iSpace, OneSpace… Deux vols suborbitaux privés en trois jours

On connait SpaceX, l’entreprise américaine fondée par Elon Musk il y a à peine 16 ans et qui est devenue le symbole incontestable de l’essor du spatial civil, et puis il y a LandSpace, LinkSpace, OneSpace, iSpace…, en Chine, qui sont émergés les uns après les autres pour espérer profiter des besoins grandissants du pays dans le domaine spatial.

Certes, malgré l’excès d’euphorie de certains médias chinois qui voient déjà dans ces jeunes pouces les futurs SpaceX de la Chine, la réalité est que ces entités privées chinoises sont encore loin du géant américain, que ce soit au niveau technologique ou financier. Mais on doit tout de même noter que les marchés visés ne sont pas du tout les mêmes, et le modèle de business est également très différent.

Il n’empêche que la plupart de ces nouvelles entreprises chinoises ne se résume pas uniquement à un concept qui se transforme par la suite en un « outil d’aspiration de capitaux financiers » avant de disparaître, comme ce qu’il avait été le cas dans d’autres secteurs, mais des réels projets industriels qui sont capables petit à petit à sortir des produits concrets, à savoir des lanceurs, quelque soit leur état de maturité.

Ainsi, iSpace, puis OneSpace, ont tous les deux procédé à leur deuxième mission de vol, suborbital pour le moment, à un jour d’intervalle la semaine dernière. LandSpace quant à lui va également mener son premier lancement orbital avant la fin d’année 2018, avec sa petite fusée à ergol liquide Zhu Que 1 (ZQ-1,  朱雀一号 en Chinois, littéralement « Phénix 1 »), sans oublier LinkSpace avec sa première mission suborbitale, annoncée pour fin 2018 également, grâce à une fusée expérimentale qui est récupérable et réutilisable.

 

iSpace, deuxième vol de la fusée SQX-1

iSpace est un startup pékinois fondé en Octobre 2016. Selon la brochure de l’entreprise, iSpace vise avant tout le marché de lancement des petits satellites et des constellations, mais n’exclut pas le marché militaire d’export et le tourisme spatial par exemple.

La stratégie commerciale repose sur une entrée rapide sur le marché, avec notamment une première fusée à poudre qui pourrait être transformer en missile balistique, avant de développer un lanceur à ergol liquide de capacité plus conséquente au moyen terme, puis une petite navette touristique sur du long terme.

C’est en suivant ces étapes que le premier vol de la fusée à poudre Hyperpola-1S, ou aussi appelée SQX-1S (双曲线-1S), a eu lieu en Avril cette année sur l’île de Hainan, au sud de la Chine. L’engin a atteint une altitude de 108 km dans cette mission suborbitale, sans qu’aucune charge utile ne soit satellisée.

Le deuxième vol, toujours suborbital, est prévu rapidement et s’est déroulé avec succès le 5 Septembre vers 13h heure de Pékin. Trois CubeSat – EREBUS-1 de ZeoG Lab à Pékin, TFJR-1 et CDGX-1 d’ADA-Space à Chengdu – ont été libérés par la fusée SQX-1Z. Le premier est retourné au sol à l’aide d’un parachute, et le CDGX-1 a effectué des essais de transmission de donnée.

D’après le communiqué officiel, la fusée a atteinte une altitude de plus de 175 km, une vitesse maximum de 1 600 m/s et une durée de vol de plus de 450 secondes.

A noter que ce lancement a eu lieu au centre spatial de Jiuquan (JSLC), c’est donc la première fois qu’iSpace effectue sa mission dans un centre spatial national.

Après ces deux premières missions de type plutôt expérimental mais réussies, iSpace devrait effectuer sa première véritable mission spatiale en premier semestre 2019 avec la fusée SQX-1.

 

OneSpace, deuxième vol de la fusée OS-X1

Deux jours après leur confrère, OneSpace, un autre startup pékinois fondé en Août 2015 et qui vise également le marché des petits satellites, a aussi fait voler sa fusée OS-X1 au même centre spatial de Jiuquan.

Le décollage a eu lieu le 7 Septembre à 12h10 heure de Pékin. OneSpace indique que la charge utile, qui d’après les photos disponibles ressemble à un engin volant expérimental, a atteint une vitesse de Mach 4.5 et une altitude de 35 km grâce à son lanceur.

Selon les chiffres publiés, la durée du vol de ce deuxième OS-X1 est de 200 secondes et la distance parcourue de 169 km. Si le client de ce vol est resté secret, la mission elle-même est qualifiée comme étant commerciale. OneSpace précise que leur équipe technique a programmé la trajectoire de leur lanceur pour répondre aux exigences de leur client, qui consistent en plusieurs fenêtres d’essai différentes dont chacune a des paramètres en altitude, vitesse, ongle d’incident et durée bien précis.

Cette description laisse penser donc qu’il s’agit d’une mission de qualification aérodynamique, en régime hypersonique, d’un engin expérimental. Ceci n’est pas sans rappeler le client du premier vol d’OS-X1 en Mai cette année, à savoir l’Institut 601 Shenyang du groupe AVIC, qui n’est ni plus ni moins l’un des principaux bureaux d’études de chasseurs militaires chinois.

 

Il est encore trop tôt pour dire lesquels de ces nombreux projets vont aller jusqu’au bout, mais une chose est sûre, seul le marché en déterminera à la fin. En attendant, en vue des caractéristiques de différents lanceurs et la relative rapidité avec laquelle certains de ces projets est développée, on peut tout de même questionner qui sont les véritables fournisseurs de technologies en arrière plan dans certain cas.

S’agit-il des acteurs étatiques existants, les universités ou simplement des compétences qui ont fuitées le système étatique ? Le temps nous dira…

ConstructeuriSpaceiSpaceiSpaceOneSpaceLandSpaceLinkSpace
LanceurSQX-1SSQX-1ZSQX-1OS-X1ZQ-1NL-1
Etat1 Succès1 SuccèsPrévu Q1 20192 SuccèsPrévu Q4 2018Prévu 2020
Hauteur8,4 m9,5 m20,0 m10,2 m19,0 m23,8 m
Diamètre1,00 m1,40 m0,85 m1,35 m1,80 m
Masse au décollage4,6 t31,0 t8,1 t27,0 t42,0 t
Nb. Etages1113
Poussée au décollage35,0 t45,0 t
Altitude atteinte108 km175 km108 km38,8 km (1er vol)
35,0 km (2e vol)
> 500 km (Théorique)
Capacité300 kg / 200 km LEO200 kg / 500 km SSO

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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