais il sera plus sage d’attendre les éléments complets sur les deux pour émettre des hypothèses « sensationnelles ».

 

Le J-16, un autre chasseur-bombardier lourd à la « Sukhoi »

L’histoire du J-16 a commencé un peu plus tôt que celle du J-11D. En 1999, la Chine a commandé les 38 premiers chasseur-bombardier lourd Su-30MKK pour son armée de l’air, avant de rajouter 38 exemplaires de plus deux ans plus tard.

La marine chinois, qui cherchait un chasseur lourd à grande autonomie pour rivaliser avec les F-15J au dessus de la mer de Chine orientale, a également acheté un régiment de 24 appareils Su-30MK2 en Janvier 2003.

Satisfait de ces achats qui leur permettent de se doter d’une capacité de frappe Air-Surface conséquente sur un long rayon d’action, les Chinois ont cherché, d’un côté, à optimiser davantage l’intégration de ces appareils d’origine russe dans l’environnement chinois, en « crackant » par exemple le code source de ses bus et du système de contrôle de tir pour pouvoir intégrer des armements chinois, et d’un autre côté, prévoient et développent le remplaçant suivant.

Ainsi est né le projet de J-16, qui a été repris à partir du design de J-11BS biplace en 2009. Les principales caractéristiques en vol de J-16 sont pratiquement alignées à celles de Su-30MKK, l’avion est donc plus lourd que le J-11BS de base.

Le 12ème (??) J-16 de série

Le 12ème (??) J-16 de série

Propulsé aussi par deux moteurs chinois WS-10, le nouveau chasseur-bombardier chinois a volé pour la première fois fin 2011. Il peut embarquer une très large panoplie des munitions chinoises comme les missiles Air-Air PL-10 et PL-12, les missiles Air-Sol KD-88, les bombes LGB LS-500J ou encore des sous-munitions.

Au total, le J-16 peut emporter 8 000kg d’armements pour une distance franchissable, sans ravitaillement, de 4 000km.

Si tout est pratiquement chinois sur cet avion, son système de ravitaillement en vol n’est pas compatible avec les H-6U existants. Tout comme les Su-30MKK et MK2, les nouveaux J-16 doivent attendre les trois IL-78 qui sont en train d’arriver dans les rangs de l’armée chinoise pour être ravitaillés.

Entrés en service dans l’armée de l’air chinoise en 2015, l’avion partage une bonne partie de suite avionique avec le nouvel intercepteur lourd J-11D. En revanche, il est équipé d’un radar à antenne AESA développé par l’Institut 607 du groupe AVIC.

D’après les dernières rumeurs, le développement de ce radar est en retard et la performance n’est pas au niveau attendu par l’armée de l’air, qui aurait donc refusé purement et simplement la validation.

L’entrée en service actif de J-16 devrait donc, si les rumeurs se confirment, prendre un retard considérable.

Quant à la raison pour laquelle le J-16 fraîchement sorti de l’usine se trouve à Daocheng Yading, elle reste néanmoins inconnue car en principe les vols de qualification sur terrain auraient dû avoir lieu depuis quelques années, quand le premiers avions sont entrés en service.

A moindre que la qualification de J-11D demande la présence de J-16 pour des raisons particulières qu’on ignore aujourd’hui ?

A noter que, pour appuyer ses missions Air-Sol qui font partie désormais de sa nouvelle doctrine, et pour profiter pleinement de la grande plateforme qu’offre le J-16, l’armée chinoise a fait développer en parallèle une version de guerre électronique, similaire à l’EA-18G américain.

Le J-16D (??) intègre une paire de pod ESM / ELINT au bout de ses ailes et plusieurs antennes conformes sur sa cellule. En contre-partie, son IRST et le canon ont été enlevés, certainement pour une question de contrôle de masse. Il n’est par conséquent pas voué à entrer en combat aérien rapproché et devrait se contenter d’escorter les autres avions en mode « Soft ».

Un prototype de J-16D (??)

Un prototype de J-16D (??)

 

Sur la trace du J-20

On se rappelle encore qu’un J-20, sous la peinture de l’armée de l’air chinoise, s’est trouvé dans cet aéroport Daocheng Yading au début du mois. Les photos de ce J-20 ont provoqué ensuite quelques vives réactions en Inde.

Certains médias indiens se demandent alors où en est le contrat du développement « conjoint » (dans le sens où il y en a qui paie, d’autre qui travaille) de l’avion FGFA basé sur le PAK FA russe. D’autres présument qu’il s’agit d’une réponse de la part des Chinois sur le déploiement récent des bataillons blindés indiens sur la frontière sino-indienne.

Quel que soit la réelle raison de l’arrivée du J-20 sur le plateau tibétain, que personnellement je pencherai pour un essai classique du programme chinois des essais en vol, comme fut le cas de Y-20 par exemple, l’avion est reparti le 7 Septembre dernier et a atterri à Chengdu.

En définitif, ce J-20 a quitté Chengdu le 25 Août et a été aperçu à l’aéroport le plus haut du monde le 2 Septembre, avant de revenir à Chengdu là où il est fabriqué le 7 Septembre – donc une jolie balade de deux semaines en haute altitude.

Et il faut dire que certains locaux ont eu de la chance pour être, littéralement, coiffé sur le poteau par le J-20, même dans un endroit reculé comme à Daocheng Yading…

L’affaire à suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Hi; there has been a recent rumor that the J-11D might be canceled because it is unable to survive in an anti-stealth environment. Have you heard of similar rumors, or is this just a joke?

      • That was what I was thinking (i.e. if J-11D isn’t survivable, then neither is the J-16). But thanks for your input!

  • Hi, Henri.

    Good article, but I’d like to point out that the J-16’s AESA radar was developed by the 607th Institute while that of the J-11D was from the 14th Institute. The diagram of the radar transistor that you’ve posted is correct.

    Here is some further information regarding the J-16’s radar. The specs are impressive, to say the least:
    1. http://i.imgur.com/LWwRtI0.gif
    2. http://i.imgur.com/VqlewaD.gif
    3. http://i.imgur.com/7CIyzTD.gif
    4. http://i.imgur.com/jvhSHgu.gif
    5. http://i.imgur.com/DRmjEGI.gif

    Additionally, it has been reported that the date of induction of the J-16 has been delayed due to performance issues with its AESA radar.

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